"Siemens Transport n’est plus l’exemple de la coopération franco-allemande"

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Tribune Délégué syndical CFDT à Siemens Mobility, André Feigeles répond à la tribune d’Antoine Veil parue dans Les Experts de l’Usine le 18 juin. Après un an de dures négociations pour la réorganisation de l’activité transport urbain du conglomérat allemand, André Feigeles nuance le portrait dressé par Antoine Veil de son établissement comme modèle de partenariat franco-allemand.

Monsieur Antoine Veil, dans une tribune publiée le 18 juin sur le site web de L’Usine Nouvelle, vous soutenez que l’Europe n’a de crédibilité qu’adossée à un solide socle franco-allemand. Vous citez en exemple d’une réussite industrielle franco-allemande la société Matra Transport, dont vous avez été le président.

Matra Transport est effectivement une réussite, initialement à 100% française. Son acquisition par Siemens, finalisée en 1998, n’a d’abord rien changé à son mode de gouvernance. Siemens Transportation Systems (STS) est resté pendant plus de dix ans autonome dans ses activités commerciales, projets, Recherche & Développement, tant dans les automatismes de métro avec ou sans conducteur que les systèmes de métro automatique clé-en-main (type VAL). Au cours de cette période, STS versa à son actionnaire unique plus de 200 millions d’euros de dividendes.

En avril 2010, STS perd son autonomie juridique en devenant établissement de Siemens SAS.
Aujourd’hui, notre établissement n’est plus l’exemple de la coopération franco-allemande que vous souhaitez, que nous souhaitons tous. Nous sommes segmentés en deux divisions distinctes avec deux modes de responsabilité différents concernant nos activités principales.

Du côté des systèmes de métro clé-en-main, la maison-mère autrichienne décide en mars 2012 de confier à Siemens France la responsabilité du développement mondial, fabrication et marketing du matériel roulant VAL et des systèmes (VAL 208 et NeoVal). Cette décision conforte cette activité en France ainsi que son développement dans le monde à partir de la France.

Monsieur Antoine Veil, vous déplorez les raisons du refus par la Communauté urbaine de Lille d’attribuer à Siemens le contrat de rénovation du métro. Beaucoup croient comprendre qu’un choix en faveur de Siemens aurait été politiquement risqué en période électorale alors que la crise de l’emploi s’aggrave. La CFDT regrette que Siemens AG, qui dispose de plus de 12 milliards d’euros de liquidités, n’ait pas accepté d’en investir 35 millions en France pour acheter la partie ferroviaire de Lohr, ce qui aurait permis de renforcer la coopération franco-allemande.

Inutile de dire que les salariés de Siemens France sont extrêmement déçus par la décision de la commission des marchés lilloise, qui rompt une coopération de près de 40 ans et met en grande difficulté les emplois d’une cinquantaine de salariés chez Siemens. Heureusement le marché des métros automatiques sur pneu existe, la direction Siemens ne remet pas en cause à ce jour la pérennité de notre activité en France.

Du côté des automatismes de métro, c’est un visage totalement différent que Siemens montre.  Jusqu’à présent, au sein du groupe Siemens, c’est uniquement de France que viennent les automatismes de métro sans conducteur. Cette compétence unique a été reconnue dans un premier temps par la maison mère qui accepta fin 2010 que soit développé en France, sous responsabilité française, un nouvel automatisme de métro de type CBTC.

Trop difficile à accepter sans doute pour certains directeurs allemands de Brunswick qui n’attendirent qu’une occasion pour remettre cette décision en cause. Revirement complet au cours de l’été 2011 : c’est à partir d’une plateforme allemande que sera dirigé, sous responsabilité allemande, le développement du nouvel automatisme de métro sans conducteur ! Sans concertation ni étude préalable sérieuse. Ce n’est pas en imposant ce projet au management français, dont une partie doit quitter ses fonctions pour ne pas y avoir répondu par un "JA" franc et massif, que se construira un socle franco-allemand solide.

Avec Siemens France la maison-mère signe un accord dit "Centre de compétence" de trois ans qui masque mal la notion de sous-traitance et qui ne concerne, pour l’essentiel, que le développement des logiciels du futur produit et une participation aux projets exports. L’avenir de notre activité en France est menacé : une fois développé et maitrisé le nouveau produit, le transfert de technologie sera de fait effectif dans deux ou trois ans, voire moins. Avec à la clé des pertes probables et importantes de postes d’ingénieurs en France.

Comment ne pas faire le lien avec l’accord de plein emploi signé par la direction et les syndicats allemands en septembre 2010 ? Un accord fondamentalement anti-européen puisqu’il fait de facto des établissements du groupe hors d’Allemagne la variable d’ajustement de difficultés d’emploi en Allemagne.

Ailleurs également en France, Siemens montre ses deux visages : celui qui désindustrialise comme chez Siemens VAI dans la Loire (270 emplois perdus) ou comme chez Siemens T&D à Grenoble (130 emplois perdus) et celui qui industrialise comme à Haguenau (200 emplois créés).

La CFDT, qui affirme à cette occasion ses convictions européennes, demande que Siemens développe pleinement le visage d’une franche coopération franco-allemande. Sur ce terrain nous espérons pouvoir nous retrouver, Monsieur Antoine Veil.

André Feigeles, délégué syndical CFDT Siemens Mobility, représentant syndical au CCE Siemens Sas

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