SkyReal, le spin-off d’Airbus qui immerge les industriels dans la réalité virtuelle grâce à Fortnite

La start-up SkyReal, issue d’une externalisation des activités de réalité virtuelle au sein du groupe Airbus, annonce le lancement de sa solution immersive pour les industriels sur environnement virtuel automatique de grotte (CAVE). Un moyen pour la start-up de s’imposer comme fournisseur principal de réalité virtuelle auprès des grands groupes.

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SkyReal, le spin-off d’Airbus qui immerge les industriels dans la réalité virtuelle grâce à Fortnite

Des pelleteuses et des grues vrombissent aux abords du Technocampus Smart Factory de Saint Nazaire en ce jeudi 17 septembre. Sur le site voisin d’Airbus, où l’avionneur stocke ses carlingues d’A320 avant de les charger dans un A330-743L Beluga XL pour les envoyer à Toulouse, des ouvriers s’affairent pour construire un grand hangar pour protéger, à l’avenir, les carlingues des intempéries.

« Il y a quelques mois, nous avons subi une pluie de grêle violente et Airbus veut les mettre à l’abri, raconte Grégory Duvalet, conseiller technologique à l’agence lavalloise Clarté, qui co-anime le Technocampus avec Solutions & Co, l’agence économique de la région Pays-de-la-Loire. Et comme nous sommes dans une région marécageuse, ils sont obligés de creuser pour garantir des fondations solides. »

Ces perturbations quasi-imperceptibles pour l’être humain sont susceptibles de fortement troubler l’environnement virtuel automatique de grotte (Cave Automatic Virtual Environment, ou CAVE), excavation à cinq faces perchée au premier étage du Technocampus, alimentée par 13 ordinateurs synchronisés. Cette salle est particulièrement adaptée à la revue de projets industriels. « La moindre vibration peut potentiellement désynchroniser le système », s’inquiète Benjamin Ray, directeur technique de SkyReal.

Pas de chance : c’est une journée importante pour cette start-up fondée en 2017 par l’équipe en charge de Réa, la solution d’immersion en réalité virtuelle développée par Airbus Groupe Innovation, « après qu’Airbus ait décidé de licencier toute la filiale et de sous-traiter les activités qui ne sont pas son cœur de métier », rembobine Benjamin Ray. Après s’être concentrée, depuis son externalisation, sur une solution logicielle sur casque de réalité virtuelle, SkyReal « passe à la vitesse supérieure », s’enthousiasme son fondateur Hugo Falgarone, et s’annonce enfin compatible sur CAVE.

Prendre 12 à 18 d’avance grâce à la réalité virtuelle en CAVE

Parmi ses clients grands compte (Airbus, Total, Stelia, AKP…), quelques-uns ont répondu à l’appel, comme Les Chantiers de l’Atlantique ou ArianeGroup. Ils se prêtent au jeu de la comparaison de l’expérience VR sur casque et dans CAVE à partir de scénarios de postes d’assemblages de pièces. Casques vissés sur la tête, un contrôleur dans chaque main, on se retrouve dans une salle d’immersion, vérifiant que les torsions corporelles d’un opérateur lorsqu’il installe des tuyaux dans un avion ne sont pas trop importantes. Ou bien assemblant des tuyères pour un moteur à propergol solide, aussi bien utilisé par Ariane 6 que par le lanceur Vega C, grâce au « plus grand bras robotisé du monde » de l’usine B-Line d’ArianeGroup, qui se situe près de Bordeaux.



L’expérience de revue de projets industriels en CAVE est supérieure à celle sur un écran en ce qu’elle « permet à des opérateurs, ou plus généralement des personnes pas spécialistes d’informatique, d’expérimenter facilement les opérations sur site, avec une vue d’ensemble », détaille Grégory Duvalet. Elle est également bien plus intéressante qu’une solution VR sur casques « car elle permet une meilleure collaboration des différents métiers. Un ingénieur en bureau d’études et un opérateur, par exemple, peuvent interagir très facilement avec le même environnement de référence, et les modifications utiles sont déterminées beaucoup plus rapidement », assure Christophe Reig, responsable de la VR au sein d’ArianeGroup.

Comme la plupart des grands industriels français, le groupe aérospatial possède son propre CAVE, à Saint-Médard, près de Bordeaux. « L’automobile, l’aéronautique et le spatial se sont mis très tôt à la VR pour la revue de projets, dès les années 1990, rappelle Grégory Duvalet. Aujourd’hui, un groupe comme Plastic Omnium, qui réalise entre 300 et 500 validations de postes par an dans son propre CAVE, estime que cette solution permet de prendre de 12 à 18 mois d’avance sur un projet. »

SkyReal bénéficie d’Unreal Engine, le puissant moteur derrière Fortnite

Pour bénéficier de l’expérience du CAVE, un industriel n’a qu’à transmettre les fichiers de conception assistée par ordinateur (CAO) – « à plus de 80% issus de CATIA, le logiciel de Dassault Systèmes, dans l’aéronautique et l’automobile », précise Hugo Falgarone. SkyReal se charge ensuite de les transformer en environnement de réalité virtuelle.

« C’est un défi technique car il n’y a pas deux CAVE pareil, ce ne sont jamais les mêmes configurations, ni dans la pièce (trois, quatre, cinq faces…), ni dans les ordinateurs derrière (un ordinateur pour chaque écran, un ordinateur par œil et par écran…) », indique Benjamin Ray. D’autant plus que la start-up n’a pas assez de moyens pour se payer elle-même un CAVE : elle a dû tester sa solution sur ceux de ses clients ou ceux mis à disposition par les régions ou les établissements universitaires.

Pour parvenir à une résolution sur CAVE équivalente à celle sur casques, « il faut synchroniser les ordinateurs, équipés de cartes graphiques Quadro de Nvidia - deux fois plus cher que des GeForce -, synchroniser les vidéoprojecteurs et maîtriser des technologies de tracking très fines », énumère Benjamin Ray. Surtout, la solution CAVE de SkyReal a été rendue possible grâce au moteur Unreal Engine de l’éditeur de jeux vidéo Epic Games. « L’un des deux meilleurs moteurs de ce type, avec celui d’Unity » selon Grégory Duvalet. Et qui est intégré à la solution de réalité virtuelle de SkyReal depuis le début, aussi bien sur casques que sur CAVE.

« Tous les trois mois, Epic Games fait une mise à jour, dont nous bénéficions aussi. La dernière concernait le ray tracing (RTX), une manière d’afficher un rendu d’ombres parfait dans les jeu, par exemple, prolonge Benjamin Ray. C’est notre gros avantage face à des concurrents qui font tout eux-mêmes : c’est comme si 500 ingénieurs travaillaient, aussi, pour nous, sans que l’on ne leur demande rien. »

Le tout gratuitement : « Grâce à l’énorme succès du jeu Fortnite, nous avons pris un virage en 2015 qui nous a fait passer du moteur le plus cher du marché à un modèle en partie gratuit, explique Jean-Marc Sauvêtre, responsable du développement d'Unreal Engine pour l'Europe du Sud chez Epic Games. Nous prenons des royalties aux éditeurs de jeux vidéo qui utilisent Unreal Engine [à partir du premier million de dollars du chiffre d'affaires, ndlr] mais nous le fournissons gratuitement aux industriels. »

Une solution VR unique pour casques et CAVE

Pour SkyReal, s’attaquer au marché des CAVE est un pari sur l’avenir : « Il y a très peu de CAVE en France, nous n’allons pas gagner beaucoup d’argent grâce à cette nouvelles solution à l’heure actuelle, rappelle Benjamin Ray. Ceux qui nous intéressent sont les CAVE maison que possèdent nos clients : quand vous allez voir des grands comptes comme Airbus avec votre solution pour casques de VR, ils déclinent souvent l’offre car ils ont déjà un logiciel pour leur CAVE. L’enjeu est plutôt de proposer une solution qui fonctionne pour les deux supports, afin de vendre davantage de licences pour casques. »

Après l’expérience en CAVE, les potentiels clients semblent convaincus. Tout juste émettent-ils quelques réserves quant à l’interaction entre l’avatar VR et son environnement (capacité à marquer la collision entre l’opérateur et un équipement, par exemple). Des éléments qui seront très vite intégrés à la solution, assurent Benjamin Ray et Hugo Falgarone, qui en profitent pour énumérer quelques améliorations à venir : fluidifier les fonctions de collaboration entre CAVE, casques et écrans, améliorer les fonctions pour évaluer les troubles musculo-squelettiques (TMS), mieux intégrer les données et les méta-données de production, intégrer des flux vidéo…

SkyReal Cave, bientôt chez ArianeGroup

Le Graal, pour ArianeGroup, serait d’intégrer des modèles dynamiques, à partir des fichiers DELMIA de Dassault Systèmes, par exemple. « Aujourd’hui, on se sent limité avec la CAO, assure Christophe Reig. Chez ArianeGroup, nous utilisons encore Réa [l’ancêtre de SkyReal, développer en interne chez Airbus, ndlr] à l’heure actuelle. Mais si cette option est possible, nous n’hésiterons pas à passer à SkyReal. » Pari relevé par la start-up : « Ce sont nos challengers, ils nous demandent toujours de nouvelles choses. Avec eux on ne s’ennuie pas, sourit Benjamin Ray, avant de glisser : SkyReal Cave devrait arriver dès décembre 2020 chez ArianeGroup. »

Un CAVE résolument tourné vers l’industrie

Trônant à l’étage du Technocampus Smart Factory de Saint-Nazaire, l’environnement virtuel automatique de grotte (CAVE) est unique en son genre : parmi les rares salles immersives de réalité virtuelle en France, c’est la plus adaptée aux applications industrielles. Malgré la zone marécageuse où elle se trouve, sa stabilité est assurée par des pylône enfoncés à 20 mètres dans le sol, qui soutiennent tout le bâtiment du Technocampus. Elle est constituée d’un cube ouvert de trois mètres sur trois mètres avec cinq écrans, alimentés par 13 ordinateurs équipés de cartes graphiques Quadra de Nvidia, et d’un powerwall, un écran dynamique prenant tout un pan du mur jouxtant le cube. Cogéré par Solutions & Co, l’agence économique de la région Pays-de-la-Loire et Clarté, un cabinet spécialisé dans la réalité virtuelle, basé à Laval, ce CAVE a accueilli « 950 visites et 300 visiteurs uniques en 2019 – qui se partagent entre grands groupes, PME et établissements d’enseignement supérieur », indique Jean-Guillaume Le Roux, responsable du Technocampus Smart Factory au sein de Solutions & Co. « Avant négociation, utiliser le CAVE coûte 1 700 euros pour 2 heures, 2 500 euros la demi-journée et 4 000 euros la journée entière », ajoute Grégory Duvalet, conseiller technologique chez Clarté. Des aides financières de la région Pays-de-la-Loire peuvent être accordées, notamment aux PME.

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