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SIAL : ALERTE AUX ALLERGIES ALIMENTAIRES !Les allergies alimentaires progressent de façon discrète mais bien réelle. Aucun produit n'est totalement sûr, même si certains sont plus allergènes que d'autres. Les industriels doivent se préparer à gérer une nouvelle crise de confiance et à adapter leu...

Publié le

SIAL : ALERTE AUX ALLERGIES ALIMENTAIRES !

Les allergies alimentaires progressent de façon discrète mais bien réelle. Aucun produit n'est totalement sûr, même si certains sont plus allergènes que d'autres. Les industriels doivent se préparer à gérer une nouvelle crise de confiance et à adapter leur production à ce nouveau risque.



Une journée comme les autres pour Yves Boisard, responsable de la qualité du groupement des Centres Leclerc. " L'un de nos magasins m'a signalé qu'une personne âgée a été conduite aux urgences après avoir mangé des crevettes achetées chez nous. " Immédiatement, les crevettes sont retirées du rayon. Yves Boisard contacte le fournisseur, se fait communiquer la liste des additifs et demande à un laboratoire d'analyser le produit. " En quelques heures, j'ai ainsi pu confirmer à cette dame qu'elle était allergique au métalisulfite de sodium, un conservateur que l'on intègre aux crevettes cuites ", expose-t-il. Une allergie très rare. Les crevettes ne sont donc pas retirées des rayons des autres magasins. Chez Leclerc, l'expérience a permis de vérifier le bon fonctionnement de la traçabilité en cas d'allergie alimentaire.

Aucun aliment n'est exempt de risque allergique

Ce fléau moderne ne touche pas seulement la France. Aux Etats-Unis, Kellogg vient de lancer une alerte au sujet de cinq cents paquets de céréales Whole Wheat Waffles suspectées de contenir de l'arachide. " Les personnes allergiques ne doivent pas consommer ce produit. Les cacahouètes peuvent causer des accidents mortels ", prévient, très inquiet, l'industriel. Selon l'association ABC Allergies, 200 000 Français présentant des allergies graves risquent leur vie à chaque repas. On en parle encore assez peu dans les médias grand public. Mais, dans les cours de récréation, la question revient sans cesse : " T'es allergique à quoi ? " Certains enfants se voient refuser l'accès à la cantine. D'autres sont privés de sorties de classe. Pour le professeur Francisque Leynadier, allergologue à l'Assistance publique, " il n'y a aucun aliment exempt de risque allergique ". On peut toutefois distinguer un petit groupe d'ingrédients souvent à l'origine de complications allergiques : l'arachide, les poissons, le lait, le gluten. Les enfants (10 %) sont beaucoup plus touchés que les adultes (3 %). De nombreuses hypothèses tentent d'expliquer l'inflation des cas. " On invoque la pollution atmosphérique, les changements alimentaires, la sédentarité, l'hérédité... Une chose est sûre, à l'heure actuelle, aucun médicament ne sait guérir des allergies alimentaires ", révèle le médecin. Pour Gérard Guillet, chef du service de dermatologie et allergologie à l'hôpital Morvan de Brest, " en attendant des progrès de la science, les industriels de l'agro- alimentaire doivent prendre des mesures de prévention, même si tous les enfants allergiques ne deviendront pas des adultes allergiques ". Depuis 1994, Nestlé France se penche sur ce problème. " Au début, on ne parlait que du risque d'allergie à l'arachide. Aujourd'hui, la liste ne cesse de s'allonger ", remarque Marie-Odile Gailing, directrice des affaires scientifiques et réglementaires. Aussi l'industriel a-t-il essayé d'éliminer un certain nombre d'ingrédients. Quand la solution se révèle impossible, l'étiquetage doit être suffisamment clair pour dissuader les personnes à risque.

Des risques de contaminations croisées

Même démarche chez Danone, qui a sa liste d'ingrédients à risque répartis en trois familles : un allergène critique, l'arachide, car la réaction peut provoquer la mort ; six ou sept allergènes majeurs, et environ cent cinquante allergènes mineurs. " Les consommateurs allergiques ne représentent que 2 % de la population, mais nous ne devons pas les négliger, car c'est toute leur famille qui mange comme eux, et les amis aussi quand ils sortent. Finalement, cela concerne beaucoup de monde ", remarque Patrick O'Quin, directeur des relations extérieures du département sécurité alimentaire de Danone. Le problème des contaminations croisées reste un véritable casse-tête. Un aliment qui a simplement été en contact avec de l'arachide peut aussi provoquer des chocs allergiques, même s'il ne contient pas d'allergène. " C'est pour cela que nous avions décidé d'ajouter "arachide" à la liste d'ingrédients de la barre chocolatée Lion, car elle a été fabriquée pendant plusieurs mois sur la même chaîne que Jungle Peanuts, une autre barre contenant de l'arachide ", explique Marie-Odile Gailing. Les Fingers de Cadburry ayant rencontré le même problème au début de l'année, l'industriel britannique a décidé d'indiquer une présence d'arachide sur son étiquette en France. Les industriels ne vont-ils pas être tentés d'ouvrir systématiquement le parapluie en indiquant de façon abusive des ingrédients potentiellement dangereux, même s'ils n'entrent pas dans la recette ? " Ce ne serait pas notre intérêt, car, alors, les étiquettes ne seraient plus crédibles, et tous les produits deviendraient suspects ", répond Patrick O'Quin. L'association ABC Allergies rejette cette approche : " Ce serait épouvantable pour nous, car nous ne pourrions plus rien acheter. Nous demandons un étiquetage exhaustif, pas un étiquetage trop prudent. " De plus, " il n'est pas légal d'inscrire sur l'étiquette un ingrédient absent du produit ", remarque un distributeur. Selon lui, la Direction générale de la répression des fraudes pourrait condamner les industriels qui abusent de ces " étiquetages de précaution ". En revanche, rares sont les fabricants qui peuvent garantir l'absence de tel ou tel ingrédient allergène. " C'est très complexe, car les industriels ne connaissent pas eux-mêmes tous les ingrédients utilisés ", note Yves Boisard, du groupement des Centres Leclerc. A l'heure de la traçabilité, on connaît l'ingrédient, mais, au niveau de " l'ingrédient d'ingrédient ", c'est moins évident. Les industriels devenus des assembleurs d'ingrédients doivent faire des efforts titanesques pour identifier tous les composants d'un produit, au picogramme près. " Dans notre démarche de qualité, nous passons au crible chacun des produits que nous vendons. C'est un travail gigantesque, qui ne sera terminé qu'en 2001 ", reconnaît Marie-Odile Gailing, de Nestlé France.

Eviter une diversité alimentaire trop précoce

D'autres, en revanche, s'engagent davantage sur l'étiquette. Ainsi, les frites McCain garantissent l'" absence d'arachide ". " Attention, toutes les allégations doivent être contrôlables et contrôlées ! ", prévient Yvette Lasserre, spécialiste du suivi réglementaire de la qualité au Centre français du commerce extérieur. Très sûre d'elle, la marque allemande Hipp de petits pots pour bébés précise carrément quels ingrédients sont absents de la recette : " Sans sel de cuisine, sans épaississant, sans gluten, sans conservateur ni colorant, sans lait ni protéines de lait, sans addition de sucre, sans amidon, sans oeuf et sans OGM ", avec, en prime, le logo Agriculture biologique. " Les jeunes enfants étant les premières victimes du risque allergique, il est essentiel de leur offrir des produits irréprochables et de rassurer les parents ", insiste Stéphanie Hugues, chef de produits. Dans le groupe Danone, l'alimentation des tout-petits a été identifiée comme particulièrement sensible. La marque Blédina simplifie les recettes et tente de sensibiliser les parents, " car il est prouvé aujourd'hui qu'une grande diversité alimentaire trop précoce augmente le risque ". Face aux allergies, les solutions demeurent limitées, et les initiatives très variées. L'Association nationale des industries alimentaires (Ania) a émis des recommandations sur l'étiquetage qui sont assez peu suivies et même contestées par les distributeurs. Ultra-prudente, l'Ania demande d'inscrire le terme " arachide " à la fin de la fin de la liste des ingrédients s'il y a un risque de contamination par cet ingrédient. Le groupe de travail sur les allergies de l'Institut français de la nutrition (IFN) parle d'une " double responsabilité, celle du patient, qui gère au quotidien son allergie, et celle du fabricant, qui doit prendre des dispositions sans attendre une réglementation spécifique ".

Les cas graves restent heureusement peu nombreux

La législation reste assez floue, puisqu'elle ne demande pas une liste exhaustive des ingrédients. En revanche, un amendement à la loi sur la couverture maladie universelle votée l'année dernière prévoit que les ingrédients allergènes soient obligatoirement signalés. " Il faudra bien que l'on finisse par donner la composition exacte et exhaustive des ingrédients d'un produit alimentaire ", s'exclame Yves Boisard, des Centres Leclerc, qui est en train de mener une démarche approfondie de qualité avec l'ensemble de ses fournisseurs. " La pression va venir des distributeurs, comme en Grande-Bretagne ", confirme Yvette Lasserre, du CFCE. Les cas graves restent heureu- sement peu nombreux. Mais la grande distribution se mobilise, à la suite du décès d'un client victime d'une allergie à l'arachide après avoir mangé un nem. " Nous sommes en première ligne, en cas de problème. C'est pourquoi nous allons être très exigeants sur la traçabilité ", prévient Yves Boisard.



Un fléau qui s'aggrave...

Aux Etats-Unis, 1 % de la population serait atteinte.

En France, 1,8 million de personnes sont concernées.

600 000 sont contraintes de surveiller leur alimentation.

200 000 cas graves risquent leur vie à chaque repas.

10 % des enfants sont touchés.

Le nombre de cas a doublé en vingt ans.

La fréquence des allergies alimentaires est de 32 % chez les enfants de 1 à 3 ans.

... La filière doit réagir avec

La création de gammes spécifiques dépourvues d'allergènes.

La fabrication séparée des produits contenant les allergènes majeurs.

Le bannissement de l'arachide des aliments pour bébés.

Le bannissement des gants en latex dans la fabrication ou la distribution.

L'étiquetage exhaustif des ingrédients et additifs.

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