Sommet des Brics : une banque… sans capital et presque rien pour l’Afrique

A Durban les leaders des 5 grands pays émergents ont acté le principe d’une banque commune de développement et d’un fonds de réserve de change. Mais les détails sont remis à plus tard. Les engagements envers l’Afrique sont quasi nuls.

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Sommet des Brics : une banque… sans capital et presque rien pour l’Afrique

Ceux qui comptent sur le groupe des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du sud) pour apporter un ton nouveau dans les relations internationales peuvent en être pour leurs frais, sur la forme au moins. Lors de l’ultime séance plénière du sommet de Durban devant la presse ce midi, les 5 leaders assis à la tribune sur des tables séparées ont dévoilé tour à tour lors d’un exercice convenu leurs "conclusions". Cette succession de discours devant une immense tenture bleue et une flopée de ministres silencieux derrière eux, était aussi peu enlevée que peut l’être toute autre rencontre internationale. On est bien loin des discours enflammés de la conférence de Bandung dont ce groupe des BRICS est un lointain descendant. D’ailleurs les "Cinq", Vladimir Poutine en tête, ont bien précisé que leur rencontre s’inscrivait dans le cadre international existant que ce soit celui des Nations Unies ou du G20.

Quant au fond ? L’annonce principale du sommet - qui se termine ce mercredi 27 mars dans la soirée - est un accord de principe pour la création, très attendue, d’une banque de développement, autrement dit la fameuse "banque des BRICS", une idée lancée lors du sommet de Delhi en 2012. Prenant la parole tour à tour après l’introduction de Jacob Zuma, le président sud-africain, les quatre autres chefs d’Etat et de gouvernement l’ont confirmé. "Les études de nos ministères des Finances ont montré la faisabilité du projet. Nous avons acté le principe de son lancement. Cette banque aura pour mission le financement de projets d’infrastructure ou de développement dans nos pays respectifs ou d’autres pays en développement" a lancé Jacob Zuma.

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Mais en fait, la nouvelle a un peu tourné court. Une forme d'échec. Car à l’ICC Center le siège du sommet en plein centre de Durban arrosé hier par des trombes d’eau, les 5 n’ont annoncé ni le montant du capital de cette banque, ni son siège, faute d’accord entre eux. Ces éléments clés pourraient toutefois être révélés en marge du prochain G20 de Saint Petersbourg en septembre. Concernant le capital, le chiffre circulant de manière insistante est celui de 50 milliards de dollars. Mais la question clé de sa répartition n’a pas été résolue, en raison sans doute des disparités entre les 5 BRICS. L’économie chinoise pèse ainsi 20 fois celle de l’Afrique du Sud. Jacob Zuma espérait aussi pouvoir annoncer la localisation de cette nouvelle banque de développement en Afrique du sud, mais il aura donc échoué.

Un défi aux institutions de Bretton Woods

Ce projet de banque "sud-sud" apparait en tout cas comme un défi aux institutions de Bretton Woods (Banque mondiale et FMI) dont l’engagement en matière de développement est, en creux, jugé insuffisant par les 5 leaders. "Il y des besoins que ne satisfont ni les investissements directs étrangers privés, ni les financements multilatéraux traditionnels" a lancé Jacob Zuma. La brésilienne Dilma Rousseff, en tailleur rouge a été, elle, très directe, "notre place dans les organisations internationales ne reflète pas la réalité du monde d’aujourd’hui. Cela ne peut durer".

Pour sa part, l’indien Manmohan Singh coiffé de son éternel turban a estimé d’une voix monocorde : "cette banque offrira de nouvelles possibilités de coopération entre nous". Au delà, selon lui, le renforcement du groupe des BRICS est une des réponses à la faiblesse de l’économie mondiale, un "driver" de croissance ou un moyen de développer des coopérations scientifiques qui ne soit pas orientées vers les priorités des pays riches.

Les 5 ont aussi annoncé à Durban la création d’une sorte de fonds de réserve monétaire ("Contingency Reserve Arrangement") d’un montant de 100 milliards de dollars, sans que plus de détails n’aient été donné sur son emploi. Ces dernières années, plusieurs pays émergents, le Brésil en tête ont dénoncé la politique monétaire agressive des grandes économies développées comme les Etats-Unis.

A la tribune, Dilma Roussef a, par ailleurs, alerté sur la médiocre situation de l’économie mondiale. Selon elle, la croissance en 2013 s’annonce un peu meilleure qu’en 2012, mais la présidente du Brésil, qui accueillera le prochain sommet des BRICS en 2014, a pointé les faiblesses des économies développées et les effets persistant de la crise financière chez eux. Renvoyant chacun à ses responsabilités. "Le G20 a tous les éléments qu’il faut en sa possession pour mettre la croissance et l’emploi en tête de son agenda".

L'importance de l'interconnexion entre les BRICS

Elle a par ailleurs pointé l’importance de l’interconnexion entre les BRICS et des infrastructures alors qu’elle-même est en train de lancer un vaste plan dans ce domaine au Brésil. Un immense projet de cable télécom sous-marin reliant les 5 BRICS sur 34 000 km a notamment été évoqué à Durban.

Le président chinois Xi Jinping dont c’était une des premières grandes sorties après son "élection" voilà quelques semaines à Pékin a déroulé un discours sans saveur, rappelant ses priorités pour la Chine notamment celle de créer une classe "moyennement prospère". Avant bien sûr d’assurer que la coopération économique entre les BRICS figurait "en tête de l’agenda" de son pays. Le commerce entre ces 5 pays a été multiplié par 10 en 10 ans pour atteindre plus de 250 milliards de dollars.

Par ailleurs, les cinq leaders ont confirmé la création d’un "BRICS business council" regroupant des représentants des entreprises. Cette instance est vouée à faire des recommandations sur le cadre des affaires, des projets communs ou d’éventuels obstacles aux échanges entre les BRICS. Un "think tank" des BRICS doit aussi être créé.

Au delà, l'aspect le plus notable, bien que souterrain, de cette rencontre de Durban est sans doute que les coopérations techniques et autres consultations au plan ministériel se sont multipliées sur des sujets allant du choix du successeur de Pascal Lamy à la tête de l'OMC à la coordination des banques centrales. Le prélude, peut être, à d'avantage de positions communes entre les BRICS au plan international.

En marge du sommet, divers memorandums de financement portant sur des projets totalisant 30 milliards de dollars ont aussi été signés, dont certains concernant des pays africains. De fait, l’Afrique et son développement était le thème officiel du sommet de Durban. Chacun des cinq leaders dans son discours n’a d'ailleurs pas manqué de mettre en exergue l’importance du continent noir dont sa partie subsaharienne surfe en ce moment sur 5% de croissance. Cela a été souligné aussi notamment dans la déclaration finale du sommet, dite eThekwini (le nom de la municipalité de Durban)

Mais au bord de l'océan indien dans ce grand port de Durban où résida longtemps Gandhi, au-delà des mots les engagements fermes n’ont pas suivi. La dizaine de chefs d'Etat et de gouvernement africains qui, comme Mohamed Morsi (Egypte), Macky Sall (Sénégal) ou Alassane Ouattara (Côte d'Ivoire), avaient fait le déplacement pour une rencontre avec les "Big five" sont repartis sans rien de concret. Le "ton nouveau" et surtout sa mise en action dans les relations internationales ce n’était décidemment pas encore pour cette fois.

A Durban, Pierre-Olivier Rouaud

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