Sika fait encore monter d'un cran la pression contre Saint-Gobain

, , , ,

Publié le , mis à jour le 03/03/2015 À 16H47

Analyse Le fonds britannique Threadneedle est monté le 2 mars au créneau pour dénoncer la "catastrophe" que représenterait la prise de contrôle de Sika par Saint-Gobain. Le même jour, Sika annonçait une acquisition dans les mortiers, activité clé dans le conflit entre le suisse et le français.

Sika fait encore monter d'un cran la pression contre Saint-Gobain © Saint Gobain

Pas d'accalmie sur le front anti-Saint-Gobain en Suisse. Vendredi 27 février, le président du conseil d'administration de Sika, Paul J. Hälg, s'était félicité du soutien d'actionnaires représentant plus de la moitié du capital de Sika dans la lutte contre la prise de contrôle par le groupe français. C'est l'un d'entre eux, le fonds d'investissement britannique Threadneedle, gestionnaire de 122 milliards d'euros d'actifs et détenteur de 1,7% du chimiste suisse, qui a enfoncé le clou le 2 mars. "La raison pour laquelle nous soutenons Sika - et nous voulons maintenir une activité indépendante - est la très grande qualité" des activités de Sika, a déclaré Iain Richards, responsable de la gouvernance et des investissements responsables chez Threadneedle, lors d'une conférence de presse à Zürich. Alors que Sika a encore présenté le 27 février dernier de très bons résultats pour 2014 avec des ventes en hausse de 8,3% à 5,57 milliards de francs suisses, le responsable a souligné l'écart de performance boursière entre les deux groupes sur dix ans : +380% pour Sika, contre +24,4% pour Saint-Gobain.

"Sika n'a pas besoin de Saint-Gobain"

"Saint-Gobain a besoin de Sika, mais Sika n'a pas besoin de Saint-Gobain […] Nous voulons que Saint-Gobain abandonne", a ajouté Iain Richards, qui a qualifié la prise de contrôle par l’industriel français de "catastrophe". Plus pointu, le responsable de Threadneedle a aussi contesté les projections de synergies réalisées par Saint-Gobain dans le cadre de sa prise de contrôle de Sika. Il a jugé leur répartition "déséquilibrée" avec un montant d'économies "trop élevé" pour Sika (70 millions d'euros, contre 110 millions pour Saint-Gobain).

Threadneedle s'aligne ainsi avec la réthorique de la direction de Sika, qui proclame depuis le début du conflit que ces synergies se feraient en sa défaveur. Et ce à cause, selon le suisse, du conflit d'intérêts que créérait l'opération avec un Saint-Gobain présenté à la fois en contrôle et en concurrence de Sika, mais avec des intérêts économiques disproportionnés (16% côté Sika, 100% côté Saint-Gobain). Saint-Gobain et Sika sont effectivement concurrents sur les mortiers. Mais il y a mortiers et mortiers, avance Saint-Gobain, qui dénonce un faux procès et évalue le périmètre de concurrence à quelques pourcents du portefeuille de Sika. "Regardez la stratégie de Sika ces trois dernières années, les mortiers n'y figurent même pas !", lançait récemment à L'Usine Nouvelle un porte-parole du groupe français.

Les mortiers, "élément clé de la stratégie 2018" de Sika

Comme en réponse, Sika a annoncé le 2 mars l'acquisition du producteur américain de mortiers BMI Products of Northern California. "Cette acquisition représente une étape supplémentaire dans l'expansion de l'activité mortiers de Sika. Avec 31% de croissance en 2014, les mortiers sont le domaine en plus forte croissance de Sika et l'un des éléments-clés de la stratégie 2018", a déclaré le suisse dans un communiqué. Le 27 février, le patron, Jan Jenisch, avait précisé que les mortiers avaient généré 20% des bénéfices du groupe et déclaré viser un milliard de francs suisses de ventes dans ce domaine. Dix nouvelles usines de mortier ont été mises en exploitation ces deux dernières années et six ont été reprises, avait-il rappelé.

Les communications de Threadneedle et de Sika sont parfaitement synchronisées. "Il y a une alliance objective entre le conseil d'administration de Sika et les actionnaires minoritaires, relève un observateur de l'affaire. Nombre de minoritaires ne voudront pas rester collés dans un Sika contrôlé par Saint-Gobain. Tout l'enjeu, pour eux, est de pousser Sika et/ou Saint-Gobain à leur offrir une porte de sortie au meilleur prix." Reste que Saint-Gobain ayant exclu la solution d'une OPA, cette éventuelle porte de sortie reste à imaginer. De quoi laisser la place à de nouvelles pressions.

Manuel Moragues

Réagir à cet article

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte