L'Usine Auto

Six questions sur la conversion de véhicules thermiques en électriques, désormais autorisée en France

Hubert Mary , , , ,

Publié le

Bonne nouvelle Avec la parution au Journal officiel vendredi 3 avril du décret concernant les conditions de transformation des véhicules thermiques en électriques, le retrofit est désormais autorisé sur le territoire. Une première étape avant l'homologation des premiers véhicules d'ici quelques mois.    

Convertir son véhicule thermique en électrique, c'est désormais autorisé en France
L’Electro cox (Volkswagen Coccinelle électrique de 1971) en porte étendard, présente sur le stand de la FNA au salon Equip Auto 2017 a permis le début des négociations.
© FNA

Retrofit, prêt… partez ! Après plus de trois ans de négociations et plusieurs allers-retours entre les instances nationales et européennes, la FNA (Fédération Nationale de l'Artisanat Automobile) a obtenu par décret le 13 mars l'autorisation de convertir les véhicules thermiques en électriques. La mesure a été publiée au Journal officiel le 3 avril et concerne les véhicules de plus de 5 ans. Explications sur ce nouveau dispositif qui regroupe une dizaine d'entreprises en France en six questions. 

1 - Qu'est-ce que le retrofit ?

Le retrofit consiste à convertir les véhicules thermiques en électriques, via le remplacement du moteur et l'installation d'une batterie ou une pile à hydrogène. "Le principe est de modifier le véhicule en effectuant le moins de remplacement de pièces d'origines", explique Jérémy Cantin, président de la branche maintenance-vente, chargé de l’électromobilité à la FNA et directeur de e-Neo, une start-up vendéenne spécialisée dans le retrofit. "Le retrofit doit offrir des solutions aux particuliers et surtout aux professionnels souhaitant passer à l'électrique, à un prix abordable, poursuit-il. L'objectif étant que la transformation soit 50% moins coûteuse qu'un véhicule neuf équivalent."

"Les premiers modèles recevant le feu vert pour une conversion devraient voir le jour d'ici quelques mois", précise Jérémy Cantin. L'agrément pour la conversion sera délivré par l'UTAC (Organisme Technique Central du contrôle technique des véhicules) à certaines entreprises spécialisées du secteur. Chaque nouveau modèle présenté par les entreprises devra recevoir l'accord de l'UTAC avant d'être produit en série.

2 - Comment fonctionnera le retrofit ?                          

Les modèles éligibles au retrofit devront respecter un certain nombre de critères. Les véhicules comme les voitures, véhicules utilitaires, camions, bus et cars devront être âgés d'au moins 5 ans et de 3 ans pour les deux et trois roues motorisés. D'autre part, la puissance de la nouvelle motorisation ne doit pas excéder celle de l'ancienne. Le poids et les éléments de sécurité du véhicule doivent également être similaires. Par ailleurs, avant de recevoir l'agrément de l'UTAC, le véhicule doit passer un contrôle technique approfondi et être examiné par un professionnel "pour s'assurer que la conversion n'engendrera pas de surcoûts techniques dans les années qui suivent le remplacement du moteur", explique Jérémy Cantin.  

3 - Que change concrètement cet arrêté ministériel ?  

Avant cet arrêté, il était nécessaire de disposer de l’autorisation de modification du constructeur d’origine pour modifier un véhicule. "Cet arrêté offre le double avantage de simplifier l’autorisation de ce type de modification, tout en établissant un cadre assurant aux professionnels du secteur ainsi qu’aux consommateurs une filière sécurisée", indique sur son site l'UTAC.

Concrètement, les règles concernant le retrofit sont simplifiées. Une fois la validation délivrée par l'UTAC pour un type de véhicule, "nous pourrons commencer la conversion en série du modèle concerné, indique Jérémy Cantin, sans avoir à repasser l'homologation pour chaque nouveau véhicule converti."

4 - Qui s'occupera de convertir les véhicules ?

"Dans un premier temps, ce seront nos équipes qui se chargeront de la transformation du bloc moteur, après qu'un contrôle technique approfondi ait été effectué par un garagiste, déclare Jérémy Cantin, qui feront la liaison entre les particulier et notre entreprise." Sa start-up est l'un des onze acteurs réunis au sein de l'association AIRe (Association française de l'industrie du retrofit électrique) ayant reçu l'autorisation de pratiquer le retrofit pour l'instant. "En ce moment, nous négocions auprès des assureurs pour proposer des contrats couvrant le nouveau pack moteurs".

Dans un second temps, Jérémy Cantin souhaiterait proposer aux garagistes inscrits à la FNA de réaliser les opérations de conversion directement dans leur garage. "Nous avons réalisé un important travail de communication auprès des 4 000 professionnels de l'automobile inscrits à la FNA, précise le PDG de e-Néo, nous aimerions, dans un avenir proche, former des installateurs nommés dans les garages de proximité, afin qu'ils puissent effectuer les modifications sous notre responsabilité".

5. Pourquoi concernent-ils seulement les véhicules de plus de 5 ans ?

"Les véhicules de plus de 5 ans ne sont plus garantis par le constructeur d'origine", explique Jérémy Cantin, cela évite donc les conflits entre les assureurs et les constructeurs." "Par ailleurs, si on veut acheter un véhicule neuf, autant acheter directement une voiture électrique".  

6 -  Quels avantages offrent le retrofit ?

Le retrofit s'adresse en premier lieu aux professionnels. "Ce sont eux qui produisent le plus d'émissions polluantes car ils roulent tous les jours, explique Jérémy Cantin. Il est aussi plus simple de transformer des véhicules utilitaires en série car les différents modèles se ressemblent plus. Avec les particuliers, la configuration peut changer en fonction des options du véhicule."

Pour les entreprises comme pour les garages, les avantages seraient importants selon l'entrepreneur. Pour les artisans qui possèdent une PME, "le passage à l'électrique de leur flotte leur permettraient de répondre aux appels d'offres qui exigent une empreinte carbone minimale", assure-t-il. Pour les garagistes, l'adoption du retrofit pourrait sauvegarder des emplois en diversifiant l'activité. "Le retrofit pourrait leur assurer du travail sur plusieurs années, en maintenant des emplois dans les zones rurales, nous avons d'ailleurs un retour positif important de la part des artisans garagistes."

Chaque entreprise spécialisée dans le retrofit possède son modèle économique. Transition-One, une start-up orléanaise, convertira les citadines légères quand Retrofuture s'occupera des voitures anciennes tandis que Faraday Aerospace s'attaquera aux avions. Avec e-Neo, Jérémy Cantin souhaite se spécialiser dans la conversion des moteurs thermiques de poids-lourds en pile à combustible fonctionnant à l'hydrogène.  

Pour rappel, le retrofit est déjà autorisé en Italie et en Allemagne sur le continent européen. "Le marché concernera des millions de véhicules", conclut Jérémy Canfin.  

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