Six erreurs 4.0 à éviter

Vos opérateurs ne perçoivent pas bien l’utilité de votre progiciel de gestion intégré (ERP) ? L’intelligence informatique a pris le pas sur l’intelligence terrain ? Attention à ne pas tomber dans les pièges de l’industrie du futur. Lors du salon Progiciels qui s’est tenu à Annecy-le-Vieux mercredi 5 octobre, le cabinet de conseil Chorège a présenté un atelier autour du thème "autopsie d’une entreprise 4.0 fictive Fépacom S.A" (inspirée de faits réels). L’occasion de revenir sur les écueils que rencontrent les industriels tentés par les progiciels et l’usine 4.0.

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 Six erreurs 4.0 à éviter

1. Oublier l’utilisateur final du progiciel

Gestion de la production assistée par ordinateur (GPAO), ERP, gestion des processus industriels (MES)… Les progiciels sont multiples et leurs fonctionnalités toujours plus nombreuses. Le problème c’est que les dirigeants et managers d’une entreprise ont des besoins et des envies différents. "Le responsable RH voudra plus de badgeuses, le responsable supply chain des tags RFID, le PDG plus d’indicateurs de performance…", détaille Martin Jégou, consultant chez Chorège, un cabinet de conseil spécialisé en performance industrielle. Ils ne parlent pas le même langage et surtout ils oublient l’utilisateur final de ces solutions informatiques, qui lui cherche surtout à faciliter son travail.

2. Adapter son entreprise à son ERP (alors que ça devrait être l’inverse)

Installer un progiciel de gestion intégré (ERP) est devenu quasi-systématique pour un industriel. Mais il est parfois mal adapté aux usages des salariés. Martin Jegou se souvient de quelques commentaires entendus chez des clients qui parlent d’eux-mêmes : "Je fais ça, ça ne sert à rien mais c’est le logiciel qui veut", "je ne regarde plus les messages d’erreur parce qu’ils sont trop nombreux et à 90% inutiles" ou encore "Je mets certaines données dans SAP pour qu’il soit content et je mets les vraies données dans Excel pour pouvoir travailler". Il ne s’agit pas de pointer du doigt les logiciels, mais de montrer que leur utilisation, lorsqu'elle est mal adaptée aux habitudes des salariés, peut donner lieu à des situations absurdes et surtout à des pertes de temps.

3. Utiliser les technologies à outrance pour communiquer

Envoyer des mails à son voisin de bureau est une pratique courante dans beaucoup d’entreprises. Pour Chorège les technologies de communication peuvent être synonymes de perte de valeur ajoutée. "Lors d’une dernière réunion Skype avec mes collègues, 90% de la conversation était consacrée à régler la mauvaise qualité de la communication, et 10% était vraiment utile", raconte Martin Jégou. Le consultant cite l’exemple d’un de ses clients qui a fini par donner un nom aux vraies réunions "les face-to-face" prouvant à quel point elles étaient devenues rares.

4. gérer tous les produits de la même manière

Les industriels peuvent gérer la production de leurs produits de trois manières : à la commande, sur prévision ou par recomplétement. Les ERP ont tendance à orienter les entreprises vers un seul mode de gestion. Or, le cycle d'approvisionnement peut varier selon le produit. Martin Jégou prend pour exemple une boîte de sucre que l’on rachète un peu avant que la précédente soit vide, comparable aux boulons et aux vis dans une usine, et la viande, un produit cher et périssable, dont l’achat est au contraire calculé et prévu à l’avance. "Plutôt que de faire confiance à ses fournisseurs et à ses opérateurs pour gérer les stocks, on a tendance à se reposer sur le système informatique", explique Martin Jégou.

5. Voir l’outil informatique comme un objectif

Certains industriels se persuadent qu’il faut absolument utiliser les nouveaux systèmes d’information. "Par exemple, beaucoup de nos clients intéressés par le Big data se disent qu’ils vont collecter et regarder des données pour voir ensuite ce qu’ils vont faire avec", remarque le consultant de Chorège. "L’outil devient leur sujet principal, leur objectif." Et parfois l’industriel en oublie le retour sur investissement. Or, installer un ERP peut coûter 1 million d’euros et prendre plus d’un an, un robot coûte entre 50 000 et 150 000 euros.

6. Vouloir absolument maîtriser le futur

La maintenance prédictive est l’un des grands thèmes de l’industrie du futur. Mais pour Martin Jégou, essayer en vain d’absorber d’inévitables aléas futurs peut nous éloigner des problèmes présents que l’on peut résoudre simplement.

Et quelques solutions pour éviter ces écueils…

Simplifier la logistique : Chorège suggère de simplifier son organisation avant d’intégrer un ERP. "Si l’entreprise a plus de 1 500 références, le bureau d’étude peut identifier les produits similaires et éventuellement en supprimer certains." Autre proposition : "regrouper les produits en flux de production".

Différencier les outils : L’ERP est un outil solide et fiable idéal pour les données de base. Excel peut être utilisé par chaque salarié à sa manière selon le travail qu’il a à faire. Et pour trouver des astuces au quotidien, préférer l’intelligence terrain à l’intelligence informatique.

Responsabiliser les salariés : Pour Chorège, il est essentiel de faire en sorte que les salariés soient reconnus par leurs collègues en mettant en avant une compétence particulière.

Toujours se poser ces questions : Quelle valeur ajoutée pour mon client ? Quel bénéfice pour mon entreprise ?

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