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L'Usine de l'Energie

Siemens s'invite dans l'éolien offshore français avec la vente d'Adwen à Gamesa par Areva

Manuel Moragues , , , ,

Publié le

Areva a annoncé jeudi 15 septembre sa décision de vendre à Gamesa ses parts dans leur coentreprise dédiée à l’éolien offshore, qui doit équiper trois champs français. De quoi permettre à Siemens, qui est en train de prendre le contrôle de Gamesa, d’entrer en force sur le marché français de l'offshore. A la veille d’un troisième appel d’offres.

Siemens s'invite dans l'éolien offshore français avec la vente d'Adwen à Gamesa par Areva © D.R.

Le vent tourne, de la France à l’Allemagne en passant par l’Espagne. Areva a annoncé le 15 septembre sa décision de céder ses activités dans l’éolien offshore à Gamesa, dont Siemens est en train de prendre le contrôle. C’est la fin d’un feuilleton démarré en janvier dernier avec les négociations entre Gamesa et Siemens.

Areva, qui avait logé en 2015 son éolien offshore dans Adwen, co-entreprise 50/50 avec Gamesa, a saisi l’occasion de se débarrasser de cette activité qui ne lui a apporté que des pertes. Le turbinier espagnol lui paiera 60 millions d’euros et conservera pendant cinq ans le reliquat d’un prêt d’Areva à Adwen qui s’élève à 236 millions pour couvrir d’éventuelles indemnisations liées aux turbines installées ou en cours d’installation.

Areva ne peut guère prétendre à une valorisation plus avantageuse. Adwen, ce sont deux usines en Allemagne, à Bremerhaven (nacelles) et à Stade (pales) qui employaient environ 700 personnes en 2015. C’est aussi une turbine de 5 mégawatts (MW) aujourd’hui dépassée dont 70 unités sont en cours d’installation  - non sans difficultés, d’où la provision de 236 millions – sur le champ allemand de Wikinger. L’entreprise développe une turbine de 8 MW, mais c’est à peine un prototype.

La vraie valeur d'Adwen : ses trois champs français

La vraie valeur d’Adwen est encore à réaliser : ce sont les trois champs français que le turbinier, alors Areva, avait remporté en 2012 et 2014. Parc de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor, avec Iberdrola), de Dieppe-Le Treport (Seine-Maritime, avec Engie) et des  Iles d'Yeu et de Noirmoutier (Vendée, avec Engie) : ce sont 186 turbines de 8 MW que doit fournir Adwen pour un montant de l’ordre de 1,5 à 2 milliards d’euros.

De quoi permettre à Siemens d’entrer en force dans l’éolien offshore français. Si les autorités de la concurrence européenne et allemande ne lui mettent pas de bâtons dans les roues – ce qui ne va pas de soi dans l’offshore où il a capté 60% du marché en 2015 -, l’allemand clôturera au premier trimestre 2017 la fusion de ses activités dans l’éolien avec celles de Gamesa, qui aura avalé Adwen en janvier 2017.

Détenteur de 59% de la nouvelle entité, il se retrouverait alors turbinier attitré de la moitié des champs français attribués, face à General Electric qui a hérité des trois autres champs avec son rachat du pôle énergie d’Alstom en 2015. Une belle revanche pour l’allemand, grand leader de l’offshore mais candidat malheureux au premier appel d’offres français de 2012, qui avait même jeté l’éponge au second devant la volonté du gouvernement de créer une filière tricolore avec deux turbiniers français à sa tête.

Un troisième appel d'offres qui privilégiera le prix

Le moment est en outre idéal pour Siemens : "Le lancement du troisième appel d’offres est imminent", veut croire Pierre Parvex, président de la commission Offshore de France Energie Eolienne. Si son volume et les zones concernées restent inconnus, ses modalités pourraient favoriser Siemens. L’accent devrait en effet être mis cette fois sur le prix. "C’est ce qu’on préconise et c’est un point essentiel pour le gouvernement", relève Pierre Parvex. Vendant des centaines de turbines par an et engagé de longue date dans la réduction des prix de l’offshore, Siemens pourrait faire son miel de cette tendance.

Reste que l’allemand devra lever les incertitudes que le rachat d’Adwen fait peser sur ses trois champs. Les appels d’offres français ont figé les propositions des industriels. La reprise des contrats implique de reprendre les engagements industriels d’Areva, qui avait promis de créer deux usines au Havre (nacelle et pales) avec 750 emplois. « Ces engagements resteront portés par Adwen », précise Areva. Un sujet crucial pour le gouvernement.

Si le nombre d’emplois paraît difficilement négociable, le type de fabrication pourrait évoluer. Siemens, qui a déjà engagé la construction d’une usine d’éoliennes offshore en Allemagne et d’une usine de pales au Royaume-Uni, a toujours défendu le développement en France de segments de la chaîne de valeur offshore plutôt qu’une production de A à Z. Les nacelles des champs français pourraient ainsi être assemblées en Allemagne ou au Danemark tandis que Le Havre produirait des sous-ensembles.

Siemens a lancé sa propre turbine de 8 MW

Il est en revanche à peu près certain que Siemens n’utilisera pas la turbine d’Adwen, qui repose sur d’autres choix technologiques. L’allemand devra cependant s’aligner sur la puissance de 8 MW des machines d’Adwen pour limiter le risque de recours d’un concurrent. Siemens a fort opportunément lancé début juillet 2016 une turbine de 8 MW dérivée des versions 6 et 7 MW existantes. Une première installation est annoncée début 2017.

Toute modification des champs fragilise les contrats. "Le remplacement par Areva de la turbine de 5 MW prévue pour Saint-Brieuc par le modèle de 8 MW a pris un an et un consortium concurrent a déposé un recours", révèle un acteur de la filière. En rentrant sur le marché français de l’offshore, Siemens devra aussi composer avec ses particularités, des appels d’offres rigides aux délais trois ou quatre fois plus longs qu’en Allemagne en passant par des conditions d’implantation industrielles.

Manuel Moragues

 

Le rival General Electric marginalisé

General Electric voit Adwen lui échapper au profit de son rival Siemens. Il n'aurait pas voulu reprendre les activités – et les risques associés – d'Adwen en Allemagne ni tous ses engagements en matière d'implantation industrielle au Havre. L'enjeu, pourtant, était de taille pour l'américain : acquérir 4 projets majeurs lui auraient permis de plus que doubler son carnet de commandes alors qu’il n'est qu'un nouvel entrant dans l’éolien offshore et qu'il doit trouver des contrats pour charger ses usines de Saint-Nazaire. Mais la construction d'une ou deux autres usines au Havre qu'aurait imposée le rachat d'Adwen aurait amplifié le problème. Jérôme Pécresse, le patron de GE Renewables, le répétait à L'Usine Nouvelle au début de l'été : "Il n'y a pas de place pour deux grands turbiniers en France." Si c'était alors Adwen qui était visé, GE se retrouve aujourd'hui dans la position du second turbinier. En trop ?

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1 commentaire

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16/09/2016 - 16h42 -

L'acquisition de Multibrid a été une erreur. Les lois économiques finissent toujours par s'appliquer, la force des industriels allemands c'est d'avoir un Etat, qui prends en compte les règles du marché qui s'imposent à l'industrie mondialement, et s'abstient de bloquer les réorganisations indispensables décidées par les industriels pour leur développement voire leur survie. On le voit encore aujourd'hui avec Alstom à Belfort. L'industriel a trop de sites de production pour le volume du marché, et ceci en raison des acquisitions successives. Belfort n'est pas rentable pour ses spécificités, et donc pas compétitif en locomotives. Il n'obtient donc pas les commandes, donc n'a pas les moyens d'investir en innovation comme ses concurrents, et donc devient de moins en moins compétitif. Si Alstom ne ferme pas le site, et les autres sites non rentables,il sera racheté. L 'activité ferroviaire de Siemens qui est moins rentable que le reste du groupe, n'a plus que 2 sites de production en Europe
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