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L'Usine Matières premières

Solvay renonce au recyclage des terres rares

Myrtille Delamarche , , ,

Publié le , mis à jour le 26/01/2016 À 21H29

Le groupe chimique belge Solvay, qui avait lancé en grande pompe une activité de recyclage de terres rares en 2011, vient d’en annoncer l’arrêt, faute de rentabilité.

Le site de Solvay à Saint-Fons.

Solvay-Rhodia a annoncé mi-janvier la cessation prochaine de son activité de recyclage de terres rares. Les ateliers de Saint-Fons (Rhône) et de La Rochelle (Charente maritime), qui comptent au total une quarantaine de salariés, devraient fermer d’ici fin 2016.

Recycler n’est plus rentable

Lorsque Solvay avait décidé de passer à la phase industrielle de son procédé innovant de recyclage des terres rares contenues dans les ampoules basse consommation (projet Coléop’terre), le resserrement des exportations chinoises laissait craindre des difficultés d’approvisionnement. La hausse des prix qui avait suivi justifiait le coût, plus élevé, du recyclage et les 15 millions d’euros investis dans le projet.

"Au prix pratiqué avant les années 2008, le procédé n'était pas suffisamment compétitif pour être développé sur le plan industriel", indiquait en 2013 Frédéric Fournet, directeur de l'usine de La Rochelle. Quatre ans après, les prix des terres rares ont retrouvé leurs niveaux d’avant-crise, et le procédé a reperdu sa compétitivité.

"Solvay avait lancé cette activité dans un contexte d’approvisionnements problématiques, avec un quasi monopole de la Chine qui venait d’annoncer une réduction de ses quotas à l’exportation. Les prix étaient alors très élevés. L’intérêt était de donner accès aux terres rares à un coût très inférieur", confirme une porte-parole de Solvay.

L’alternative LED

La substitution progressive des lampes basse consommation par des LED a porté le coup de grâce à cette activité pourtant prometteuse. "Aujourd’hui, l’usage des lampes à fluorescence a diminué au profit des LED, ce qui a a joué un rôle dans la baisse de rentabilité. Ainsi que la forte contraction de la demande en terres rares lourdes, et le retour à la normale des exportations chinoises et la baisse des prix", ajoute-t-on chez Solvay.

40 emplois menacés

Partout dans le monde, des éco-organismes comme Recylum en France collectent ces ampoules, dont elles valorisent le verre (88%), les plastiques, le mercure et les métaux. Les poudres sont alors envoyées vers l’atelier Rhodia-Solvay de Saint-Fons, qui en élimine la silice (verre) et le mercure.

Sur ce site, l’atelier dédié au premier traitement des poudres métalliques issues des ampoules recyclées (27 emplois) fermera d’ici la fin de l’année. Le site de Saint-Fons continuera son activité vanilline.

Quant à celui de La Rochelle, il maintient ses activités de formulation à base de terres rares à destination de la catalyse et de la dépollution automobile, du polissage et de l’électronique. Mais l’atelier en charge de la séparation des terres rares dans le mélange venu de Saint-Fons fermera lui aussi.

"Nous allons faire notre possible pour réduire l’impact social. Le replacement de salariés dans le groupe serait une possibilité, mais le processus d’information et de consultation vient juste d’être lancé", précise Solvay qui refuse de se prononcer sur le nombre de suppressions de postes.

Recylum relativise l'échec

Recylum, qui s'était associé à Rhodia-Solvay dès 2008, reconnaît que le recyclage des terres rares utilisées dans les lampes fluocompactes a perdu de son intérêt. L'éco-organisme travaille depuis quelque temps déjà à identifier d'autres filières de réutilisation et affirme que "certaines pourraient se concrétiser rapidement", sans plus de précision. "Compte tenu de la faible valeur des poudres fluorescentes contenant les terres rares", Recylum précise que "du point de vue économique, l'impact de l'arrêt de l'activité de Solvay sur la filière de recyclage des lampes est quasi nul. La création de valeur résultait essentiellement du processus de séparation/prification mis en oeuvre par Solvay."

Cette annonce renforce, si besoin était, la certitude que la technologie dicte les stratégies d’approvisionnement sur ces métaux critiques, et qu’il est difficile d’en prévoir l’évolution à long-terme.

Myrtille Delamarche

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