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SKF, des services qui roulent

Par Marion Garreau ,

Publié le

Transformation numérique Leader des roulements, le suédois SKF veut développer des services rémunérés au forfait et doter ses usines de technologies 4.0.

SKF, des services qui roulent
Robotisation de certaines tâches comme la mise en palette de boîtes de roulements, impression 3?D de pièces de rechange pour gagner en vitesse de production, le site SKF de Saint-Cyr-sur-Loire (Indre-et-Loire), le plus important du groupe en France avec 1?250?salariés, entame sa mue technologique. Premier site à ouvrir son fablab, il devrait accueillir en 2019 une ligne de fabrication 4.0 fonctionnant avec une machine de production et de supervision développée en interne.

Avec deux milliards de roulements produits chaque année, SKF inonde les usines du monde entier. Une activité historique que le groupe suédois entend doublement révolutionner grâce au numérique. La première mutation consiste à devenir fournisseur de services. « Notre ambition est de faire cohabiter notre modèle d’affaires transactionnel avec un modèle d’offres de services rémunérées au forfait et selon la performance du client », explique Victoria van Camp, la directrice de la technologie du groupe [lire l’entretien page 12]. Second axe de transformation : entrer dans l’industrie du futur pour gagner tant en efficacité qu’en agilité. « Nous pouvons utiliser les outils digitaux pour rendre ces deux modèles plus efficaces », assure sereinement Victoria Van Camp.

Comment la filiale française, à travers son plus grand site, établi à Saint-Cyr-sur-Loire (Indre-et-Loire), met-elle en musique cette partition commune ? Ce site qui compte 1 250 salariés devrait être le troisième de SKF, après celui historique de Göteborg, en Suède, et celui de Schweinfurt, en Allemagne, à accueillir une ligne de fabrication estampillée 4.0. Un projet commencé il y a un an et qui doit voir le jour en 2019 au sein de l’usine de fabrication de roulements rigides à billes, dits DGBB. Celle-ci va accueillir une neuvième ligne de fabrication, fonctionnant avec un nouvel outil de supervision développé en interne, capable de contrôler la qualité des pièces en temps réel et intégrant des robots polyarticulés pour réduire l’outillage.

La nouvelle organisation prévoit que les neuf lignes fabriqueront des roulements neutres. Les étapes de finition et d’emballage seront réalisées hors des lignes et mutualisées pour réduire le nombre de machines dédiées, facilitant la maintenance. Grâce à ce fonctionnement et à des stocks maîtrisés, les équipes espèrent ainsi réduire le temps de livraison garanti de 35 jours à 48 heures. « Nous voulons devenir l’Amazon du roulement », fait valoir Gwenaël Jacob, responsable de projet, alors que l’usine DGBB propose 200 000 variantes de roulements.

évolution des compétences

Pour alimenter ce projet, une délégation française est allée observer l’implantation 4.0 faite à Göteborg. « L’expérience suédoise nous a montré à quel point l’automatisation est un challenge humain et qu’avoir l’adhésion de tous est un facteur de réussite, souligne Frédéric Ponson, le directeur de l’ingénierie de SKF France. Comme eux, nous avons décidé de créer une équipe de ressources humaines pour accompagner le changement, qui permettra, avec l’accord de gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences (GPEC), d’éviter d’imposer les décisions par le haut. » Une négociation est en cours avec les partenaires sociaux pour préparer les évolutions en termes de compétences requises. Des compétences surtout liées à l’informatique et à la connectivité en réponse à l’automatisation progressive des usines, avec plusieurs initiatives en cours de déploiement : fin du papier, suivi en temps réel de la production sur un écran implanté en ligne, contrôle et réapprovisionnement automatique de graisse…

Cette évolution des compétences se retrouve au siège suédois de SKF, où une cinquantaine de développeurs ont été recrutés pour former une équipe dédiée à la maintenance prédictive. Une composante clé de la transformation en fournisseur de services. SKF propose depuis des années déjà des roulements équipés de capteurs (de vitesse, vibrations et température) et une surveillance des machines chez les utilisateurs finaux. Il vise aujourd’hui un véritable changement d’échelle, rendu possible grâce à une nouvelle génération de capteurs plus petits, portatifs, utilisables sans formation préalable, connectés au cloud, et plus accessibles en termes de coût.

« Aujourd’hui, nous pouvons proposer une surveillance en temps réel, en continu et entièrement à distance des machines », souligne Christophe Godel, le directeur des unités d’affaires pour SKF France. Avec un même nombre de diagnosticiens, le groupe peut traiter un volume de données deux fois plus important qu’il y a cinq ans. « Nous passons de l’artisanat à une industrialisation de notre offre de services », juge Christophe Godel.

Deux sites pilotes en France

En juin, le groupe a lancé ses deux premières offres de services au forfait : Rotation equipement performance (REP), dédiée à la maintenance prédictive, et Rotation for life (RFL), avec laquelle il se pose pour la première fois comme un acteur de la performance du client en proposant des services personnalisés en fonction d’objectifs de performance prédéfinis. Derrière ces prestations, la plate-forme Enlight, dont la première version a été lancée en 2015. Elle intégrera les logiciels de traitements des données et d’aide à la décision développés progressivement par SKF et doit bientôt comprendre une solution en réalité augmentée afin que les clients partagent leur vision avec les experts de SKF. Parce que les deux pans de la transformation numérique du groupe sont liés, les premiers à tester ces nouvelles solutions sont les propres usines de SKF. En 2018, l’usine DGBB de Saint-Cyr-sur-Loire sera l’un des deux sites français pilotes pour déployer Enlight.

Pour endosser ce nouveau rôle, le leader des roulements compte sur son expérience de mécanicien et sur le développement de nouvelles compétences en statistiques avec le recrutement de datascientists. Autre pilier : l’écosystème. Si la Suède s’est rapprochée de Honneywell, la filière tricolore a noué un partenariat avec l’expert en services numériques Atos, avec lequel elle organise le challenge Industrie du futur qui récompensera en novembre quatre start-up innovantes. « Cette ouverture est chez nous une véritable rupture culturelle », reconnaît Christophe Godel, qui travaille également sur le site de Montigny-le-Bretonneux (Yvelines), où sont concentrées les unités commerciales. Là aussi, l’impact de la nouvelle feuille de route du groupe est fort. « L’enjeu pour nos vendeurs n’est plus de vendre un produit, mais de comprendre les problèmes de l’industriel, de savoir établir un contrat de maintenance et de comprendre comment nous pouvons anticiper la panne, explique Christophe Godel. Leur travail relève désormais du management de risques. » Si SKF se donne des moyens pour réussir sa mue, il sait que cette réussite dépend aussi d’une évolution culturelle à stimuler chez ses clients. 

« Nous voulons vendre du temps d’usage et de la performance »

Victoria Van Camp, directrice de la technologie (CTO) chez SKF

  • Comment définiriez-vous la transformation digitale telle que SKF l’a engagée ?

Pour nous, la transformation digitale n’est pas une fin en soi, mais un outil pour dégager de la croissance. C’est une façon efficace de gagner plus de clients en leur proposant de meilleurs produits et solutions. La plupart des entreprises entrent dans la digitalisation par les technologies, les applications et les capteurs, sans s’interroger sur la manière dont ils vont en tirer des bénéfices. Chez SKF, nous avons commencé par-là, avant de nous demander à quoi pourrait bien ressembler notre modèle économique demain et de quelle aide digitale nous avions besoin pour l’atteindre.

  • Quel modèle cherchez-vous à atteindre ?

Nous avons deux propositions de valeur. La première est de continuer à vendre des produits selon un modèle transactionnel, car cela reste une attente de nos clients. La seconde est de leur vendre du temps d’usage et de la performance. Là, nous serons rémunérés de manière forfaitaire, selon la performance atteinte par le client dans le cadre d’objectifs définis en commun. Nous voulons faire cohabiter ces deux modèles économiques au sein du groupe. Et nous pouvons utiliser les outils digitaux pour les rendre tous deux plus efficaces.

  • Qu’est-ce qui vous pousse vers cette évolution : la concurrence, la demande, autre chose ?

Tout d’abord, il y a la concurrence. Pas dans le sens où elle offrirait les mêmes services, car nos concurrents historiques ne proposent pas encore de contrats de performance, mais dans le sens où dans un modèle transactionnel, les biens et services sont directement comparables. Nous ne voulons plus concourir dans cet espace-là, où la concurrence s’intensifie et où seul celui au coût le plus bas gagne. Nous sommes également poussés par les demandes de plus en plus nombreuses des clients pour des contrats basés sur la performance.

  • Comment cette évolution affecte-t-elle votre organisation interne ?

Nous avons choisi de ne pas avoir de chief digital officer, car nous pensons que ces sujets ne sont pas de la responsabilité d’une seule partie du groupe mais de tous. Nous avons bien une entité, Industrial digitalization & solution, en charge de la feuille de route de notre développement de solutions, mais elle porte aussi la responsabilité de faire adhérer et participer toutes les divisions du groupe. Notre organisation repose donc sur des coordinateurs, des conducteurs du changement qui travaillent sur nos nouvelles solutions, notre écosystème et notre production industrielle, que le digital doit nous permettre de rendre plus flexible. 

Un fablab pour partager les compétences.

C’est à Saint-Cyr-sur-Loire que SKF a ouvert, fin avril, son premier fablab. Impression 3 D, découpage laser, création d’un site web…, il offre aux collaborateurs un espace et des moyens pour prototyper et favoriser l’accès de chacun aux compétences des autres. « Ici, nous voulons démystifier l’univers de l’industrie 4.0 et montrer que les compétences qui y sont liées sont accessibles », explique Laure Le Calvé, la responsable du projet. Au programme : réunions sur le 4.0, développement de projets professionnels ou personnels, découverte des initiatives développées par d’autres unités du site, comme la machine conçue pour la future ligne de fabrication 4.0 de l’usine DGBB (roulements rigides à billes). 

 

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