Sévère condamnation contre l'homme qui a giflé Macron

PARIS (Reuters) - L'homme qui a giflé Emmanuel Macron dans la Drôme il y a deux jours a été condamné jeudi à 18 mois de prison ferme, dont 14 mois avec sursis, avec mandat de dépôt, une peine sévère et symbolique pour "une atteinte intolérable à l'institution".
Sévère condamnation contre l'homme qui a giflé Macron
Dix-huit mois de prison ferme avec mandat de dépôt ont été requis jeudi à l'encontre de l'homme qui a giflé Emmanuel Macron lors de son déplacement dans la Drôme il y a deux jours, rapporte BFM TV. /Photo prise le 9 juin 2021/REUTERS/Pascal Rossignol

Damien Tarel, 28 ans, était jugé en comparution immédiate au tribunal de Valence. Il encourait une peine maximale de trois ans de prison et 45.000 euros d'amende.

Outre la réclusion - il a été écroué dès jeudi -, il se voit privé de droits civiques pendant trois ans, interdit d'exercer toute fonction publique à vie, interdit de détenir des armes durant cinq ans, et il devra se soumettre à un suivi psychologique.

Lors d'un réquisitoire sévère, le procureur, qui demandait 18 mois ferme avec mandat de dépôt, avait dénoncé "un acte de violence délibéré, profondément inadmissible". Un geste qui "n'a pas uniquement la volonté de frapper mais de rabaisser, d'humilier", avait-il dit, selon des comptes rendus du procès dans plusieurs médias.

"C'est une atteinte intolérable à l'institution, à la présidence de la République. Il y a chez le prévenu une espèce de détermination froide. (...) Il n'y avait aucune gratuité dans ce passage à l'acte", a-t-il estimé.

Avant les réquisitions, l'interrogatoire de Damien Tarel avait pris un tour politique envers le chef de l'Etat, au nom des "Gilets jaunes" et des "patriotes" auxquels il dit appartenir.

Il a estimé qu'Emmanuel Macron symbolisait la "déchéance" de la France et que son geste, "regrettable" et asséné sous le coup de l'impulsivité selon ses dires, visait à mettre en exergue le sentiment d'"injustice" des "Gilets jaunes", mouvement social né en France à l'automne 2018, qui ne sont pas "écoutés".

Damien Tarel, passionné d'arts martiaux, de chevalerie et de mangas, a expliqué qu'il avait envisagé quelques jours avant la visite du chef de l'Etat de "jeter un oeuf" ou "une tarte à la crème" dans sa direction mais qu'il en avait abandonné l'idée.

Il a expliqué son geste, mardi, par la "surprise" de voir le chef de l'Etat s'approcher de lui, alors que celui-ci venait à la rencontre d'un groupe de badauds à l'issue d'une visite au lycée hôtelier de Tain-l'Hermitage. Une "démarche élective" qui a "déplu" à l'accusé.

MACRON RELATIVISE UN ACTE "IMBÉCILE"

Ce dernier a crié "Montjoie, Saint-Denis! A bas la Macronie" au moment de son geste. "Montjoie, Saint-Denis!" était le cri de guerre des rois de France. Lors de l'audience, il a évoqué un "cri de ralliement des chevaliers", "un slogan patriote",

A l'occasion d'un entretien sur BFM TV avant le jugement de Valence, Emmanuel Macron a de nouveau relativisé jeudi un "acte imbécile", tout en soulignant qu'il ne fallait pas "banaliser" cette forme de violence et la "haine sur les réseaux sociaux".

Damien Tarel, dont le casier judiciaire était vierge, avait été placé en garde à vue mardi pour "violence volontaire sur personne dépositaire de l'autorité publique". Lors de son audition, il avait expliqué avoir "des convictions politiques traditionnelles de droite ou d'ultra droite".

Dans le village de Saint-Vallier (Drôme), où il réside, ses proches et voisins ont fait part à Reuters de leur incompréhension. Ils décrivent un homme, en couple et sans enfant, "très agréable", "pondéré", "sans problème" et "très investi" dans ses projets associatifs.

Un autre homme, Arthur C., avait été arrêté à ses côtés mardi. Résident de Saint-Vallier lui aussi, également âgé de 28 ans, ce célibataire sans enfant et intérimaire n'a pas participé à l'agression.

Une perquisition à son domicile a mis en évidence la présence d'armes et d'accessoires anciens, ainsi qu'un exemplaire de "Mein Kampf" - un cadeau de Damien Tarel, a précisé ce dernier à l'audience.

Il sera entendu par la justice à la fin du second semestre 2022 pour s'expliquer sur la détention illégale de ces armes, a indiqué le parquet.

(Hayat Gazzane et Sophie Louet, édité par Nicolas Delame et Myriam Rivet)

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