Quotidien des Usines

Sophia-Antipolis en quête d'un nouveau souffle

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Dossier Une croissance exceptionnelle salue les 30 ans de Sophia-Antipolis. Mais le pari est loin d'être gagné. La technopole doit reprendre la main face aux grands groupes qui imposent leur loi. Et elle doit inventer les moyens d'accompagner les start-up, enfin

Sophia-Antipolis en quête d'un nouveau souffle

Sommaire du dossier

L'année de ses 30 ans, Sophia- Antipolis se porte comme un charme. A première vue. Née dans la garrigue vierge de l'arrière-pays niçois, la technopole atteint désormais le cap des 1 200 entreprises et des 21 000 emplois, dont 11 000 cadres. Et 1998 a même été la meilleure année depuis vingt-cinq ans, avec, à la clé, 2 000 emplois supplémentaires ! Une greffe qui doit presque tout aux nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC). Représenté par environ 300 sociétés, qui occupent 9 000 salariés, le secteur s'arroge 43 % des emplois de la technopole. " C'est l'un des rares sites européens où l'on trouve un tel éventail de compétences en télécommunications ", insiste Christian Van Ghelder, directeur du " Bell Labs ", le centre de recherche et développement européen de l'américain Lucent Technologies, qui embauchera 200 ingénieurs sur place. Mais la médaille a son revers. Plus spectatrice qu'actrice, la technopole est plongée dans un maelstrsm de fusions et se contente de suivre l'évolution industrielle. A l'image récente d'Ascend, entré dans le giron de Lucent Technologies, elle a été agitée en moins de trois ans par près d'une vingtaine de fusions, d'acquisitions, d'annonces de départ ou de réductions d'effectifs. " Nous vivons à l'heure du "Pacman", ce personnage virtuel qui mange tout ce qui passe dans son environnement ", relève Philippe Servetti, de Côte d'Azur Développement, le bureau de promotion économique des Alpes-Maritimes. Un lieu où s'imagineraient les technologies du futur D'où l'importance, pour la technopole, de maîtriser son expansion et d'asseoir son développement. " Sophia doit compléter ses centres de recherche-développement par des unités plus industrielles ", analyse Jean-Louis Guigou, délégué à la Datar. Avec l'idée qu'elles seront moins facilement délocalisables qu'un centre de recherche-développement. Autre piste : Sophia-Antipolis doit renouer avec son objectif d'origine, c'est-à-dire se hisser au rang de haut lieu mondial d'échanges et de réflexions entre industriels et chercheurs destiné à faire émerger les technologies du futur. En renforçant la recherche de pointe, la technopole espère trouver un supplément d'âme qui lui permettra de jouer ce rôle d'aiguillon. C'est pourquoi Jean-Louis Guigou a réclamé la réactivation du comité stratégique, qui s'est tenu le 8 juillet, pour que Sophia conserve son rôle de modèle national. " Les responsables doivent revoir la Charte de relance afin de mieux la cadrer avec les pôles d'activité. Sophia doit redevenir une référence ", expose-t-il. " Il faut cimenter les relations d'affaires entre les entreprises, les centres de recherche et les unités d'enseignement d'un même secteur d'activité ", répond en écho Gérard Passera, directeur de la Saem Sophia-Antipolis, gestion- naire du site. " A ce titre, le pôle télécommunications, autour des logiciels applicatifs, de la téléphonie mobile ou des bases de données, mérite d'être mis en valeur ", affirme Jacques Gros, directeur d'IBM à Nice-La Gaude (800 ingénieurs) et président de Telecom Valley. Dans les cartons aussi, la mise en place d'un observatoire des usages des technologies de l'information, sorte de laboratoire de mise au point et de test de technologies innovantes en vue de leur industrialisation. De son côté, la Datar va soutenir, à hauteur de 11 millions de francs, le projet Agrobiotech, centre de biologie moléculaire et d'écologie appliquée à l'agriculture et à l'environnement, qui réunit l'Inra et l'Université de Nice - Sophia- Antipolis. L'investissement, de 60 millions de francs, annoncé par le département pour la future Maison de Sophia-Antipolis, sorte de Villa Médicis technologique, est le point d'orgue de cette stratégie. Sur 6 000 mètres carrés de locaux, avec amphithéâtre de 500 places et salles de réunion, elle s'ouvrira à des Prix Nobel ou à des professeurs internationaux en année sabbatique. 63 nationalités présentes sur le site Cette dimension internationale, Sophia-Antipolis l'a déjà conquise à travers les entreprises qu'elle accueille : plus de 110 sociétés étrangères, dont près de la moitié d'américaines, assurent le quart des emplois. " C'est l'un des arguments qui ont convaincu les responsables américains de Lucent Technologies ", souligne Christian Van Ghelder, directeur du Bell Labs. Cette culture internationale ne cesse de se renforcer avec l'arrivée des 300 ingénieurs du laboratoire de recherche et développement du géant allemand SAP, de l'équipe internationale du centre européen de design d'automobile du japonais Toyota ou avec les 200 à 400 ingénieurs supplémentaires du canadien Nortel Networks. " Nous recensons près de 63 nationalités, observe Gérard Passera. Cette tour de Babel est une richesse pour les entreprises. " " Nous avons pu recruter du personnel couvrant une vingtaine de nationalités ", confirme Jacqueline Davier, " communication manager " de Trema. Cette firme finlandaise (120 millions de francs de chiffre d'affaires), spécialisée dans les solutions informatiques financières, a transféré sa direction " France et bassin méditerranéen " pour les marchés financiers de l'Europe du Sud dans la technopole. Démarche identique pour LPG System (125 personnes, 175 millions de francs de chiffre d'affaires), spécialiste des appareils médicaux destinés aux soins cutanés établi à Valence qui a déloca- lisé à Sophia-Antipolis sa direction marketing-communication et un laboratoire de recherche. La raison ? " Nous avons recruté un personnel maîtrisant l'anglais, l'italien ou l'allemand nécessaires à notre service exportation ", explique Nathalie Guitay, le P-DG. Mieux, ces ingénieurs et ces cadres venus de régions ou de pays différents s'enracinent ! Les dégraissages des grandes firmes (Digital, Texas Instruments, IBM, Compass) jettent en effet sur le marché des ingénieurs européens ou américains formés aux nouveaux métiers des télécommunications, qui constituent le terreau privilégié pour la création d'entreprises. Chaque départ, cession ou fusion d'entreprise conduit à la multiplication de petites structures. Ainsi, la cession de l'unité de Compass, en 1998, s'est soldée par l'implantation de plusieurs sociétés. Franck Poirot, un ex-Compass, a par exemple créé Vériphia, une société spécialisée dans la vérification de circuits intégrés. Et Jean-Marc Bournazel, ex-responsable du traitement offshore, a incité l'américain Kanbay (télécommunications et sécurisation du commerce électronique) à installer un laboratoire qui emploiera une vingtaine d'ingénieurs d'ici à un an. Après le départ de l'américain Summit Medical, deux informaticiens suédois spécialisés dans l'ingénierie médicale ont fondé une société de logiciels pour gestion hospitalière. Et Euromips Systems a été créée par Pascal Peru (35 ans), ancien responsable du développement industriel et télécommunications chez Texas Instruments, afin de concevoir des circuits intégrés et des logiciels associés pour les secteurs de l'automobile, de la vidéo et des cartes à puce. La nouvelle donne des start-up... Longtemps attendue, la création de start-up par essaimage de la recherche ou des grandes entreprises s'accélère aussi. Ainsi, Frédéric Artru, ex-Télécom Paris, a créé Odisei en 1998. Et son produit (téléphonie sur Internet) vient d'être acheté pour 90 millions de francs par l'américain 8x8, qui doublera son effectif (20 ingénieurs). De même, Realviz, née de la rencontre de chercheurs de l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) et d'ingénieurs de Medialab, compte bien révolutionner les effets spéciaux du cinéma avec un logiciel intégrant des images de synthèse en 3 D dans des séquences réelles. Et, lors du dernier Festival du film de Cannes, Dust Restauration, créée en 1997 sur le site, a présenté avec succès son logiciel de restauration d'images de cinéma ou de vidéo. ... et de l'essaimage Essaimage encore de l'Inria, Istar (traitement des images numériques transmises par satellite), qui vend ses produits aux grands opérateurs internationaux de téléphonie mobile. Tandis que Nicox SA (molécules pharmaceutiques génériques), fondée par des Italiens et une Américaine, se dote d'une équipe-conseil composée de Prix Nobel et crée pour Bayer l'aspi- rine du prochain siècle. La molécule qu'elle développe éliminera les effets secondaires du médicament. La liste est longue. A l'évidence, Sophia-Antipolis joue le rôle d'aimant, pour les start-up. " Nous avons quitté Grenoble pour nous rapprocher des chercheurs de l'équipe Epidaure de l'Inria ", confirme Frederic Brag, diri- geant de Focus Imaging, spécialiste des logiciels de traitement de l'imagerie médicale. Démarche similaire pour Geofermat SA (logiciels pour la cartographie numérique embarquée), ASK (cartes à puce multipaiement) ou Metrix (logiciels permettant l'administration des réseaux), qui a quitté le Luxembourg après avoir entendu vanter les mérites de la technopole dans la Silicon Valley ! Toutefois, ce tissu reste fragile, comme l'illustre l'acquisition en juin par l'anglais Misys de Sip Software, créée en 1993, dont le logiciel de gestion de portefeuilles équipe les plus grands établissements financiers. Là aussi, des mesures s'imposent pour baliser l'avenir. " Il faut mettre en place des structures de capital-risque et de services pour aider ces start-up à surmonter le handicap de leur taille ", confie Gérard Passera. Sophia-Antipolis est ainsi candidate à l'accueil de l'un des premiers incubateurs nationaux adossés à une pépinière d'entreprises. Et compte essaimer sur l'ensemble du département. " Nous labelliserons des "parcs associés", implantés autour de grandes entreprises (Alcatel Space à Cannes-Mandelieu, IBM à La Gaude, Texas Instruments à Villeneuve-Loubet) ou de nouveaux sites d'activités (Meridia à Nice) ", avance Gérard Passera. Malgré ses 30 ans, Sophia- Antipolis entend donc bien réactiver son mythe. Le défi est important, mais bien plus facile que celui qui avait consisté à créer, dans une région sans tradition industrielle, une technopole reconnue dans le monde entier. De notre correspondant, La technopole devra développer Des unités industrielles pour compléter les centres de recherche-développement. Un " incubateur " pour soutenir et épauler les start-up. Un campus international pour accueillir des Prix Nobel ou des professeurs internationaux. Un Observatoire des technologies de l'information en vue d'être industrialisées. Le projet Agrobiotech, un centre de biologie moléculaire et d'écologie appliquée à l'agriculture et à l'environnement. L'essaimage à travers des parcs associés autour de grandes entreprises régionales (IBM, Texas Instruments, etc.). Une déferlante de fusions et de restructurations En moins de trois ans, la technopole a été agitée par près d'une vingtaine de fusions, d'acquisitions, d'annonces de départ, d'arrivées reportées ou de réduction d'effectifs. 1997 Livingstone, acheté par Lucent Technologies. Corsis, acheté par Elekta. Compass Design Automation, acheté par Avanti. 1998 Bay Networks, intégré à Nortel Networks. Tandem et Digital, intégrés dans Compaq. Shiva, repris par Intel. Elekta, acheté par NMT Eurosciences. SG2, acheté par Experian. Gecap, repris par Bowne Global Solutions. Hewlett-Packard renonce à s'installer. Beicip Fralanb repart à Paris. Rockwell devient Conexants Systems après fusion. 1999 Ascend repris par Lucent Technologies. Redressement judiciaire de Valorum. Plan social chez Thomson-Marconi, sauvé par l'application anticipée des trente-cinq heures. VLSI intégré dans Philips. Dow Corning quitte le site. Schneider Automation réduit ses effectifs.

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