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PME-ETI

Solvay déstabilisé par la concurrence turque

Olivier James , , , ,

Publié le

Enquête Attaqué sur ses plates-bandes par une société turque, le chimiste va devoir réduire ses capacités de production de carbonate de sodium dans toute l’Europe du Sud. L’avenir de cette activité sur le sol européen est en partie menacé.

Solvay déstabilisé par la concurrence turque © D.R. - Solvay

L’attaque est frontale. Et pourrait faire des dégâts. Le groupe de chimie Solvay risque de réduire dès l’année prochaine la voilure au niveau de sa production de carbonate de soude en Europe du sud. C’est ce qu’il a indiqué, mardi 18 décembre, dans un communiqué. En cause : une baisse de la demande dans cette zone pour cette substance chimique de base qui sert notamment à la production de verre et de détergents. Mais surtout, Solvay est confronté à la concurrence agressive d’un nouvel arrivant turc plein d’ambitions…

Ironie du sort, c’est le fondateur de Solvay, Ernest Solvay, qui mit au point à l’échelle industrielle en 1863 le procédé de synthèse du carbonate de sodium aujourd’hui employé dans le monde entier. Complexe et constitué de nombreuses étapes, ce procédé qui permet l’obtention de carbonate de soude dit "synthétique" est également très énergivore : le coût de l’énergie représente de 30 à 40% du coût de production.

Reste qu’il a fait de Solvay le numéro un mondial du secteur. Il en produit aujourd’hui dans huit pays : l’Allemagne, la Bulgarie, l’Egypte, l’Espagne, les Etats-Unis, la France, l’Italie, et le Portugal. Mais attaqué sur son activité historique, le groupe compte révéler avant l’été 2013 un "projet d’optimisation" des sites du pourtour méditerranéen. Le secteur connait aujourd’hui une situation de surcapacités de l’ordre de 15%. "Nous étudions toutes les options", précise une porte-parole du groupe. Le site français de Dombasle (Meurthe-et-Moselle) n’est pas concerné par ce plan.

Des risques de fermetures d’usines

C’est sur son procédé même que Solvay est directement concurrencé par un certain Eti Soda, une société turque appartenant au conglomérat Ciner Group. Car elle possède un atout presque unique au monde qui lui fournit un avantage ultra compétitif : un immense gisement de trona, un minéral rare contenant à l’état naturel du carbonate de sodium, du bicarbonate de sodium et de l'eau. Solubilisé dans l’eau et séparé des impuretés, il permet d’obtenir, via un procédé de calcination, du carbonate de soude à un coût bien plus faible qu’avec le procédé Solvay.

Seuls les Etats-Unis possèdent du trona en aussi grandes quantités, avant tout dans les lacs desséchés du Wyoming. De nombreuses usines de production de carbonate de soude synthétique ont vu le jour dans le pays durant le XXème siècle grâce à l’invention de Solvay, mais la concurrence avec la "voie naturelle" a provoqué leur déclin progressif. Jusqu’à leur disparition totale en 1986. Un tel scénario risque-t-il de se reproduire dans le sud de l’Europe ?

Des projets concurrents en plein développement

L’arrivée d’Eti Soda a changé la donne dans tout le secteur en moins de trois ans. "Il provoque une très forte pression concurrentielle", admet une porte-parole de Solvay. Certains sites européens devront-ils fermer purement et simplement ? La menace promet en tout cas de s’accentuer dans les prochaines années.

Certains sites européens devront-ils fermer purement et simplement ? La menace promet en tout cas de s’accentuer dans les prochaines années.

Si Eti Soda a été créé en 1998, la société n’exploite que depuis 2010 un gisement de trona situé à Beypazari, à 80 km au nord-ouest d’Ankara. Elle compte bien monter en puissance avec un projet d’augmentation de capacités qui devrait être finalisé l’année prochaine. Dans le même temps, son propriétaire Ciner Group mène un projet similaire près de Kazan, à 35 kilomètres au nord d’Ankara. Le groupe a dû racheter pour cela, en janvier 2011, une mine détenue par l’anglo-australien Rio Tinto. Une deuxième phase de développement est même prévue pour 2015 !

En un mot, la Turquie compte devenir un acteur majeur du carbonate de soude dans tout le bassin méditerranéen en moins de deux ans. Une menace sérieuse pour toutes les usines européennes qui fabriquent ce produit de commodité facilement transportable. Si les installations des pays du sud de l’Europe sont pour le moment les seules concernées, celles de pays comme la France et l’Allemagne semblent pour le moment épargnées. Pour combien de temps encore…

Olivier James

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