Sika et Saint-Gobain passent à la guerre de tranchées

Manuel Moragues , , ,

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Le conseil d’administration du suisse Sika est passé à l’acte. Son actionnaire SWH, que Saint-Gobain doit racheter, s’est fait restreindre ses droits de vote. Les positions sont figées. Le conflit va se prolonger devant les tribunaux.

Sika et Saint-Gobain passent à la guerre de tranchées © Manuel Moragues

L’assemblée générale n’était ordinaire que sur le papier. Et pas seulement parce qu’elle s’est tenue dans la salle des fêtes de Baar, dans le canton de Zoug, louée spécialement pour accueillir la foule d’actionnaires de Sika. La pépite suisse a joué son va-tout le 14 avril face à son actionnaire historique, la holding familiale SWH, qui veut vendre ses parts et le contrôle de Sika à Saint-Gobain. "A cette réunion, ce n'est pas moins que l'avenir de l'entreprise et de ses 17000 employés qui est en jeu", a déclaré le président du conseil d’administration de Sika, Paul Hälg.

Malgré un "dernier appel à la raison" d’Urs Burkard, représentant de SWH au conseil, Paul Hälg l’homme qui mène la fronde contre Saint-Gobain depuis début décembre a utilisé une arme lourde : le conseil de Sika a restreint les droits de vote de SWH de 52,4% (pour 16,1% du capital) au plafond de 5% pour l'élection du président du conseil d'administration et la reconduction des administrateurs. De quoi maintenir Paul Hälg et les administrateurs rebelles en fonction - contre la volonté de la famille - et poursuivre la lutte contre la prise de contrôle par Saint-Gobain.

Administrateurs privés de décharge

C’est devant les tribunaux que se jouera désormais l’avenir de l’opération voulue par Pierre-André de Chalendar, PDG de Saint-Gobain. A la manœuvre, la famille Burkard devrait, comme l’a annoncé Urs Burkard, contester devant la justice la restriction de ses droits de vote. Ayant pu exercer l’intégralité de ses droits pour les autres votes, SWH a empêché les cinq administrateurs indépendants de Sika d’obtenir la décharge pour leur gestion. De quoi pouvoir les poursuivre devant la justice civile. De même, SWH a pu faire échouer la proposition de la fondation Ethos de supprimer la clause d’opting-out qui doit permettre à Saint-Gobain d’être exempté d’OPA. En revanche, SWH n’a pu éviter le vote, à la majorité du capital, de la résolution prévoyant la nomination d’un comité d’audit et d’un comité d’experts spécial qui surveillerait la gestion de Sika si SWH parvenait à ses fins.

Sika et SWH ont figé les positions acquises à travers les décisions et avis publiés ces dernières semaines par le tribunal cantonal de Zoug et la commission suisse des OPA. Sika d’un côté et Saint-Gobain-SWH de l’autre sont prêts à endurer un long conflit. Saint-Gobain l’a rappelé dans un communiqué le 14 au soir : "Le groupe avait anticipé ces décisions en prolongeant jusqu’en juin 2016 la durée du contrat signé avec la famille Burkard." Le français s’est même donné la possibilité de prolonger ce contrat au-delà de cette échéance. L’armistice paraît bien lointain. 

Manuel Moragues

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