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[SNCF] "L’Europe n’a jamais demandé l’abandon du statut des cheminots", rappelle Karima Delli, députée européenne EELV

Olivier Cognasse

Publié le

Karima Delli, députée européenne EELV et présidente de la Commission Transports du Parlement européen a suivi les négociations sur le 4ème paquet ferroviaire. Elle s’exprime dans les colonnes de L’Usine Nouvelle sur la future réforme de la SNCF.

[SNCF] L’Europe n’a jamais demandé l’abandon du statut des cheminots, rappelle Karima Delli, députée européenne EELV
Karima Delli, députée européenne EELV et présidente de la Commission transports au Parlement européen
© DR

Suite au vote du quatrième paquet ferroviaire, l’ouverture à la concurrence était inéluctable. Pour autant, était-il nécessaire d’aller aussi loin dans la réforme ?

J’entends certains sur les ondes radiophoniques ou à la télévision accabler l’Europe et l’accuser de tous les maux. Il faut arrêter de se servir de l’Europe. Oui, l’Europe a ouvert le marché du rail en France. Oui, il y aura des concurrents à la SNCF à partir de 2019 sur les TER et de 2020 sur les TGV. Il est vrai que cela comporte des risques de dégradation du réseau et du service, de hausse des prix et d’abandon des tarifs pour les étudiants et les personnes âgées. Mais en aucun cas, l’Europe ne demande aux entreprises publiques de devenir des entreprises privées. Et trop souvent, on fait l’amalgame entre libéralisation et privatisation. Le bon exemple pour la privatisation c’est le Royaume-Uni. Cela s’est traduit pas une hausse importante des accidents et des tarifs. Et aujourd’hui, une majorité des Britanniques est favorable à une renationalisation des chemins de fer.

La SNCF peut garder son organisation actuelle avec trois EPIC ?

Oui, la SNCF doit rester une entreprise publique. Avec une SNCF réorganisée en sociétés anonymes, il ne lui sera plus possible de s’endetter, or nous avons besoin d’investir pour entretenir le réseau.

Oui, mais la dette est le véritable problème de la SNCF. Que pensez-vous du flou entretenu par le gouvernement ?

Les raisons de la dette de la SNCF tiennent en trois lettres : T.G.V. La France a deux réseaux à entretenir : les lignes à grande vitesse et le réseau secondaire. En Allemagne, les trains à grande vitesse roulent sur les mêmes lignes que les autres trains. La seule condition pour relancer le ferroviaire français, c’est d’abord que l’Etat reprenne une part importante de la dette, puis qu’il investisse. Depuis très longtemps, je défends une taxe sur les poids-lourds selon le principe du pollueur-payeur. Avant juillet, nous aurons légiféré au Parlement européen sur l’Eurovignette. Aux Etats de l’appliquer ensuite. 

Une redevance sur les poids-lourds permettrait peut-être de relancer le fret ferroviaire à l’agonie. Que faut-il faire ?

La question revient sans cesse. Pourtant, en 2007, à l’occasion du Grenelle de l’environnement, tout le monde était d’accord pour faire passer rapidement le taux de marchandises transportées par le train de 14% à 25% en 2022. Or, il n’a fait que descendre depuis pour atteindre 10%. Quels que soient les gouvernements depuis une trentaine d’années, on a sous-investi. L’ouverture du marché n’a pas réduit les coûts par rapport à la route, qui représente une vraie concurrence, et n’a pas enrayé sa chute. Tous les projets comme l’autoroute ferroviaire Atlantique ont été abandonnés.

"Il faut que le gouvernement soit à l'écoute"

L’abandon du statut des cheminots est-il la condition sine qua non pour ouvrir le marché à la concurrence ?

Sur la question du statut, des contre-vérités sont une nouvelle fois diffusées. Jamais l’Europe n’a demandé aux Etats l’abandon du statut des cheminots. Et ce n’est pas en s’attaquant aux cheminots que l’on va améliorer la situation. Car il faut un personnel de qualité. En Suède par exemple, l’Etat a mis des garde-fous pour protéger les acquis des salariés. Ce que je crains plus que l’abandon du statut, ce sont les risques qui pèsent sur l’emploi. J’ai voté contre le 4ème paquet ferroviaire car rien ne garantissait que l’ancien personnel de la SNCF serait repris par le nouvel opérateur. Il faut inscrire dans la loi le transfert obligatoire du personnel.

Les petites lignes menacées dans le rapport Spinetta sont-elles pour autant sauvées ?

On ne pose pas les vraies questions. Pourquoi a-t-on laissé les petites lignes se dégrader. C’est l’irresponsabilité politique publique depuis 30 ans. Il faut redonner aux gens l’envie de reprendre le train. C’est bon pour le climat, la cohésion des territoires et l’entretien du réseau créé beaucoup d’emplois.

Pensez-vous que le gouvernement utilise la bonne méthode pour réformer une nouvelle fois la SNCF ?

Il faut que le gouvernement soit à l’écoute. Une réforme du ferroviaire ne peut pas être changée tous les deux ans. Elle est là pour 20 ans. Je n’ai pas compris pourquoi il voulait utiliser les ordonnances. Il semble d’ailleurs faire machine arrière sur ce point. La politique des transports est prioritaire. Elle doit se faire dans un dialogue constructif sans utiliser l’Europe comme bouc-émissaire. Il faut faire des compromis. La France doit saisir cette opportunité pour que tout le monde soit gagnant : l’entreprise SNCF, cheminots, usagers,…


Propos recueillis par Olivier Cognasse

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1 commentaire

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07/04/2018 - 08h56 -

Non, l'Europe n'a pas exigé l'abandon du statut de cheminot.Elle a simplement imposé, et la France a signé les textes, le principe qu'une entreprise d'état engagée dans un secteur concurrentiel doive être rentable dans le long terme. L'état actionnaire ne saurait en effet fausser la concurrence en subventionnant à long terme une entreprise dont les coûts seraient trop élevés. Les règlements européens interdisent donc de facto que l'Etat français prenne en charge plus longtemps les déficits colossaux du régime de retraite des cheminots (à l'exception éventuelle de ceux travaillant pour l'Infrastructure, si elle est reconnue service public). Et comme il semble douteux que l'employeur SNCF (avec ses employés cheminots!) puisse financer seul et sans subvention le régime des retraites, qui représente une part essentielle du statut cheminot, autant dire que celui-ci est condamné de facto. Ceci mis à part le reste de l'intervention de la représentante EELV est un tissu d'insanités
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