Sondage Sciences : Alimentation, environnement, communication...ça va mal

Les accidents majeurs de ces dernières années, Tchernobyl, le sang contaminé, l'amiante, les maladies à prions, le trou dans la couche d'ozone... ont très sérieusement marqué les Français. Seules les innovations dans le domaine des techniques thérapeutiqu

Partager

TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

Sondage Sciences : Alimentation, environnement, communication...ça va mal
A la veille du Salon de l'agriculture, la Confédération française de la coopération agricole lance, dans 50 coopératives, le " bilan sociétal ". Parmi les 54 facteurs retenus : l'agriculture raisonnée et la traçabilité des filières figurent en bonne place. Prendre en compte les exigences de sécurité du consommateur et de respect de l'environnement, c'est la nouvelle tendance pour les acteurs de l'économie. Danone a son " Conseil scientifique consultatif " (voir ci-dessus l'interview de Patrick O'Quin) ; PSA son " Institut de la ville en mouvement ", qui réunit des architectes, des urbanistes, des sociologues. " Lorsque nous avons décidé d'investir au Brésil pour notre usine de Porto Real, nous avons lancé l'opération "puits de carbone", dotée de 65 millions de francs, qui consiste à replanter des millions d'arbres sur 5 000 hectares dans une zone de l'Amazonie brésilienne touchée par la déforestation ", explique Frédéric Saint-Geours, directeur général de Peugeot. Quant à France Télécom, son président, Michel Bon, en vantait la semaine dernière, dans une tribune publiée par " Le Monde ", les actions en faveur de la réduction de la " fracture numérique ". Cette activisme s'explique aisément. A en croire le jugement des Français, on ne peut pas dire que le XXe siècle aura laissé un héritage très positif. Leur impression est que beaucoup de choses se sont dégradées en cinquante ans. C'est le cas de la qualité de l'air dans les villes ; de la qualité de la nourriture ; de celle de l'eau. Même la communication entre les gens leur paraît s'être détériorée. Le seul secteur que les Français jugent en net progrès est celui de la santé. Les innovations y sont le plus souvent très spectaculaires, et, malgré le scandale du sang contaminé, le rapport risques-avantages est favorable aux progrès des médicaments, de la chirurgie, de toutes les techniques thérapeutiques. Enfin, l'espérance de vie s'est nettement accrue, et les Français en attribuent le mérite aux progrès de la médecine plutôt qu'à ceux de l'hygiène ou de l'alimentation, même si les trois secteurs y ont évidemment contribué. Mais, entre la réalité et la perception, il y a toujours un décalage. Le poids de la nostalgie Pour les autres domaines, ces jugements tranchés et très négatifs tiennent à un faisceau de raisons, plus ou moins raisonnables. La question des rapports entre les gens relève sans doute d'une certaine nostalgie d'une époque où l'on savait prendre son temps. C'était le temps des villages et des paysans, des quartiers urbains naissants et de la solidarité populaire. Du reste, les jeunes (qui n'ont pas cette mémoire, et pour cause !) n'ont pas l'impression que ce type de relation se dégrade. C'est un sentiment qui apparaît plus tard, et augmente avec l'âge. Les agriculteurs, les commerçants, les employés le ressentent eux aussi, massivement. Les enseignants également. Sans doute traduisent-ils ainsi leurs difficultés face à des élèves ou des parents moins attentifs et disponibles que par le passé. Le rejet du productivisme dans l'agriculture Pour le reste, les opinions sont marquées par les accidents en tout genre qui ont émaillé la vie nationale et internationale : le sang contaminé ; le nuage de Tchernobyl ; l'amiante ; les maladies à prions ; sans oublier le trou dans la couche d'ozone et le possible changement climatique. Les peurs naissent de ces crises qui ont explosé au cours de ces quinze dernières années, après plus d'une décennie de marche en avant sans incident, ou presque. L'impact est particulièrement fort dans le domaine alimentaire. Evidemment, au début des années 50, on parlait peu de listériose. Ni de dioxine dans les poulets. Ni de maladie de Creutzfeldt-Jakob. De là à penser que l'on mangeait mieux et plus sainement qu'aujourd'hui, il n'y a qu'un pas, franchi avec aisance par les sondés. La " malbouffe ", comme on dit, est associée au modèle productiviste dans l'agriculture, aujourd'hui massivement rejeté. Les Français, unanimes ou presque, seraient même prêts à interdire toute utilisation d'engrais chimiques dans l'agriculture. La pression de l'opinion et le désarroi des agriculteurs sont tels que plus de sept paysans sur dix se prononcent pour cette solution : ils sont pourtant bien placés pour savoir qu'une telle orientation aurait de (très) fâcheuses conséquences sur la production agricole, et sur la qualité de l'alimentation - à moins de remplacer les produits chimiques par des engrais naturels, et les automobiles par des voitures à chevaux, fournisseurs de crottins. Personne, bien sûr, ne préconise ce scénario rétrograde. Les opinions abruptes qui s'expriment ressemblent plutôt à des cris d'alarme contre les excès de l'agriculture intensive et les pratiques opaques. De même, la recherche de produits naturels ou biologiques traduit surtout une exigence d'information sur l'origine des denrées alimentaires, et donc une volonté de sécurité. Ce qui, hier, était considéré comme fatal, ne l'est plus Une démonstration similaire pourrait être esquissée pour ce qui concerne la qualité de l'air. Dans les années 50, les faubourgs des grandes villes étaient infestés de rejets de toutes sortes, en provenance des grandes industries de la chimie, de la sidérurgie ou de la métallurgie, sans parler de la pollution provoquée par les particuliers. Il est fort à parier que l'air y était nettement plus néfaste qu'aujourd'hui pour la santé. Les films de cette période là en témoignent. Mais la perception qu'on a de la qualité de l'air s'est profondément modifiée. Ce qui, hier, était considéré comme fatal, ne l'est plus aujourd'hui. La pollution d'automobiles a largement dépassé celle provoquée par l'industrie. Les conséquences, pour les personnes comme pour la planète, sont mieux évaluées, et moins acceptées, même si, chaque matin, chacun prend sa voiture sans trop culpabiliser. Les grandes peurs des Français pour les vingt ans à venir découlent de ce regard particulièrement sombre sur le passé, quoique le futur apparaisse un peu moins noir. Elles portent d'abord sur la qualité de l'air et de l'environnement, dont près des deux tiers pensent qu'elle devrait continuer à se dégrader. Les questions plus immatérielles, comme la communication entre les gens, sont également vues sous un avenir peu brillant. La perception d'Internet est significative. Telle la langue d'Esope, les nouvelles technologies apparaissent comme la pire et la meilleure des choses. On y voit le moyen d'une plus grande circulation des informations entre les individus, mais aussi un facteur d'isolement renforcé de chacun. On comprend pourquoi les personnes interrogées réclament en priorité une augmentation des crédits pour la recherche dans le domaine de l'environnement, des biotechnologies et... des sciences humaines. Sensibles aux problèmes alimentaires, les Français s'attendent plutôt à une amélioration dans les prochaines années. Mais les espoirs ne sont pas identiques pour tous. Ainsi, les femmes et les jeunes de 18 à 24 ans n'en ont pratiquement pas. Ils pensent massivement que la qualité de la nourriture va se dégrader. Les peurs alimentaires ont d'ailleurs tendance à se réduire au fur et à mesure que l'on vieillit. Quant aux hommes, ils tablent majoritairement sur une amélioration de l'alimentation. Pas de production à n'importe quel prix Curieusement, les plus jeunes sont les plus pessimistes sur l'avenir de l'alimentation, mais ils sont aussi les plus disposés à manger des pizzas ou des gâteaux élaborés avec des OGM, contrairement à leurs aînés. En fait, c'est le climat autour de la nourriture, le sentiment de production à tout prix qui les heurtent, et non la qualité des denrées elles-mêmes. On retrouve d'ailleurs une attitude de ce type chez les adultes, où les questions alimentaires relèvent tout autant de la passion que de la raison. Ils contestent massivement le mode de production agricole, et ses conséquences sur les produits, mais ils ne contestent pas le rôle des agriculteurs. Ils attribuent plutôt la responsabilité de la détérioration supposée aux exigences des marchés. On a souvent dit que les Français ne voulaient plus payer le prix du progrès. En fait, c'est le prix des contraintes économiques qu'ils refusent d'acquitter. D'où ce retour vers une plus grande intervention publique notée précédemment. D'où, également, cette confiance dans la recherche et la technologie pour mieux préparer l'avenir. Une partie des industriels l'a compris. C'est pourquoi ils accordent une large place à l'information, et communiquent de nouveau sur la dimension technologique de leurs produits (voir page 34). Certains n'hésitent pas à en jouer dans les messages publicitaires. Danone, par exemple, met en valeur le plaisir de consommer, mais aussi les apports bénéfiques de ses produits pour la santé. Renault crée, autour de sa nouvelle Laguna, toute une ambiance technologique en faveur de la sécurité... Le temps du cocooning et du repli sur la famille est-il dépassé ? Va-t-on entrer dans l'ère de la technologie à échelle humaine. Il est sans doute trop tôt pour le dire, mais notre sondage permet de mieux cerner ces valeurs auxquelles les Français sont sensibles.
M. Bulard

64 % pensent que la qualité de l'air dans les villes va encore se dégrader Lors des cinquante dernières années, la qualité de l'air (96 %) la nourriture (69 %), la communication entre les gens (66 %) et la qualité de l'eau (61 %) se sont détériorées. Seule la santé s'est améliorée (73 % des sondés). Patrick O'quin : Les entreprises doivent mieux communiquer " Les crises à répétition, comme la "vache folle" ou la dioxine dans les poulets, peuvent laisser croire aux Français que la qualité de leur alimentation s'est dégradée. En réalité, nous mangeons de plus en plus sainement. Et cela, en grande partie, parce que l'industrie alimentaire s'appuie énormément sur la recherche scientifique. S'ils le savaient, les Français seraient beaucoup plus rassurés. Pour désamorcer les effets de toutes ces informations catastrophiques, les entreprises de l'agroalimentaire doivent davantage jouer la transparence. Nous devons montrer que nos processus de production sont parfaitement sécurisés et prouver la traçabilité de nos produits. Chez Danone, la politique est de prendre en considération trois éléments : ce que dit la science, ce que dit le consommateur et ce que dit la loi. Mais, au final, c'est le consommateur qui dicte sa loi, car nous vendons des produits de grande consommation et nous ne sommes pas là pour inquiéter les consommateurs. Nous disposons d'un conseil scientifique consultatif, dont les dix membres - toxicologues, nutritionnistes, microbiologistes - viennent d'horizons différents, tels que, notamment, l'Inra, l'Ecole vétérinaire d'Alfort, l'Institut Pasteur. Certains siègent aussi dans les conseils scientifiques auprès de la Commission européenne. Ils conseillent sur tous les risques émergents et nous informent de toutes les découvertes récentes. " Pas d'engrais chimiques L'idée d'une agriculture sans engrais chimiques est plébiscitée : neuf sondés sur dix sont pour, " même si cela doit diminuer la production alimentaire ". De toute évidence, les excès de la culture intensive les conduisent à rejeter toutes les formes modernes de développement agricole. Le plus surprenant est que cette opinion est partagée par 71 % des agriculteurs, qui eux, savent bien que leur profession ne pourrait survivre à une telle décision. Le nombre de Français d'accord avec ce choix radical ne cesse de grimper, même s'il était déjà élevé en 1989 (75 % ) et en 1994 (80 % ), bien avant les crises à répétition. Cela s'est déjà traduit par le succès des denrées naturelles et le retour des productions du terroir, annonciateurs de l'engouement pour les produits biologiques. La préoccupation alimentaire se double d'un souci d'environnement et de santé. Pour 96 % des sondés, les excédents d'engrais, comme les pesticides, passant dans le sous-sol, représentent un risque pour la santé. Les OGM, non, mais... A la question " Les aliments génétiquement modifiés présentent-ils des risques pour la santé ? ", les Français répondent oui à 82 %. Mais quand on leur demande leur attitude face à des aliments (biscuits ou pizzas) fabriqués avec des OGM, ils sont plus nuancés : 15 % n'y feront pas attention, 34 % feront tout pour les éviter, mais 49 % se contenteront d'essayer de les éviter. Les jeunes sont les moins sensibles aux campagnes anti-OGM : 30 % déclarent n'y prêter aucune attention. D'autre part, les personnes sondées sont très partagées sur les éventuels bienfaits des OGM " pour lutter contre la faim dans le monde " : 48 % pensent que c'est vrai, 46 % que c'est faux. Ils sont tout aussi divisés sur la question de savoir s'il vaut mieux, pour la santé et l'environnement, " protéger les plantes en utilisant des insecticides " (35 %) ou " modifier génétiquement des plantes pour les rendre résistantes aux insectes (33 %), les autres (32 %) refusant de choisir.

Partager

PARCOURIR LE DOSSIER
SUJETS ASSOCIÉS
SUR LE MÊME SUJET
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS