Solvay, un belge au CAC 40 ? Quelle blague !

Olivier James , , , ,

Publié le

Un an après son OPA amicale sur Rhodia, le chimiste intègre le CAC 40. Si l’ensemble de la presse souligne sa nationalité belge, la réalité économique et industrielle est tout autre…

Solvay, un belge au CAC 40 ? Quelle blague ! © D.R.

Les milieux économiques parisiens bruissent d’une folle rumeur. Un belge serait entré dans l’indice boursier phare de la place de Paris, le CAC 40. Le groupe PSA-Peugeot-Citroën est remplacé par le "belge" Solvay, peut-on lire dans de nombreux articles de presse. Cette entrée permet au passage à la chimie de doubler sa présence dans un CAC 40 qui compte aussi Air Liquide, le spécialiste des gaz industriels.

Cette arrivée était d’ailleurs visée par la direction du groupe, et en particulier par son PDG, Jean-Pierre Clamadieu, depuis le début du rapprochement entre Solvay et Rhodia en avril 2011. Une fusion qui deviendra effective en septembre 2011.

Mais sur quels éléments repose cette supposée nationalité ? Celui de la nationalité de son créateur ? Le chimiste belge Ernest Solvay a créé un groupe à son nom en 1863. Mais qui penserait à qualifier de "français" le groupe américain Dupont, du seul fait de la nationalité de son fondateur, Éleuthère Irénée du Pont de Nemours ? Et si l’ancrage historique du groupe se trouve incontestablement en Belgique, la réalité industrielle actuelle répond à une logique bien différente.

15 usines en France, contre 2 en Belgique

D’un point de vue économique, Solvay (près de 13 milliards d’euros de chiffre d’affaires) est plus français que belge. Le groupe génère 10% de son chiffre d’affaires en France et seulement 2% en Belgique.

Mieux encore, le chiffre d’affaires total généré par la production industrielle issue des usines françaises s’élève à 3,5 milliards d’euros, soit 27% du chiffre d’affaires du groupe. Il faut dire que le groupe possède 15 usines en France, contre seulement… 2 en Belgique.

En termes d’effectifs, là encore, la comparaison est sans appel. Sur les 30 000 salariés du groupe, 7000 sont en France, presque le quart de l’effectif total, contre 3 000 en Belgique.

L’actionnariat peut-il justifier une "nationalité" ? Celui de Solvay est constitué à hauteur de 30% d’actionnaires belges, essentiellement des descendants du fondateur.

Pour le reste, difficile de vraiment établir une nationalité. Avant que Rhodia ne soit racheté par Solvay, lorsqu’il était "français" aux yeux de tous, son actionnariat était essentiellement constitué d’investisseurs anglo-saxons…

Le siège social de Solvay est certes à Bruxelles. Ce qui d’un point de vue juridique en fait un groupe belge. Mais qui voit le groupe sidérurgique ArcelorMittal comme une entreprise luxembourgeoise, même si son siège social se trouve dans le Grand-Duché ?

D’aucuns vont un peu vite en besogne, flirtent avec un nationalisme excessif, et donnent au groupe, également présent au CAC 40, la même nationalité que celle de son patron, l’indien Lakshmi Mittal… Sans compter que le choix d’un siège social est, dans bien des cas,  lié à des raisons fiscales.

A l’heure où les grands groupes industriels possèdent des usines aux quatre coins de la planète et que leurs salariés représentent des dizaines de pays différents, leur accoler une nationalité a-t-elle encore un sens ? Le chauvinisme a la vie dure…

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte