[SNCF] Les cheminots prêts à prendre le train de la grève

Le gouvernement semble faire l’unanimité syndicale contre lui après les propositions chocs présentées par le Premier ministre pour réformer la SNCF. Si la décision de l’intersyndicale a été repoussée au 15 mars, une grève semble inévitable.

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[SNCF] Les cheminots prêts à prendre le train de la grève

Gouvernement et dirigeants de la SNCF montent au créneau depuis ce matin, mercredi 28 février, pour dénoncer les risques d’une "grève dure". Sur Europe 1, la ministre des Transports, Elisabeth Borne a martelé le mot "concertation" et précisé que "personne n'a intérêt à un mouvement dur à la SNCF", tandis que Guillaume Pepy, le Président du directoire de la SNCF, prévenait les cheminots sur CNews qu’une " une grève serait un formidable bond en arrière" avant de tirer la sonnette d’alarme : "Si on ne change rien, c'est le déclin". Et de préciser que sans réforme, la SNCF ne pourrait supporter une ouverture à la concurrence qui se rapproche à grands pas.

Tous les syndicats ne sont d’ailleurs pas contre l’ouverture à la concurrence. A l’UNSA, on préconise qu’elle ait lieu "entre les entreprises et non les salariés, mais on demande un cadre social avant de s’attaquer au statut des cheminots. C’est intolérable de vouloir faire cesser le statut des cheminots avant la fin des négociations sur la convention collective", dénonce Roger Dillenseger, le secrétaire général de l’UNSA, interrogé par L’Usine Nouvelle.

Ne pas stigmatiser les cheminots

Contrairement au gouvernement qui semble accabler la SNCF et ses salariés, Guillaume Pepy rappelle que la dette qui pénalise lourdement son entreprise est largement imputable aux choix des gouvernements depuis plusieurs décennies. Un avis partagé ce matin dans nos colonnes par le consultant Cyril Faure associé au sein du cabinet de conseil Bartle, pourtant plutôt favorable aux annonces du gouvernement. "Ce qui me choque, c’est la façon dont on incrimine les collaborateurs", a-t-il déclaré. Du côté syndical, on rappelle que "les chiffres de la SNCF en 2017 sont en progression, et ce malgré le statut des cheminots. Et ce n’est pas le retrait du statut des cheminots qui fera arriver les trains à l’heure", ironise Roger Dillenseger.

Un front commun pourrait se dessiner le 15 mars, si le gouvernement présente, comme prévu, la veille en Conseil des ministres un projet de loi d’habilitation pour pouvoir légiférer par ordonnances, ce qui s’apparente pour les représentants des salariés à un passage en force. Réunis hier soir en intersyndicale, CGT, CFDT, FO et UNSA ont décidé d’attendre pour organiser la mobilisation et laisser au gouvernement le temps de revenir sur sa méthode et sur certains points comme le statut qui conduiront au clash. "Sur le statut, le gouvernement ne peut pas reculer, il est attendu par les Français, au même titre que tous les régimes spéciaux, explique à ce sujet Cyril Faure. Il faudra sans doute lâcher sur d’autres mesures."

Quel ferroviaire voulons-nous pour demain ?

En tout cas, les syndicats donnent le ton. "On est gonflés à bloc", a déclaré ce matin sur France 2, Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT. Au lendemain des annonces du Premier ministre Edouard Philippe, notamment sur les ordonnances, le statut des cheminots, la transformation de l’entreprise en société(s) anonyme(s), tous les syndicats étaient mobilisés. La CGT parlait d’une grève d’un mois, quand la CFDT, généralement plus modérée, évoquait une grève reconductible.

Du côté de l’UNSA, "les remontées du terrain montrent clairement que les cheminots veulent s’inscrire dans un mouvement dur". En dehors du statut, le deuxième syndicat de la SNCF s’oppose à la transformation de SNCF Mobilités en société anonyme. "C’est une démarche contradictoire, même si elle répond à une volonté européenne. Aujourd’hui, en tant qu’EPIC (Etablissement public à caractère industriel et commercial, NDLR), SNCF Mobilités bénéficie d’emprunts garantis par l’Etat. Demain, cela ne sera plus le cas et les taux seront beaucoup plus élevés, ce qui coûtera plus cher à l’Etat et donc aux contribuables."

Une analyse du secrétaire général de l’UNSA qui s’ajoute à plusieurs de ses interrogations: "Quel ferroviaire voulons-nous pour demain ? Le débat a été occulté durant les Assises de la mobilité. Quel ferroviaire la France a-t-elle les moyens de se payer ? Et personne ne dit qui financera les petites lignes." Au gouvernement d’apporter des réponses concrètes durant la période de concertation…


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