Quotidien des Usines

Siemens Le nouveau départ

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Avec un P-DG autrichien débarqué des Etats-Unis, le géant bavarois, en pleine santé, veut restaurer son image ternie par les scandales et poursuivre son virage vers le médical, l'environnement et l'énergie.

Un coup de torchon comme jamais il n'y en a eu outre-Rhin. C'est le message qu'a voulu faire passer le conseil de Siemens en nommant à sa tête Peter Löscher, « l'ex-futur numéro 1 » du laboratoire pharmaceutique américain Merck. Le 1er juillet, cet « outsider » présidera le directoire du conglomérat allemand en remplacement du bouillonnant Klaus Kleinfeld, poussé à la démission par une série de scandales sans précédent : paiements frauduleux, entorses à l'embargo en Irak, cartel dans l'appareillage électrique... Des affaires qui ont aussi eu raison du patriarche Henrich von Pierer, obligé d'abandonner la présidence du conseil de surveillance au profit de Gerhard Cromme, l'inspirateur du code de bonne conduite des entreprises en Allemagne...

Première urgence pour les deux secouristes : redorer le blason du groupe au moment où la justice et l'autorité boursière (SEC) américaines mènent des enquêtes susceptibles de provoquer de sérieux dégâts pour Siemens outre-Atlantique, son deuxième marché. En Allemagne, les têtes sont tombées mais les autorités américaines pourraient vouloir aussi punir l'entreprise (amende géante, interdiction de marché...) et pas seulement les dirigeants. « Si nouvelles pratiques il y a, à charge pour Peter Löscher de le faire savoir davantage et mieux », avance un consultant basé à Londres.

L'autre priorité, c'est le « traitement psychologique » des salariés, dont le moral est au plus bas. « Le changement de direction est intervenu dans la précipitation et n'a pas été clairement expliqué. La France n'est pas éclaboussée pour l'instant mais il y de l'inquiétude », témoigne Frédéric Kaladjian, délégué syndical central CFDT de Siemens SAS à Marseille. En interne aussi, Peter Löscher ne pourra pas faire l'économie d'une vaste opération de communication.

Un travail de titan

Surtout, le nouveau P-DG devra achever la mutation du mammouth germanique entamée par ses prédécesseurs. Un travail de titan à l'échelle d'un groupe de 475 000 personnes réparties dans une dizaine de divisions, allant des ampoules (Osram) aux centrales électriques en passant par les trains et les services informatiques. Au sein de l'organigramme, certaines structures décisionnelles sont mêmes doublées. L'allègement est désormais le mot d'ordre : d'ici au 1er octobre, le directoire sera réduit de dix à quatre fauteuils.

L'orientation est claire. « Siemens s'est livré à un travail d'analyse sociétale et a repéré deux mégatendances : la croissance démographique et l'urbanisation. En conséquence, la santé, l'énergie et l'environnement deviennent pour nous des marchés clés. Tout en nous renforçant dans les automatismes, où nous sommes de loin le leader mondial », explique Philippe Carli, le P-DG de Siemens France. Ce remodelage, à coup de cessions et d'acquisitions, a déjà transformé 30 % du périmètre depuis 2005. Et hissé le cours de l'action et le résultat opérationnel de plus 50 % en un an... Principal virage industriel, l'abandon des télécoms. Un chantier complexe démarré par la sortie des téléphones portables, cédés fin 2005 au taïwanais BenQ. Très déficitaire et impossible à redresser en interne, selon Siemens, cette activité ne l'a pas davantage été par le repreneur, qui a vite déposé le bilan de sa filiale allemande (3 000 personnes). Dans les infrastructures télécoms, Siemens a opté pour la création d'une société conjointe avec Nokia. Située à Helsinki, cette entité se place au troisième rang mondial derrière Alcatel-Lucent et Ericsson-Marconi. Hormis les réseaux d'entreprises, pour lesquels des partenariats sont aussi à l'étude, le désengagement des télécoms est total. Cocasse quand on se souvient qu'au temps de la bulle internet les analystes pressaient le groupe de tout miser sur cette activité.Exit aussi la division logisti que et systèmes d'assemblage (L et A), récupérée par le fonds d'investissement européen Triton, pour la partie logistique industrielle, et intégrée à la branche services à l'industrie (I et S) pour les équipements de logistique aéroportuaire et postale.

Dans l'informatique, la division SBS (Siemens Business Services), gravement déficitaire (-10,5 % du chiffre d'affaires en 2006), a tout simplement disparu. Amputée des « services liés aux produits » (5 000 personnes) rattachés à la société conjointe Fujitsu-Siemens, elle entame depuis le début de l'année une vie plus saine, avec même des bénéfices en vue, sous le nom de SIS (IT Solutions and Services). Avant une éventuelle sortie du périmètre... En Allemagne, la même hypothèse est aussi envisagée pour la division ferroviaire (TS), dont la rentabilité reste faible (1,8 % de marge opérationnelle). A moins qu'un jour le vieux rêve d'un EADS des trains entre Alstom et Siemens ne voit le jour.

Le sort de l'équipementier automobile VDO semble en revanche bien scellé. Sauf coup de théâtre - Continental a déjà proposé de le racheter pour plus de 10 milliards d'euros - cette activité sera bientôt mise en Bourse, Siemens en gardant le contrôle. Du moins pour l'instant... « VDO était un petit poucet il y a dix ans. Maintenant, c'est le numéro 2 mondial de l'électronique auto, derrière Bosch, insiste Philippe Carli. Cette activité est promise à un bel avenir mais elle doit grossir pour pouvoir développer des technologies autour du moteur zéro émission. C'est l'objectif de cette mise en Bourse. »

Depuis deux ans, c'est par croissance externe que Siemens se renforce dans ses secteurs de prédilection. Dans le médical, les achats de Bayer Diagnostics (numéro 2 mondial de l'immuno-diagnostic) et de DPC (numéro 3 du diagnostic in vitro) ont coûté 5,6 milliards d'euros. Après l'intégration de ces sociétés, d'autres opérations suivront. Pas seulement dans le médical. Dans l'automatisation, son coeur de métier, Siemens lorgne sur le segment du PLM (gestion du cycle de vie des produits), un marché de plus de 10 milliards d'euros en croissance de 8 à 9 % par an. En témoigne l'achat d'UGS, un américain spécialiste de la simulation des lignes de production, concurrent de Dassault Systèmes ou PTC pour près de 3 milliards d'euros. On le sait aussi aux aguets, lorgnant sur Legrand.

un oeil sur areva

Côté environnement, l'acquisition d'US Filters (5 800 personnes), le leader américain des équipements de traitement de l'eau, n'est qu'un début pour l'activité I et S qui l'accueille. De forts développements et probablement une recomposition du groupe sont à attendre dans les technologies vertes en pleine effervescence. Mais c'est dans l'énergie que le géant bavarois s'est, ces derniers temps, montré le plus offensif. Au rythme de deux centrales à charbon mises en service chaque semaine rien qu'en Chine, l'énergie propre est le sujet du moment. Chez le « nouveau Siemens », il se traduit par la reprise du suisse Sustec, spécialisé dans la gazéification du charbon et la capture du CO2, et par l'acquisition du fabricant américain de filtres Wheelabrator. Avec Bonus Energy (parcs offshore) et Flender (motoréducteurs), le groupe met aussi un pied dans l'éolien, ce que n'a pas su faire Alstom.

Devenu actionnaire majoritaire du fournisseur d'équipements pour centrales électriques Power Machines, il s'installe par ailleurs sur le marché russe, le quatrième au monde, qui est appelé à être privatisé et modernisé.

Enfin, Siemens garde un oeil sur Areva, dont il détient déjà 34 % de la filiale NP, ex-Framatome (réacteurs nucléaires). En cas d'ouverture du capital, nul doute que le groupe allemand tenterait de renforcer sa participation. Au grand dam une nouvelle fois de son rival français Alstom allié à Bouygues. .

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