SNF Floerger investit 1 Mrd $ pour de nouvelles capacités d'ici 2016

Alors que le groupe français poursuit un plan d'investissements d'un milliard de dollars, Pascal Rémy, p-dg de SNF Floerger, a détaillé à Info Chimie la stratégie de son entreprise.

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Info Chimie : Pouvez-vous nous présenter le groupe SNF Floerger ?

Pascal Rémy : Nous sommes un groupe de chimie de spécialités qui emploie environ 4 300 personnes à travers le monde. Nous avons réalisé en 2013 un chiffre d'affaires de 2 milliards d'euros. Nous sommes les leaders de la production de polyacrylamide, un polymère hydrosoluble utilisé à peu près partout où il y a de l'eau. Nos produits servent à la clarifier ou à en accroître l'aspect viscosifiant. Notre marché historique du traitement de l'eau représente aujourd'hui 45 % de nos ventes. De plus en plus, nous intervenons dans le secteur de la récupération assistée des hydrocarbures. Nous sommes également dans les domaines de l'extraction minière et du papier.

Quelles sont aujourd'hui vos positions géographiques ?

P.R. : SNF dispose aujourd'hui de six grands sites de fabrication de monomères et de polymères en poudre. Et 19 sites satellites, où l'on travaille à partir du monomère. Parmi nos grands sites, il y a le site français d'Andrézieux qui a été entièrement reconstruit il y a une dizaine d'années. Nous avions investi 250 M€ pour construire un site avec les mêmes capacités que l'ancien site historique. Ce site emploie 1 000 personnes. Nous avons deux grands sites aux États-Unis : le plus grand à Riceboro en Géorgie, et le plus récent en Louisiane. Nous avons ouvert cette nouvelle usine il y a trois ans pour développer le marché du pétrole canadien. Nous possédons également de grands sites en Chine à Taixing, en Corée et en Inde.

Vous avez entamé en 2014 un plan d'investissements important. Qu'en est-il ?

P.R. : Notre programme 2014-2016 représente une enveloppe d'un milliard de dollars. Notre but est de croître d'environ 10 % par an. Pour cela, nous devons construire 100 000 tonnes de nouvelles capacités chaque année. Aujourd'hui, nous affichons des capacités de 710 000 t par an de produit pur. Il faut savoir que la poudre est pure à 95 %, les émulsions à 30 % et les liquides, cela peut-être à 5 %. Notre plan vise à augmenter chaque année de 13 à 14 % nos capacités mondiales.

Pouvez-vous détailler ces opérations de croissance ?

P.R. : Ce programme repose sur de la croissance organique. Nous sommes en train d'ouvrir 4 sites dans le monde. D'abord à Teeside au Royaume-Uni. Le projet a démarré il y a deux ans et nous devrions démarrer l'usine au deuxième semestre 2015. Elle sera essentiellement dédiée à la récupération du pétrole en mer du Nord. Nos cuves de stockage seront accessibles pour les navires de ravitaillement des plateformes pétrolières qui pourront charger directement. L'usine est de plus installée à côté d'un site d'Ineos, un fournisseur d'acrylonitrile, notre matière première principale. La première phase de ce projet représente un investissement d'environ 60 M€.

En Chine, nous devrions démarrer la première ligne l'an prochain avec un investissement de 100 M$. Nous continuons à étendre notre site actuel, mais nous arrivons à la limite de notre propriété. Pour le nouveau site, nous avons un terrain de 60 hectares dans une zone de chimie. En Chine, nous avons ainsi un programme d'investissements de 250 M$ sur 3-4 ans.

Vous avez également des projets en Russie et au Brésil, des régions où vous n'étiez pas présents en production jusqu'à maintenant ?

P.R. : En Russie, nous serons installés sur le site de Lukoil à Saratov qui produit l'acrylonitrile. Nous en sommes aux études d'ingénierie et permis de construire. Nous ne sommes pas pressés. Au Brésil également. Nous avons acheté un terrain à Camaçari, près des grandes implantations de chimie. Nous avons commencé les travaux de mise en état du site et espérons débuter la construction en 2015. Nous construirons en fonction du marché. Nous voyons un très grand potentiel pour nos produits dans les applications de récupération des hydrocarbures. Aujourd'hui, ce marché représente globalement 24 % de nos ventes avec une croissance en part de nos ventes de 1 à 2 % tous les ans. Nous anticipons un potentiel de croissance à deux chiffres. Notre philosophie est d'investir en avance sur le marché pour être prêt avec des volumes importants.

Le site français d'Andrézieux est-il concerné par les investissements ?

P.R. : La France représente 3 % de nos ventes mais environ 15 % de nos investissements. Le site d'Andrézieux a bénéficié d'une enveloppe de 40 M€ en 2014 pour des projets d'extension de production d'émulsion, de poudre et pour le stockage. Néanmoins, si nous continuons à investir en France, c'est parce que nous avons de l'activité en dehors de l'Hexagone. Les États-Unis et la Chine génèrent le cash flow nécessaire pour continuer d'investir en France. Il faut savoir que globalement, la part de la valeur ajoutée disponible après le paiement des salaires et des taxes diverses en France représente environ 1/3 de ce qu'elle est aux États-Unis. Aujourd'hui, les mesures prises en Europe sur l'accès à l'énergie notamment m'inquiètent. L'Europe ne devrait pas creuser l'écart. Il faut avant tout se préoccuper de l'accès aux ressources et du prix de l'énergie afin de ne pas dégrader davantage la compétitivité des entreprises.

Votre programme d'investissements repose uniquement sur de la croissance organique. Prévoyez-vous également des acquisitions ?

P.R. : À quelques exceptions près, SNF Floerger n'a jamais crû par de la croissance externe. Les seules acquisitions que nous avons faites concernaient des distributeurs qui voulaient céder leur activité et avec lesquels nous travaillions depuis longtemps. Les investissements étaient rarement supérieurs à une dizaine de millions d'euros. Une grande partie de notre succès vient de l'efficacité de nos capacités de production. Nos technologies sont essentielles. Nous ne sommes pas intéressés par l'acquisition de sites dont nous ne maîtrisons pas l'ingénierie. Nous bénéficions également d'un facteur de taille des installations. Aujourd'hui, nous construisons des unités avec des capacités unitaires de 30 000 t/an. Nous construisons toujours les mêmes unités, ce qui facilite également les échanges entre les usines, pour la maintenance, etc.

Quelle est l'importance de la R&D dans votre stratégie ?

P.R. : Nous investissons environ 1,8 % de notre chiffre d'affaires en R&D. Elle est réalisée essentiellement sur le site français et nous avons ouvert un centre aux États-Unis. Mais cela ne suffit pas. Nous développons la société avec une logique de volume, ce qui nous permet de maintenir notre compétitivité et d'amortir le coût de la R&D. Nous nous protégeons avec des brevets. Nous en comptons environ 450. Mais cela ne suffit pas. Il faut combiner de la R&D avec une logique de producteur pour proposer les coûts de production les plus bas.

SNF FLOERGER EN CHIFFRES

Création 1978 Effectifs : 4 300 employés Chiffre d'affaires : 2 Mrds € Capacités de production : 710 000 tonnes par an Implantations : 25 sites dans le monde et présence commerciale dans 130 pays Spécialités : polyacrylamide pour les applications de traitement de l'eau (47 % du CA), extraction des hydrocarbures (24 %), extraction dans les mines (10 %), industrie du papier (9 %), monomères (5 %) et autres (5 %).

UN PROCÉDÉ BASÉ SUR LES BIOTECHNOLOGIES INDUSTRIELLES

Si le groupe SNF Floerger se développe par croissance organique principalement, c'est pour répondre à une volonté de maîtriser la technologie mise en oeuvre. Cette technologie repose entre autres sur la transformation de l'acrylonitrile en monomère acrylamide par voie biologique. « Nous avons développé une lignée de bactérie en partenariat avec un industriel japonais. Nous en sommes aujourd'hui à la 6e génération de cette bactérie », indique Pascal Rémy, p-dg de SNF Floerger. Il cite les avantages de cette réaction « peu dangereuse » qui se fait « à température ambiante et à pression atmosphérique ». De plus, entre la 1ère génération et la génération actuelle, le groupe a pratiquement « triplé l'efficacité du procédé en ne changeant pratiquement rien dans le process », témoigne le dirigeant.

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