Sévèrement critiqué en France, Silvio Berlusconi multiplie les initiatives réformatrices dans son pays.

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La presse et l 'opinion publique françaises en général jugent sévèrement la nouvelle majorité italienne. Une fixation sur les affaires judiciaires de l'occupant du Palazzo Chigi (le Matignon italien) et quelques doutes sur ses convictions européennes nous font oublier les succès économiques et l'ampleur des réformes lancées par le nouveau gouvernement.
Dans le classement des niveaux de vie des pays européens,corrigés par les pouvoirs d'achat,l'Italie devance la France, selon les statistiques de l 'Union européenne.Les échanges franco-italiens pour 2001 se traduisent par un accroissement de notre déficit,particulièrement dans les biens d'équipement. L'image de l'Italie n'est pas associée aux high-tech et,pourtant, elle réussit remarquablement dans la robotique.
Son point faible, c'est une législation et une réglementation envahissantes et paralysantes. En 1999,l'OCDE plaçait l'Italie au dernier rang des pays membres en la matière. Juste derrière la France !
Mais le sera-t-elle encore si l 'action entreprise par le gouvernement italien porte ses fruits ? Car, en janvier 2002, il a mis en chantier 130 décrets-lois pour modifier ou supprimer 100 000 textes.Parmi eux, une réforme du marché du travail et des contrats à durée déterminée, des mesures contre le travail au noir,une détaxation des bénéfices réinvestis et une autre du «venture capital » pour les jeunes diplômés créant des entreprises, des réductions fiscales pour favoriser les embauches, l'abolition (dans certaines limites) des impôts sur les successions,la suppression des autorisations pour travaux effectués dans les maisons,les commerces et les ateliers, etc...
En revanche, en matière de privatisations, le gouvernement freine plutôt le mouvement lancé par la gauche. Certes,plusieurs lois pénales servent à l'évidence Silvio Berlusconi et ses amis,y compris dans des procès en cours.Même si quelques milliers de citoyens et les intellectuels manifestent pour le dixième anniversaire de Mains Propres, la majorité des Italiens se veut optimiste.Silvio Berlusconi redonne une fierté à son pays. Il n'est pas moins européen que plusieurs de nos candidats à la présidentielle.
Quant à ses problèmes avec la justice, nos cousins transalpins sont aussi oublieux que les Français le furent, l'an dernier, dans certaines municipalités. En matière d'économie, les Français se sont toujours fait une certaine idée de l'Italie, rarement flatteuse. Ils ont longtemps jugé les patrons de PMI inventifs et débrouillards, mais dépourvus de vision à long terme. Les dures réalités de la concurrence les ont conduits à une plus juste appréciation des choses et les fameux «districts » sont même devenus à la mode en France.
Les Français sont tentés de répéter l'erreur. Ils ont plus à y perdre que les Italiens.

PAR JACQUES FAYETTE,
Professeur émérite à l'Université Lyon-3,
Enseignant à l 'Université italienne Cattaneo et gérant du site www.fritaleco.com

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