Sony entérine son échec dans les modules caméra avec la cession de son usine en Chine

Ridha Loukil , ,

Publié le

Faute d’avoir réussi son pari dans les modules caméra, le groupe japonais Sony est contraint de céder son usine en Chine à Shenzhen O-film Tech. Un désinvestissement qui met fin à son rêve sur ce marché dominé par son compatriote Sharp et les coréen LG Innotek et Semco.

Sony entérine son échec dans les modules caméra avec la cession de son usine en Chine
Module caméra de Sony dédié aux mobiles
© Sony

Ça y est, c’est fait. Sony vient de céder son usine de modules caméra en Chine à Shenzhen O-Film Tech, premier fournisseur chinois de ce type de composants. Les deux semaines de grèves du personnel, qui ont suivi l’annonce du projet en novembre 2016, n’ont rien pu y changer. La transaction s’élève à 234 millions de dollars, dettes comprises.

Fournisseur exclusif d'Apple

Avec 4000 personnes, cette usine, située à Shenzhen, constituait le principal site d’assemblage de modules caméra de Sony, destinés essentiellement aux mobiles. Sa cession met fin aux rêve du groupe japonais d’électronique de devenir un acteur majeur sur ce marché.

Sony domine les capteurs d’image Cmos avec, selon Yole Développement, 38% du marché mondial en 2015 (en incluant l’activité rachetée à Toshiba), loin devant le coréen Samsung Electronics (19%) et le chinois OmniVision (12%). « Il est présent dans les smartphones haut de gamme de quasiment toutes les marques, d’Apple à Xiaomi, en passant par Samsung, LG ou Huawei, affirme Pierre Cambou, analyste chez Yole Développement, un cabinet français spécialisé en électronique. Il est même le fournisseur exclusif d’Apple, ce qui est une marque de confiance exceptionnelle. »

Bras de fer avec Apple

Fort de ce succès, le groupe japonais a cherché en monter dans la chaine de valeur en voulant vendre à Apple et d’autres clients, non pas le capteur d’image seul, mais le module caméra qui inclut en plus les composants optiques, mécaniques et électroniques associés et qui coûte trois fois plus cher, selon Yole Développement. Un pari perdu. « Le bras de fer engagé avec Apple a mal tourné, explique Pierre Cambou. Pour des questions de sécurité d’approvisionnement, Apple n’a pas voulu mettre tous  ses œufs dans le même panier. Pour son iPhone 7, il a préféré faire appel à ses deux fournisseurs habituels de modules caméra : Sharp et LG Innotek qui intègrent tous deux les capteurs d’image de Sony dans leurs modules. »

Pour Sony, c’est l’échec. Le groupe japonais d’électronique en tire les conséquences en vendant son usine en Chine. Il est contraint de le faire d’autant qu’il s’est trompé sur la nature du marché. « Il pensait, qu’avec l’intégration de fonctions Autofocus et stabilisation d’image, il pourrait se différencier par la technologie, analyse Pierre Cambou. Ce qui ne s’est pas produit. » Sur ce marché, trois acteurs dominent selon Yole Développement : le japonais Sharp et les coréens Semco du congloémrat Samsung et  LG Innotek du conglomérat LG.

Chute des besoins internes de Sony

Sony conserve une production en propre de modules caméra dans son usine à Kumamoto au Japon à la fois pour ses propres besoins et pour ses clients. Le groupe en intègre dans ses smartphones, ses tablettes, ses appareils photos numériques ou encore ses caméscopes. Or entre 2015 et 2016, ses ventes ont chuté de 29,4 à 15,1 millions d’unités dans les smartphones et de 6,6 à 4,2 millions dans les appareils photo numériques, réduisant de près de moitié ses besoins internes en modules caméra. Une raison de plus justifiant la cession de l’usine en Chine.

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