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"Si l’on pense que la situation est inacceptable, il faut le dire à son chef", conseille le consultant Philippe Dylewski.

Christophe Bys

Publié le

Si vous n’aimez pas l’humour belge, ce savant mélange d’absurde et d’ironie, passez votre chemin. Le livre écrit par Les vengeurs masqués (un collectif de cadres) pratique la provocation dès le titre : Comment pourrir la vie de son patron , aux éditions Fayard. Derrière la pochade, les auteurs posent pourtant de pertinentes questions. Pourquoi les salariés obéissent à ce qui leur semble insupportable ? Pourquoi préfèrent-ils se plaindre plutôt que de dire au premier (ou à la première) concerné que trop c’est trop ? Philippe Dylewski, vengeur démasqué, a répondu à nos questions.

Si l’on pense que la situation est inacceptable, il faut le dire à son chef, conseille le consultant Philippe Dylewski.

L’Usine Nouvelle : Comment est née l’idée de votre livre ? Vouliez-vous vous venger de votre patron ?

Philippe Dylewski : Au départ ce n’était pas du tout un livre. C’est parti comme les blagues qu’on se raconte en fin de repas avec des copains. On a ainsi accumulé des anecdotes qu’on trouvait rigolotes, parfois méchantes. Les co-auteurs, qui constituent ce que nous avons appelé les vengeurs masqués, travaillent tous dans des entreprises, et pas du côté syndical, au contraire. Ce sont des cadres.

Moi-même, comme consultant, j’entends tous les jours les gens se plaindre de leur chef, de leur patron. Ils pleurnichent à la machine à café. À la longue, c’est très pénible d’entendre à la fin d’une formation, les gens vous dire "c’est bien ce que vous faites, mais c’est notre chef qui devrait venir".

Nous avons fait ce livre pour montrer aux gens qu’ils peuvent choisir, agir. Ils ne sont pas aussi impuissants qu’ils le croient. C’est comme un être champion de boxe thaï et de se promener dans un quartier dangereux. Vous ne vous battez pas avec tout le monde, mais vous vous promenez en ayant conscience de votre possibilité de vous défendre. Là c’est pareil, on ne dit pas aux gens de faire ce qu’on écrit, on leur dit juste qu’ils sont plus forts qu’ils ne le pensent et on leur donne des exemples de ce qu’ils pourraient faire.

Quand même, les exemples que vous donnez reposent souvent sur des sortes de vengeance anonyme. C’est quand même moralement gênant d’inviter les salariés à se comporter de façon cachée ?

Vous savez, tout ce qui est dans le livre est choquant. TOUT. Mais je ne crois pas du tout que les lecteurs vont mettre en pratique ce que nous écrivons. Ils vont lire, rire et peut-être se dire qu’ils ne sont pas si démunis que ça.

Puisque vous parlez d’humour, avez-vous voulu parodier les livres de management ?

Je ne crois pas qu’un seul livre de management a jamais amélioré une situation. C’est comme les livres de développement personnel. Vous allez mal, vous en lisez un, et vous allez toujours aussi mal. Dans le meilleur des cas, vous savez pourquoi ça ne va pas.

Croyez-vous vraiment que, face à de vrais problèmes, on peut conseiller aux salariés de vaporiser la veste de son patron avec du pipi de chien comme vous le faites ?

Nous n’avons pas l’intention de dire aux gens ce qu’ils doivent faire ou non, de leur indiquer quelle serait la seule et unique façon d’agir. La dérision c’est aussi une réponse. On aurait pu écrire un livre à la façon de BHL, mais personne ne nous aurait lu. On a préféré s’amuser.

Aujourd’hui, dans les entreprises, on demande aux salariés à la fois d’obéir sans réfléchir et d’être adaptable, créatif, rapide. Le modèle traditionnel ne fonctionne plus. Ce n’est pas un livre qui va y changer quelque chose.

"La dérision c’est aussi une réponse. On aurait pu écrire un livre à la façon de BHL, mais personne ne nous aurait lu. On a préféré s’amuser."

Philippe Dylewski

 

Quelle aide peut-il apporter à des gens qui vont mal, ou qui souffrent dans leur travail ?

Leur dire qu’ils ont les moyens de se défendre et ce n’est pas forcément agressif. Si l’on pense que la situation est inacceptable, il faut le dire à son chef. Il ne faut pas avoir peur de dire "je ne suis pas d’accord". C’est quand même incroyable, quand les gens se sentent mal, ils vont le dire à tout le monde sauf à la personne concernée. Quand un cadre se retrouve avec une accusation de harcèlement moral, le plus souvent il ne sait même pas qu’un salarié de son équipe ne va pas bien. La personne harcelée ne va jamais dire "Monsieur vous pouvez arrêter maintenant".

Pourquoi ne le font-ils pas selon vous ?

Je n’ai pas de réponse, tout juste une hypothèse. Parce qu’on nous a appris à respecter l’autorité depuis qu’on est enfant. Dans les entreprises, les gens ont des comportements complètement différents à ceux qu’ils ont dans leur vie. Ils dénoncent leur collègue, ils vont voir leur chef pour dire qu’ils ont un problème avec vous sans même venir vous en parler. C’est incroyable !

Au fond, vous invitez les salariés à être plus responsables ?

À être plus responsables, plus impliqués dans leur travail. L’entreprise ce ne sont pas des méchants patrons contre des méchants ouvriers. Tout le monde prend un rôle et ce n’est pas souvent le bon. On va prendre l’habitude d’obéir sans discuter, d’encaisser sans rien dire… Tout ça ce sont des rôles. En conséquence, il est possible d’en changer. Dans mes missions de formation, la première chose que j’apprends aux équipes, c’est de savoir dire "ça ne me convient pas".

Je vous donne un autre exemple. J’intervenais récemment dans une très grande entreprise. Les gens présents n’étaient pas volontaires, on les avait inscrits d’office et certains faisaient visiblement la tête. Je leur ai demandé pourquoi ils étaient venus forcés et contraints. Quand je leur ai demandé ce qu’ils risquaient s’ils partaient, aucun n’a su me répondre. La peur de je ne sais pas quoi est la plus forte de toutes les peurs. Figurez-vous que quand je pose ce type de questions à des gens dans des entreprises publiques, on me répond souvent "j’ai peur de me faire virer" !

Depuis la parution du livre, quelles sont les réactions des lecteurs ?

Le livre est sorti d’abord en autoédition, où il a eu un certain écho. Nous l’avons ensuite proposé à des éditeurs. Tous les jours, on reçoit des mails d’insultes de gens qui n’ont visiblement pas lu le livre, qui se sont arrêtés au titre, croyant qu’on veut tout casser, qui nous disent que les entreprises vont mal.

Votre livre reprend de nombreuses histoires vraies de vengeance. Laquelle vous a le plus surpris ou amusé ?

J’aime bien l’idée de mettre en vente la maison de son boss, parce qu’au fond ça n’arrivera jamais mais on l’aura bien embêté. C’est assez simple : il faut avoir des photos de sa maison ou de son immeuble et son numéro de téléphone.

Derrière la pochade, vous espérer que votre livre va changer quelque chose quand même ?

Espérer c’est exactement ça. On espère. Si les lecteurs me disent qu’ils ont ri un peu, je serai content.

Propos recueillis par Christophe Bys

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