« Si je n’ai plus de carburant pour mes camions, PSA Rennes s’arrête dans les 3 jours »

Ce lundi, trouver du gazole à la pompe relève de la prouesse pour les transporteurs routiers. En particulier en Bretagne. En aval, les usines trinquent. Interview de Gilles Collyer, patron de l’entreprise de transport en flux tendu Routiers bretons, président de la FNTR Bretagne et vice-président national de la FNTR.

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« Si je n’ai plus de carburant pour mes camions, PSA Rennes s’arrête dans les 3 jours »

Avez-vous des clients industriels ?

On travaille pour l’automobile, en particulier pour l’usine PSA de Rennes. On travaille aussi pour des distributeurs tels que Norauto, Kiabi (mais aussi DHL, GEFCO, Merloni, TFE, Alinea, Schenker, Leclerc, Electrolux, NDLR).

D’où partent les camions et où arrivent-ils ?

Concrètement, nous allons chercher des marchandises à Lille ou dans le Sud, et nous livrons les magasins Kiabi de l’Ouest (de Cherbourg à La Roche-sur-Yon) à 8 heures du matin tous les jours. Nous livrons en flux tendu sur nos agences de Saint-Malo, de Rennes et de Nantes. Notre agence de Mâcon permet de faire des relais : ainsi nous avons des chauffeurs qui habitent Mâcon, d’autres habitent Rennes, et ces derniers se relaient pour conduire les camions de et vers Lille et Avignon, comme la Poste dans le temps !

Comment trouvez-vous du carburant, avec le risque de pénurie actuel ?

Nous disposons de nos propres cuves, soit 120.000 litres de stocks de gazole dans nos agences. Mais 120.000 litres, ça nous fait 4 jours ! On consomme 30.000 litres de carburant par jour.

Par ailleurs, pour 5% à 10% de notre carburant, nous nous approvisionnons hors dépôt dans des réseaux spécialisés poids lourds que tous nos collègues utilisent : il s’agit d’AS24, la filiale de Total. Compte tenu des tensions à la pompe ces derniers jours, nous allons davantage dans les AS24, en prévision du fait qu’elles seront bientôt vides. C’est le cas aujourd’hui : presque toutes les stations services AS24 sont à sec. L’information circule en temps réel : dès qu’une station AS24 est à nouveau approvisionnée, les camions s’y ruent, en deux heures c’est plié.

Où en sont vos stocks de carburant ?

Ce matin, nous n’avions plus que 85.000 litres. Nous avons rouvert nos pompes samedi, mais à ce rythme-là, mercredi on arrête les camions.

Quel serait l’impact économique pour vous ?

Le calcul est simple : un jour d’arrêt, ce sont 100.000 euros de chiffre d’affaires de perdus.

Quel serait l’impact pour l’usine PSA de Rennes ?

Ils arrêtent l’usine : cette dernière est livrée par des flux tendus qui viennent de Lyon. Il n’y a plus de stocks en 3 à 4 jours ! Il suffit que la pièce manquante non livrée soit, disons, une durite devant se placer sous le moteur lorsque ce dernier est posé, pour arrêter la chaîne de production.

Que comptez-vous faire ?

Compte tenu de mes responsabilités syndicales, j’ai précisément rendez-vous avec le préfet à 19h pour lui faire prendre conscience de l’impact économique du blocage des raffineries et des dépôts de carburant. Il faut bien comprendre que même si le gouvernement avait la politique d’arrêter le bras de fer avec les syndicats, cela prendrait 5 ou 6 jours de tout remettre en ordre du point de vue de l’approvisionnement en carburant.

Donc de toute façon, on va vers une pénurie pour les camions, il y aura des ruptures d’approvisionnement. Je souhaite l’emploi de la force publique pour libérer les stocks de gazole. Tout le monde a le droit de grève, mais il ne faut pas empêcher de travailler ceux qui veulent travailler !

Ces ruptures inévitables vont-elles poser des problèmes de sécurité ?

Le risque d’arrêt de camion sur l’autoroute est réel. Nous-mêmes n’avons plus beaucoup de gazole sur Rennes : nos camions partent chargés de 400 litres au lieu de 800 pour arriver à Mâcon. Si cela continue, ils devront partir avec 350 litres. Et encore, nous avons nos propres agences et nos propres citernes ! Imaginez le routier espagnol qui vient livrer son jambon en Bretagne, trouve une station, deux stations, trois stations fermées… Certains resteront au parking, mais d’autres vont s’arrêter sur l’autoroute !

Pourquoi la Bretagne est-elle particulièrement touchée ?

La Bretagne est une grosse région de transport de marchandises : beaucoup d’échanges routiers s’y font, en particulier dans l’agroalimentaire. Or la région ne compte que deux grands dépôts de carburant : Donges près de Saint Nazaire, et Vern-sur-Seiche. Troisième élément : le mouvement de contestation et de blocage sur ces deux dépôts s’est très tôt radicalisé : la Bretagne est un point chaud de la mobilisation syndicale actuelle sur les retraites.

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