Signes de dégel dans les relations banques-entreprisesLes banques, prudentes, mais moins frileuses, recherchent des projets crédibles. Et font quelques efforts pour jeter les bases d'un partenariat.

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Signes de dégel dans les relations banques-entreprises

Les banques, prudentes, mais moins frileuses, recherchent des projets crédibles. Et font quelques efforts pour jeter les bases d'un partenariat.



Le robinet du crédit aux entreprises a un débit on ne peut plus mesuré. Janvier confirme la baisse des mois précédents et l'amplifie: - 8,6 %, selon les derniers chiffres de l'Association française des banques. Seulement voilà, il faut manier cette donnée - toute fraîche - avec des pincettes. D'une part, les grandes entreprises sont, selon l'expression d'un banquier, " surcashées "; leur recours aux crédits de trésorerie reste donc limité. D'autre part, elles ont tendance à restructurer leur dette à long et moyen termes en faisant appel au marché financier: les émissions d'actions et d'obligations convertibles se succèdent à la Bourse de Paris à un rythme d'enfer (6,4milliards de francs pour la seule journée du lOmars). Un phénomène qui brouille les statistiques.

Des indications encore fragiles

En outre, on manque singulièrement de recul pour apprécier le comportement des entreprises petites ou moyennes. L'instrument d'observation - partiel et tout neufmis en place par l'AFB à la demande du gouvernement indiquait en décembre une augmentation des crédits à court terme et des crédits à long et moyen termes aux PME (respectivement + 4,5 % et + 3 %, après une chute en novembre de - 6 % et de - 3 %). Indication fragile, mais qui pourrait marquer le début d'un retournement, du côté des PME comme du côté de leurs bailleurs de fonds. "Les banques recherchent à nouveau des clients ayant des structures financières saines et des projets crédibles", affirme André Zagouri, le président du réseau d'expertise comptable Exco Grant Thornton. Des banques moins frileuses, sans doute. Mais pas disposées à accompagner sans filet la reprise. Car le poids des risques ne s'est pas amenuisé l'an dernier dans leurs comptes. Les dotations aux provisions restent supérieures aux résultats bruts d'exploitation. Et, contrairement à l'exercice précédent, les risques liés aux entreprises en constituent une part plus importante que les risques liés à l'immobilier. C'est la conséquence directe des défaillances en chaîne intervenues l'an dernier. Et sans doute l'explication des brusques revirements de directeurs d'agence que les PME ont subis ces derniers mois. Le patron d'une entreprise très high tech de Seine-et-Marne, dotée de 15 millions de fonds propres et campée sur un marché à développement rapide, s'est ainsi vu sommé de rembourser 3 millions de francs de préfinancement sur un gros contrat à l'étranger. N'auraiton pu faire l'économie du dépôt de bilan, alors qu'une solution - le dénouement ne tardera pas à le prouver - a été trouvée très rapidement, avec l'appui... des autres banquiers ? Histoire tristement banale d'un patron " trahi ", qui préfère garder l'anonymat, et d'une banque qui avait de toute évidence déjà pris sa part de risques dans un département chahuté. Mais le climat d'incertitude et de prudence, lié à une conjoncture dégradée, ne constitue pas le seul frein au crédit. Les banquiers sont d'autant plus méfiants que la loi de 1985 sur les défaillances d'entreprise n'en fait pas les mieux traités des créanciers. Et que sa révision, après passage à l'Assemblée nationale, ne leur donne pas satisfaction, notamment en ce qui concerne la possibilité de faire appel des décisions du tribunal de commerce. "Nous espérons beaucoup de la sagesse du Sénat ", diton à l'AFB. Réponse début avril. En attendant, dans les agences, le climat reste à la frilosité.

Un accord de formation

Et pourtant, les inévitables tensions des derniers mois entre les PME et leurs banquiers ont incité ces derniers à se montrer plus coopératifs. Fait sans précédent l'AFB, à l'occasion du quarantième anniversaire de la CGPME, a repris à son compte les recommandations du Conseil national du crédit pour améliorer les relations entre les banques et les entreprises. Dans un même mouvement de partenariat, le Centre des jeunes dirigeants et la Banque ScalbertDupont ont jeté les bases d'un accord de formation qui permet aux responsables d'agence et aux chefs d'entreprise de mieux appréhender leurs contraintes... et de dédramatiser l'éternel problème du refus de crédit ! Signes de dégel.--



USINE NOUVELLE - N°2448 -

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