L'Usine Santé

Sida : Truvada, un médicament déjà très rentable

Gaëlle Fleitour , ,

Publié le

Déjà utilisé aux Etats-Unis et en Europe comme traitement de base pour les séropositifs, Truvada vient d’être autorisé comme premier médicament de prévention contre le sida outre-Atlantique. Certaines associations se révoltent contre son fabricant, le laboratoire Gilead.

Sida : Truvada, un médicament déjà très rentable © Justin Sullivan - AFP

"Laisserons-nous encore longtemps les lobbys du médicament dicter leurs règles à notre communauté, au mépris de notre santé ?" Alors que s’ouvrira dimanche la Conférence mondiale sur le sida, rendez-vous incontournable dans la lutte contre ce virus organisé à Washington du 22 au 27 juillet, l’association Act Up Paris jette un pavé dans la marre.

La raison de son émoi ? La décision prise lundi par l'Agence américaine du médicament (FDA) d'autoriser le Truvada comme premier traitement de prévention contre le sida. Ce médicament du laboratoire américain Gilead Sciences vise à prévenir la transmission sexuelle du VIH pour des personnes qui ne l’ont pas, mais sont considérées comme à haut risque.

Des preuves d’efficacité "insuffisantes" selon Act Up

Alors que la décision est saluée par l'agence des Nations unies de lutte contre le sida, elle est jugée "précipitée" par Act Up. Qui soutient que l'annonce de la FDA "avait été reportée à septembre par les autorités américaines, qui disaient manquer de garanties de la part du laboratoire Gilead".

Pour l'association, "la FDA montre son mépris de la recherche, qui n'a jamais donné de preuves suffisantes d'une efficacité du Truvada en prévention". Un essai clinique, financé en partie par les Instituts nationaux américains de la santé (NIH), a pourtant été conduite durant deux ans et demi dans six pays, dont les Etats-Unis, auprès de 2.500 homosexuels qui utilisaient aussi un préservatif.

Selon cette étude, la prise quotidienne du Truvada réduirait de 44% le risque d'infection par le VIH. Mais selon Act Up, les chiffres d’efficacité disponibles présentent "un intervalle de confiance allant de 15% à 63%, indiquant une reproductibilité très incertaine de ces résultats".

Un médicament déjà blockbuster pour Gilead

La crainte d’Act Up est que cette autorisation n’entraîne de nouvelles contaminations. Car le Truvada seul ne peut pas suffire à prévenir l’infection. Pris quotidiennement, il est destiné "à être utilisé à titre prophylactique avant un contact avec le VIH, en combinaison avec des pratiques sexuelles sûres comme l'usage de préservatifs et d'autres mesures de prévention", précise la FDA.

Il y a deux mois, un responsable du NIH reconnaissait lui aussi qu’on ne pouvait pas faire l’impasse sur les effets secondaires potentiels du médicament (problèmes rénaux, augmentation dangereuse d’acide dans le sang) et la possibilité qu’il ne suscite des comportements à risque, les patients pouvant croire qu’ils sont chimiquement protégés.

Pour le laboratoire californien Gilead, les possibilités offertes par l’aval de la FDA sont énormes. Car le coût de ce traitement varie entre 12.000 et 14.000 dollars par an. En France, un essai clinique est mené également dans cette nouvelle indication, même si aucune demande de commercialisation (AMM) n’a encore été déposée par le laboratoire.

Combinaison de deux anti-rétroviraux, Truvada est déjà utilisé comme traitement de base aux Etats-Unis et dans la majorité des pays européens, pour des personnes séropositives à partir de 12 ans. En 2011, il a réalisé des ventes records, en croissance de 8%, rapportant ainsi 2,88 milliards de dollars (dont 1,3 outre-Atlantique et 1,2 milliard en Europe) sur les 8,39 milliards de dollars de chiffre d’affaires de Gilead.

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1 commentaire

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20/07/2012 - 11h51 -

Je suis séropositif depuis 1986, je vais bien, je ne mets pas de capote car grace au truvada je suis non contaminant et après 7 ans de relation sans préservatif avec moi, mon ami est toujours séronégatif.

Vive les labos, et qu'act-up soit révélée pour ce qu'elle est : une association d'hypocrites qui n'a cessé de mentir aux séropositifs et au grand public avec la complicité de médecins adeptes du risque zéro et qui ont obtenu les résultats contraires à ceux qu'ils recherchaient.
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