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Sony menace le monopole de STMicroelectronics dans les imageurs 3D

Ridha Loukil , ,

Publié le

Le géant japonais de l’électronique Sony se lance dans les imageurs à temps de vol, une technologie clé de la caméra 3D du futur iPhone.  Une offensive qui le met en position de contester le monopole de STMicroelectronics sur ce marché en pleine effervescence. Les enjeux pour les deux groupes sont énormes.

Sony menace le monopole de STMicroelectronics dans les imageurs 3D
Imageur à temps de vol de STMicroelectronics
© STMicroelectronics

Sony s'engouffre dans la bataille des imageurs à temps de vol, composants clés des caméras 3D comme celle prévue sur le futur iPhone. Le géant japonais de l’électronique annonce son premier produit, un capteur à pas de pixels de 10 microns qu’il présente comme le plus dense du marché. Son ambition est claire : contester le monopole de STMicroelectronics sur ce marché en pleine explosion comme il a su le faire auparavant dans les capteurs d’image Cmos qui constituent l’œil électronique des mobiles.

ST truste 95% du marché

L’imageur à temps de vol est un capteur optoélectronique qui mesure, pixel par pixel, la profondeur en déterminant le temps mis par un rayon laser pour atteindre la cible puis être réfléchi. Il constitue le composant clé des caméras 3D utilisées dans des applications comme la détection d’obstacles, la reconnaissance faciale, l’interface gestuelle ou la réalité augmentée. Le développement touche principalement les mobiles même si des applications existent dans l'automobile, la robotique ou les drones.

Encore à l’état balbutiant, le marché connait une forte effervescence depuis qu’Apple a décidé d’équiper son futur iPhone d’une caméra 3D. Selon IHS Markit, il devrait passer d’un peu plus de 100 millions de dollars en 2016 à plus de 800 millions de dollars en 2019. "ST le domine à 95% en 2016, laissant des miettes à ses concurrents comme le suisse Heptagon, petit numéro deux du secteur, ou le japonais Murata, confie à L’Usine Nouvelle Jérémie Bouchaud, analyste chez IHS Markit. Une position enviable qu'il devrait conserver pendant quelques années."

LG, premier à adopter la technologie dans les mobiles

Rien d’étonnant donc à ce qu’Apple ait retenu STMicrolectronics comme fournisseur exclusif de cette technologie. "Premier à produire en série ces composants dès 2014, ST a une avance de plusieurs années, estime l’analyste d’IHS Markit. Il a, en plus, une longue expérience de travail avec Apple, lui fournissant pendant de longues années accéléromètres et gyroscopes avant d’être évincé par Bosch et InvenSense."

LG Electronics a été le premier constructeur de mobiles à embarquer en 2014 un imageur à temps de vol de STMicroelectronics pour améliorer la rapidité et la précision de mise au point de l'Autofocus de la caméra. "Mais c’est Apple qui a donné le vrai coup d’envol à cette technologie en embarquant en 2015 un imageur à temps de vol de ST comme capteur de proximité sur son iPhone 6S en remplacement du capteur traditionnel infrarouge de Heptagon, moins performant et moins fiable, note Jérémie Bouchaud. Fidèle à sa stratégie de différenciation, il a fait le choix d’un capteur développé sur mesure, quatre fois plus cher que les produits disponibles sur étagère."

Logique de Fourniture de modules de caméra 3D complets

Pour le futur iPhone, STMicroelectronics fournit le module de caméra 3D complet qui comprend l’imageur à temps de vol et des composants provenant d'autres fournisseurs comme la diode laser, la puce de traitement, l’optique ou encore le connecteur. Un sous-ensemble qui coûte environ trois fois plus cher que l’imageur à temps de vol seul, selon Pierre Cambou, analyste chez Yole Développement qui estime ce marché de modules à 1200 millions de dollars en 2018 et 2100 millions de dollars en 2019, dont 70% pour STMicroelectronics.

Curieusement, la plupart de ses petits concurrents se situent en Europe, la région de prédilection de développement de cette technologie : Heptagon en Suisse, racheté en janvier 2017 par l'autrichien AMS, PMD Technologies en Allemagne, partenaire d'Infineon Technologies, Optronic en Suède… C’est d’ailleurs en rachetant en 2015 le belge Softkinetics que Sony a fait son entrée sur le marché. "Avec une résolution de 10 microns, Sony fait mieux que l’état de l’art aujourd'hui qui est de 15 microns, note Pierre Cambou. Mais ST a démontré sa capacité à descendre à 8 microns. Il dispose d’une avance technologique de trois ans. Le problème c’est qu’il ne pourra pas servir d’autres clients comme Huawei, Oppo ou Vivo, qui décideront d’imiter le futur iPhone. Sa capacité de production suffit tout juste à satisfaire les besoins d'Apple qui devrait généraliser la technologie à l’ensemble de ses produits d'ici deux ans. Un jour ou l’autre, Apple cherchera à avoir une seconde source d'approvisionnement. Sony a tout pour devenir une alternative crédible."

Risque de subir le même scénario que dans les capteurs d'image Cmos

Le groupe japonais se targue d’être depuis 2007 le fournisseur exclusif d’Apple en capteurs d’image Cmos. Un domaine qu'il domine largement devant ses deux plus gros concurrents, Samsung et OmniVision. STMicroelectronics a poutant joué ici un rôle pionnier en tant que fournisseur privilégié de Nokia. L’activité a été arrêtée en 2015 au profit du développement d’imageurs à la demande et de capteurs spécialisés. "La même équipe, qui réalisait les capteurs d’image Cmos pour Nokia, développe aujourd’hui les imageurs à temps de vol et modules de caméra 3D, rappelle Pierre Cambou. ST a toujours joué le rôle de pionnier. C’était le cas dans les capteurs d’image Cmos ou encore dans les détecteurs de mouvement Mems. Mais à chaque fois, il n’a pas réussi à maintenir sa position de leader. La plus-value ne va pas toujours au primo entrant. Le risque est de le voir subir le même sort dans les imageurs 3D."

La menace est d’autant plus sérieuse que Sony semble prêt à jeter toutes ses forces dans la bataille. Les capteurs d’image Cmos, l’une de ses rares activités électroniques à bien se porter, constituent sa vache à lait. Depuis son arrivée à la tête du groupe en 2012, son PDG Kazuo Hirai en fait un axe stratégique de développement. Pas question donc de passer à côté du nouvel Eldorado des caméras 3D. "Sony joue son avenir sur le marché, affirme l’analyste de Yole Développement. Les marchés des capteurs d’image et des imageurs 3D tendent à se rejoindre, et les deux technologies finiront par se mélanger. Sony est aujourd’hui présent dans les applications d’imagerie. Avec les imageurs 3D, il entre dans les applications de mesure qui, avec l’Internet des objets, deviendront demain un marché plus important. C’est tout l’enjeu de sa manœuvre."

Moteur de rebond pour ST

Voilà Jean-Marc Chery, directeur général adjoint, patron de l’activité imagerie et successeur probable à Carlo Bozotti à la tête de STMicroelectronics en 2018, prévenu. Le développement de ce marché apparait comme un cadeau providentiel. Cette activité, avec le juteux contrat emporté auprès d’Apple, est en train d'aider le groupe à redresser la tête après six années consécutives de crise. ST ne peut pas se permettre de perdre un moteur aussi inespéré de rebond.

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