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Simon Azoulay (Alten), un si discret premier de cordée

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Publié le , mis à jour le 05/10/2018 À 11H36

Simon Azoulay a créé Alten avec deux copains en 1988. Son aventure, partagée par 30 000 salariés dont 80 % d’ingénieurs, a atteint, l’air de rien, un pic de 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Portrait.

Simon Azoulay (Alten), un si discret premier de cordée
Simon Azoulay, PDG d'Alten
© Guittet Pascal

Derrière les succès technologiques des géants industriels comme Airbus, PSA ou Ariane se cache une spécialité tricolore ignorée : l’ingénierie. Parmi les acteurs de ce back-office, juste derrière le leader mondial Altran, s’est imposée une société méconnue malgré ses 30 000 collaborateurs et les vingt pays où elle opère : Alten.

Son fondateur, Simon Azoulay, 62 ans, n’est pas l’homme des coups flamboyants, c’est l’artisan ingénieux d’une réussite méthodique et habile. Avenant et simple, le costume un peu froissé, il reçoit dans son siège social tristounet de Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine. Rien ne laisse deviner que l’homme pointe désormais, avec 16 % des parts de l’entreprise, au 198e rang des 500 fortunes professionnelles de "Challenges", que le cours de sa société a grimpé de 300 % en dix ans et qu’il passera cette année le cap des 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Mathématicien…

"L’argent, il s’en fout, témoigne son ancien associé Laurent Schwartz. Mais dire qu’il a le meilleur résultat, ça, il ne s’en fout pas. Il est programmé pour être le premier de la classe. S’il ne l’est pas, il est malheureux." Depuis le début des années 2000, le secteur s’est consolidé. Mais alors que ses principaux concurrents misaient sur la croissance externe, lui a fait le choix d’un développement principalement organique, complété par des achats ciblés de petites sociétés. Il en a encore acheté cinq cette année à l’international. "Nous faisons toujours entre 8 et 10 % de croissance organique par an. Cela nous garantit de pouvoir implanter nos méthodes de gestion de projets." Trop prudent Simon Azoulay ? "Non, Je suis carré sur le modèle", explique-t-il.

Il a mis en œuvre une organisation au cordeau pour se développer en tenant ses 10 % de marge. Selon l’un de ses proches, "il a un computer dans la tête mais aussi de l’instinct". Marc Eisenberg, le fondateur d’Alma Consulting, désormais membre de son conseil d’administration, témoigne d’"un garçon, humain mais très logique, un mathématicien qui sait monter des systèmes avec quatorze paramètres pour intéresser ses managers ou gérer les carrières de ses talents." Si la matière première de son métier est la ressource humaine, il a des algorithmes pour tout. Et si ses salariés sont les spécialistes des nouvelles technologies, lui l’est d’une informatique décisionnelle qui récupère des "metrics" à tous les étages.

Sa passion des chiffres ne l’écarte pas du goût des autres. Il a fondé son entreprise en 1988 avec deux copains : Laurent Schwartz, camarade de promo à Supélec, et Thierry Woog, un centralien rencontré au conservatoire de musique. Après avoir quitté une petite société d’ingénierie où il les avait fait venir, Simon Azoulay leur propose de se lancer sur ce qu’ils savent faire : des projets technologiques. "Je suis devenu entrepreneur par un concours de circonstance, l’électronique et les hyperfréquences, cela me plaisait, j’aurais pu faire cela toute ma vie", s’amuse-t-il. Sauf qu’entre-temps, il a pris goût au commercial. Les premières années d’Alten sont les plus palpitantes pour ce garçon arrivé de Rabat à Paris à l’âge de trois ans. En 1999, les trois associés introduisent Alten en Bourse, pour rendre leur capital plus liquide et renforcer leur crédibilité. Deux d’entre eux veulent passer à autre chose, Simon Azoulay reste seul à la barre.

… et philanthrope

Veillant à garder un équilibre sur cinq grands secteurs d’activité, exigeant avec lui-même comme avec ses collaborateurs et avec une structure de coûts tenue, il passe toutes les crises. De l’explosion de la bulle internet à la récession de 2008. S’il a perdu ses associés, il continue de diriger avec une bande de fidèles, pour la plupart depuis plus de vingt ans dans la société. Son conseil d’administration est longtemps resté familial. On y compte encore sa sœur, sa femme – la créatrice des bijoux Cécile et Jeanne –, et jusqu’à peu y siégeait l’une de ses trois filles, Anaëlle.

Issu d’une famille modeste de sept enfants avec un père poinçonneur à la RATP, rien ne prédestinait Simon Azoulay à un tel succès. Parmi ses frères et sœurs, on compte un rabbin, une comptable, une mère au foyer, un cadre dans l’immobilier. Lui a croisé, enfant, une institutrice qui l’a inscrit dans un collège dont sa famille n’avait jamais entendu parler : Henri IV. Il trouve qu’il lui faut rendre ce que la France lui a donné. Mais il faut se plonger dans les petites lignes du rapport annuel d’Alten pour découvrir les fondations qu’il a créées et le travailler au corps pour comprendre que tous ses dividendes sont versés à des projets philanthropiques comme une école pour décrocheurs, un institut pour les autistes… "Cela donne du sens à ce que je fais", confie-t-il. L’avenir d’Alten est ouvert. Une grosse acquisition est désormais envisageable… ou pourquoi pas une cession ? Il a déjà reçu une offre. Il aurait trouvé qu’elle ne garantissait pas la pérennité de sa cordée.

EN QUELQUES MOTS

Hors du sérail
Entrepreneur à 32 ans, il n’a jamais eu de mentor. Il échange avec son équipe et les investisseurs, "ses vrais patrons", mais ne les écoute pas toujours.
Ingénieur jusqu’au bout des ongles
"C’est l’un des plus beaux métiers. Et c’est utile dans un monde de plus en plus complexe ."
Musique éclectique
Il aime traîner dans les clubs de Jazz, à l’Opéra et dans les concerts. Le dernier ? Celui de U2 à Paris.

 

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