Sidérurgie : L'acier continue sur sa lancée


Alors que les marchés de l'acier restent très tendus, le plan européen de restructuration est abandonné dans une relative indifférence. Mais 1995 pourrait réserver des surprises.

 

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La décision de la Commission européenne de considérer comme caduc le plan de restructuration de la sidérurgie -les objectifs de réduction de capacités n'ayant pas été atteints- a suscité les protestations des principaux groupes concernés. Mais le coeur n'y était pas vraiment. Car, depuis plusieurs mois, la tension sur les marchés est devenu le principal problème de la sidérurgie européenne, dont la plupart des usines tournent à plein.

Négociations dans l'automobile

Pour l'utilisateur, cela signifie que les hausses de prix vont se poursuivre. Les négociations entre sidérurgistes et constructeurs d'automobiles, qui se déroulent en ce moment, sont placées sous le signe des augmentations. En Allemagne, un constructeur aurait déja accepté une hausse de 80 marks la tonne (environ 280 francs) pour les produits plats et l'on parle de 200 à 250 marks d'augmentation (700 à 850 francs) pour les aciers de construction mécanique. En France, les chiffres qui circulent sont de 200 francs la tonne pour les produits plats et 300 à 400 francs pour les aciers de construction mécanique.

Profitant de l'allongement des délais de livraison et du désir des clients d'assurer leurs approvisionnements, les producteurs d'acier préparent des hausses sensibles en 1995. Trois augmentations de 100 francs la tonne sont ainsi prévues en janvier, avril et septembre pour les tôles à froid et galvanisées. Pour le fil machine 50 marks (170 francs) sont annoncées pour janvier. Mais les tréfileurssemblent décidés à ne pas accepter plus de 100 francs d'augmentation. Pour l'instant, le rapport des forces est nettement en faveur des sidérurgistes. Dans beaucoup de spécialités, le carnet de commandes du premier trimestre 1995 est déjà rempli. La plupart des importateurs d'aciers de construction mécanique ont déjà placé l'essentiel des quotas alloués par leur maison-mère au marché français. Pour tout ce qui touche au monde de l'automobile et de la mécanique, les fournisseurs refusent donc de s'engager sur des niveaux de prix annuels auprès des sous-traitants. Aux protestations de leurs clients, ils répondent que la sous-traitance n'a pas répercuté dans ses prix la totalité des chutes de prix dont elle a bénéficié lors de la crise.

Accalmie de la demande

Mais la situation est peut-être moins figée qu'il n'y paraît. Si 1995 sera sans doute une bonne année pour l'automobile, l'activité reste moyenne dans de nombreux domaines, voire médiocre pour le B-TP (à l'exception notable de l'Allemagne). De plus, estiment certains producteurs, la demande liée à la reconstitution des stocks et aux achats de précaution devrait diminuer. Un phénomène qui se traduit depuis la rentrée par une diminution des entrées mensuelles de commandes enregistrées par Ascométal. Il est vrai que le rythme constaté avant les vacances était anormalement élevé. Si les tensions sur les approvisionnements en acier sont toujours là, le doute subsiste donc sur ce qui se passera à partir de la mi-1995. Les exportations ont joué un rôle non négligeable dans la remontée des prix. En 1993, la sidérurgie européenne a dégagé un solde exportateur net de 18 millions de tonnes, au lieu des 10 millions de tonnes atteints à l'ordinaire.En 1994, ce record sera sans doute battu.Beaucoup dépend donc de la demande américaine, qui reste forte, et des importations chinoises, qui ont représenté 10% de la production mondiale l'an dernier, et seulement 3% cette année. Autre inconnue, l'attitude de la Russie et de l'Ukraine. La production d'acier de l'ex-Union soviétique a chuté de 140 millions de tonnes en 1988 à 80 millions de tonnes cette année.D'importantes capacités de production sont donc en réserve et constituent une menace potentielle. Enfin, la Commission de Bruxelles a décidé comme conséquence de l'abandon du plan de restructuration de la sidérurgie d'avancer à fin 1994 l'ouverture des frontières de l'Union européenne aux produits en provenance des pays de l'Europe centrale. Une décision qui pourrait contribuer à redonner une marge de manoeuvre aux clients de la sidérurgie.





USINE NOUVELLE - N°2477 -

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