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L'Usine Matières premières

Sidérurgie : Maghreb Steel suspendu à l’aide de l’État

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Le sidérurgiste marocain Maghreb Steel a licencié en août 350 de ses 2 000 employés. Toujours en grave difficulté financière, il menace de fermer son usine d’acier plat près de Casablanca si le gouvernement ne prend pas de mesures antidumping sur les aciers importés qui le concurrencent.

Les entreprises citées

Maghreb Steel est sous pression. Depuis l’été, celle-ci continue d’augmenter sur le sidérurgiste marocain. "La nouvelle usine de Mohammedia tourne déjà à seulement 40% de ses capacités. Si nous tirons aujourd’hui la sonnette d’alarme, c’est pour éviter la catastrophe", a indiqué Fadel Sekkat, PDG du groupe implanté près de Casablanca, début septembre au journal Tel Quel.

Si les mesures antidumping venaient à tarder

En août dernier, l’entreprise fondée en 1975 par Fadel Sekkat, un autodidacte de 67 ans, devenu capitaine d’industrie, a licencié 350 salariés sur un effectif de 2 000. "La décision a enclenché de fortes tensions sociales. Si les mesures antidumping venaient à tarder encore, ces licenciements pénibles et douloureux devraient continuer et l’usine connaîtra des périodes d’arrêt plus ou moins longues, voire un arrêt total", a averti depuis dans "Le Matin", Othman Benmlih, directeur général de la société.

Un véritable appel à l’aide en direction du ministre de l’Industrie, Abdelkader Amara. Au Maroc, tant le patronat (CGEM), que les pouvoirs publics suivent l’affaire de très près, sans parler des financiers impliqués dans le dossier notamment Attijariwafa, première banque du pays.

En 2012, Maghreb Steel est parvenu à dégager un chiffre d’affaires de 2,7 milliards de dirhams (245 millions d’euros). Au premier semestre 2013, il a atteint 1,4 milliard. Mais le groupe a enregistré au premier semestre 2013 une perte nette consolidée de 258,5 millions de dirhams après déjà un lourd déficit de 498,5 millions de dirhams sur l’ensemble de 2012. 

Le groupe a produit 490 352 tonnes d’aciers en 2012. La capacité maximale de sa nouvelle aciérie est d'un million de tonnes. La part des exportations dans son chiffre d'affaires est de 40%.

 

Les dettes du groupe à fin 2012 s’élevaient déjà à 5,4 milliards de dirhams

 

En réalité, depuis deux ans, les ventes et la production sont très en deçà des prévisions du plan d’investissement initial. Les dettes du groupe à fin 2012 s’élevaient déjà à 5,4 milliards de dirhams, 2,3 fois ses fonds propres.

Pour tenter de sauver la situation, selon la presse marocaine, les actionnaires de Maghreb Steel ont procédé à une augmentation de capital de 900 millions de dirhams (ou 600 selon certaines sources) ces derniers mois pour le porter à 2,4 milliards de dirhams.

En août dernier, les six banques partenaires regroupées en consortium ont également signé un protocole d’accord pour aménager sa dette. Nécessaire mais pas suffisant.

Pour la direction, cette situation catastrophique est avant tout imputable au dumping pratiqué par les sidérurgistes européens qui viennent s'octroyer des parts de marché au Maroc en pratiquant des prix beaucoup plus faibles que les siens. Les importations marocaines ont augmenté de plus de 200% en 2011 et 2012, selon la direction. Et le problème réside à ce niveau.

Le sidérurgiste a obtenu du gouvernement, en début d’année, l’ouverture d’une enquête antidumping dans l’espoir que ce dernier décide in fine de faire barrage aux importations de tôles en acier laminées à chaud.

"Tardant à prendre des mesures antidumping, la tutelle met chaque jour un peu plus en péril la survie de notre société", s’est inquièté Othman Benmlih dans le quotidien Le Matin.

il reste difficile de prouver le dumping

Dans le secteur, il se murmure que si les résultats de l’enquête n’ont toujours pas été rendus publics, c’est qu’il reste difficile de prouver le dumping. D’autant que ce ne serait en effet pas une seule société étrangère qui s’en serait rendu coupable, mais la plupart de celles qui exportent vers le Maroc.

Mais pour beaucoup d’observateurs, la cause de la situation catastrophique de Maghreb Steel se situe ailleurs : celle d’un trop lourd investissement de 5,7 milliards de dirhams réalisé à contre-cycle.

En effet, en avril 2012, Maghreb Steel inaugurait en grande pompe et en présence du roi du Maroc son complexe de Chellalate, à Mohammedia, près de Casablanca, avec un investissement destiné à se doter notamment d'une partie chaude à savoir une aciérie électrique et deux laminoirs à chaud de bobines et de tôles fortes.

"Le timing de l’investissement était inadéquat, mais c’était difficilement prévisible… La crise qui a fortement impacté les industries dans le monde, et notamment le secteur de la sidérurgie, est arrivée au pire moment alors que les investissements avaient déjà été lancés", a reconnu Othman Benmlih, dans une interview au magazine Challenges, mais il persiste : "les sidérurgistes européens se sont mis à baisser leurs prix jusqu’à pratiquer un dumping", parlant à propos du projet de Mohammedia "d’un investissement audacieux certes, mais qui n’importe où ailleurs dans le monde, aurait certainement fait l’objet d’un soutien plus important des pouvoirs publics."

La baisse des prix des aciers s’explique surtout par la crise économique de 2008, qui a entrainé la chute de la demande en Europe et donc une surcapacité. Elle a poussé les sidérurgistes européens à se tourner vers d’autres marchés.

"too big to fail"

Incapable de vendre suffisamment pour amortir ses frais fixes, alors qu’il s’est gravement endetté, Maghreb Steel reste donc au bord de la cessation de paiement. Selon Challenges.ma, la société a dû supporter 600 millions de dirhams de charges d’intérêt, entre 2010 et 2012, soit une moyenne de 200 millions de dirhams par an.

Comment dès lors sauver l’entreprise ? Celle-ci représente "une industrie nationale de base, une industrie industrialisante", a estimé Fadel Sekkat dans les colonnes du Matin, variante de l’argument "too big to fail".

Et la suite ? Les mesures anti-dumping réclamées à cor et à cri par l’entreprise risquent de mal passer auprès des partenaires commerciaux européens du Maroc.

Mais, dans une interview à L’Usine Nouvelle la semaine dernière Abdelkader Amara a indiqué : "Nous suivons le dossier de près. Maghreb Steel réclame des droits anti-dumping. Mais c'est un sujet qui implique les règles de l'OMC. Le Maroc ne prend pas de décisions sur le dumping ou sur des mesures compensatoires de manière hasardeuse. Il faut des dossiers ficelés. On s'y attelle." avant de rajouter "Je pense que cette doléance sera exaucée".

Dernier scénario fiction : l’État pourrait choisir d’investir dans Maghreb Steel en contrepartie d’une restructuration de l’entreprise et d’une revue de sa stratégie, à la façon de ce qui avait été fait avec le contrat-programme de Royal Air Maroc, en septembre 2011. Encore, faudrait-il que les finances publiques du royaume, elles aussi en difficulté, le permettent.

À Casablanca, Julie Chaudier

Avec un résultat net en hausse de 105% au premier semestre 2013, Sonasid, s'en sort mieux
Malgré une conjoncture détestable, cette performance du sidérurgiste marocain serait due "aux actions menées pour la réduction des coûts fixes et notamment de structure", a notamment déclaré devant la presse marocaine Ayoub Azami, directeur général de Sonasid, lors de la présentation  des résultats financiers de l’entreprise au 30 juin 2013 le 4 octobre à Casablanca. "L’endettement net a-t-il rajouté a été réduit à 22 millions de dirhams contre 225 millions de dirhams à la même période de l’année passée". Selon lui, "l’application des mesures de sauvegarde pourrait permettre de rééquilibrer la situation vis-à-vis de la politique de prix à l’export des concurrents internationaux."

MAGHREB STEEL 2012 MISE À JOUR RELATIVE À L’EXERCICE 2012 DU DOSSIER by L'Usine Nouvelle

 

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