Quotidien des Usines

Social : Les entreprises françaises veulent se restructurer en Espagne

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La législation du travail est très rigide.Le gouvernement espagnol veut la réformer.Et les multinationales hexagonales ne pensent qu'à se restructurer.

"Un plan social coûte deux fois plus cher qu'en France. Et il peut s'étaler sur trois ou quatre ans. C'est un frein brutal à l'assainissement", s'insurge Jacques Rebeyrol, directeur de Renault Véhicules industriels Espagne. Dur, dur, quand la crise contraint le fabricant de camions à deux mois de chômage partiel! Chez Carrefour aussi, on se lamente. "La rigidité du marché du travail espagnol nous empêche d'embaucher. Du coup, la moitié de nos effectifs ont des contrats à durée déterminée. Ils manquent d'expérience. Et la qualité de nos prestations en pâtit", explique Carlos Albo, directeur des ressources humaines de Pryca, la filiale locale du distributeur français. Paradoxe: tandis qu'une grève générale contre la réforme de la législation du travail paralysait, jeudi 27janvier, la plupart des entreprises françaises implantées en Espagne, leurs patrons reprochaient justement à cette réforme de ne pas changer grand-chose... Dramatique dialogue de sourds dans un pays qui bat le record du chômage en Europe! Le projet de loi du gouvernement de Felipe Gonzalez devrait, de fait, assouplir dès l'été prochain les procédures de licenciement. "Aujourd'hui, à moins d'être en quasi-faillite, il est impossible d'édicter un plan social. Sauf à payer le prix fort: quarante-cinq jours d'indemnités par année de présence", souligne Arnaud de David Beauregard, directeur général de Citroèn Espagne. Désormais, une entreprise pourra se restructurer en payant moitié moins. Et déplacer géographiquement un salarié, une pratique impossible jusqu'ici. "Nous avons récemment envisagé de déménager notre usine 10kilomètres plus loin. Cela équivalait à une rupture de contrat unilatérale. La majorité du personnel était contre", se souvient Bernard Guillaume, patron de la filiale ibérique de Faiveley, qui fabrique du matériel ferroviaire à Tarragone. Dans la pratique, néanmoins, les sociétés risquent de se heurter aux comités d'entreprise et aux syndicats, habitués à marchander leur aval à toute mesure sociale. "Les débuts sont timides, mais un pas a été franchi vers la libéralisation de l'un des marchés du travail les plus difficiles d'Europe", affirme un banquier.


Des restructurations à venir

Pour les multinationales hexagonales empêtrées dans la récession, il n'y a plus de temps à perdre. Thierry Armengaud, vice-P-DG de Peugeot Talbot à Madrid, résume la situation : "Les coûts de diminution des effectifs sont du même ordre que nos investissements corporels. Nous risquons de ne pas investir assez dans l'outil de production et de décaler les évolutions technologiques. On a un mal de chien à augmenter la productivité au niveau français." Faute de renouvellement, le personnel de Peugeot est de trois ans plus âgé en Espagne que dans l'Hexagone. Celui d'Air liquide, numéro1 des gaz industriels dans la Péninsule, de quatre à cinq. Et l'effort de formation est globalement inférieur. Certes, l'Espagne conserve les avantages comparatifs d'un salaire ouvrier relativement faible - ce qui n'est pas le cas pour les cadres - et de la dévaluation de la peseta. Mais, dans les états-majors parisiens de certains groupes, on s'interroge déjà sur la pérennité des sites ibériques. Toutefois, contrairement à ce que promet le patronat espagnol, une réforme en profondeur de la législation du travail entraînera à court terme plus de suppressions d'emplois que de créations. Peu de chefs d'entreprise se disent prêts à transformer des contrats d'embauche temporaire en contrats définitifs. Chez Moulinex (900salariés en Espagne), qui accumule les stocks faute de souplesse des horaires de travail, on annonce nettement la couleur: "Nous n'avons pas encore suffisamment restructuré!"

ALAIN-GABRIEL VERDEVOYE







USINE NOUVELLE - N°2442 -
 

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