Servier entre dans une nouvelle ère

Malgré un chiffre d'affaires en baisse, qui s'établit à 4 Mrds €, le laboratoire français affiche son optimisme et détaille ses nouvelles orientations.

L'année 2014 a été marquée par le décès en avril de Jacques Servier, président et fondateur du laboratoire éponyme. Si le système de fondation mis en place a permis de sécuriser la succession, de nombreux changements sont intervenus dans la stratégie du groupe au cours du dernier exercice. « Une nouvelle page s'est ouverte », affirme Olivier Laureau, président du groupe Servier, à l'occasion de la présentation des résultats. Pour l'exercice 2013-2014 (clos au 30 septembre), le laboratoire Servier a enregistré une baisse de 4,8 % de son chiffre d'affaires qui s'est établi à 4 milliards d'euros. Une chute largement due à un effet négatif des taux de change, selon le groupe. Son résultat net a également été fortement impacté par les taux de change mais aussi par l'amende de 331 M€ infligée par la Commission européenne en juillet 2014 dans le cadre de l'entrave à la concurrence concernant la mise sur le marché des génériques du périndopril. Le résultat net est ainsi passé en un an de 325 M€ à 77 M€.

Parmi les changements, Olivier Laureau cite une évolution de la gouvernance, privilégiant « l'échange et la collégialité ». Mais c'est surtout autour des trois axes stratégiques définis par le nouveau président que les évolutions se font sentir. Le premier axe repose sur la R&D. Le dirigeant entend « essayer d'enrichir le portefeuille de produits à court terme, tout en continuant la recherche à long terme ». Au cours de l'année 2014, le groupe a multiplié les partenariats, lui permettant, via des licences, de muscler son pipeline de produits en développement. Aujourd'hui, il compte 25 candidats médicaments en développement clinique dont 17 nouvelles entités moléculaires. Parmi ces nouvelles molécules, une est en phase III d'essais cliniques : Lucitanib. Cet inhibiteur de kinase, pour les traitements de cancers notamment du sein et du poumon, est issu d'un accord de licence exclusive (à l'exception des États-Unis, du Japon et de la Chine) avec la société EOS en 2012. En matière de R&D, le groupe a investi 862 M€ en 2013-2014, soit 21,6 % de son chiffre d'affaires total et 28,2 % du chiffre d'affaires Médicaments Princeps (2,9 Mrds €). Ce chiffre d'affaires repose pour plus de la moitié sur des gammes de produits matures, tel que Daflon (12 % du CA). Un volume d'investissement que le nouveau président entend poursuivre. Il détaille l'objectif d'« investir encore plus en terme de valeur tout en restant entre 25 et 28 % du chiffre d'affaires. Il faut donc augmenter le chiffre d'affaires ».

Devenir un acteur de la sous-traitance chimique

Autre axe stratégique du groupe : « améliorer la performance du groupe », selon Olivier Laureau. Il précise vouloir « améliorer la rentabilité pour avoir des ressources nous permettant de croître dans de nouveaux pays et dans la R&D ». Le groupe va mener en 2015 la mise en place de nouvelles organisations de production. Le site de Gidy (Loiret), qui produit près de 40 % des médicaments Servier dans le monde, fera l'objet du projet Safran 2015 qui vise à « répondre à l'évolution du marché mondial ». Le dirigeant cite : l'impact de « la variation des tailles de lot », et la mise en place d'une plus grande « agilité dans les équipes » afin de réduire les temps de cycle. Un projet similaire sera également mené sur le site de production de matière active à Bolbec (Haute-Normandie). Et, témoignage de la nouvelle orientation du groupe, l'usine de chimie fine pharmaceutique commencera à s'ouvrir à la sous-traitance. Servier a « commencé à regarder » la possibilité de « produire des principes actifs pour d'autres laboratoires » dans « un souci permanent de maintenir et développer le site autour de nos savoir-faire », annonce Olivier Laureau. Il précise que cette sous-traitance se fera « sous réserve que cela s'inscrive dans nos savoir-faire ». Le site de Bolbec produit actuellement 90 % des principes actifs du groupe et est dédié au développement industriel chimique. Il compte 875 salariés et a affiché une production de plus de 1 900 tonnes en 2012-2013. Cette nouvelle activité de sous-traitance, Olivier Laureau n'exclut pas de l'étendre à la production pharmaceutique du site de Gidy.

Le troisième axe stratégique concerne l'activité Médicaments Génériques. Cette activité qui pèse pour 1,1 Mrd € du chiffre d'affaires a connu une stabilité de ses volumes en 2013-2014. Elle repose sur Biogaran (730 M€ de CA), Egis (420 M€ de CA) et Pharlab (16 M€ de CA). Le groupe entend développer les synergies entre ses deux principales filiales de génériques Biogaran, très centrées sur le marché français, et Egis, fortement implantée en Russie et dans les pays de l'ex-CEI. Le groupe revendique ainsi la 2e position sur le marché des génériques en France avec 26 % de parts de marché. Ce domaine des génériques verra le lancement de biosimilaires par ces deux filiales. Un biosimilaire, Remsima (infliximab), sera ainsi mis sur le marché en France en février par Biogaran.

Le groupe qui entre ainsi dans une nouvelle ère n'en a pas fini pour autant avec l'affaire du Mediator. Le groupe conteste ainsi de nouvelles études publiées dans Cardiologie cardinale, comme l'a révélé Libération. « Quand il y a de nouvelles données scientifiques, il faut qu'elles soient documentées », souligne Olivier Laureau qui veut « ouvrir le débat scientifique ». Sur le front des indemnisations, le groupe a déjà réglé environ 400 dossiers. Et attend en parallèle le calendrier pour la procédure pénale.

Malgré des résultats 2013-2014 en baisse et la poursuite de ce dossier, le groupe prévoit pour l'année 2014-2015 « une progression de 2,7 à 3 % de notre chiffre d'affaires, à taux de change constant ». Une réflexion sur la stratégie à 5-15 ans a aussi été engagée et devrait être publiée au second semestre.

La Russie, marché principal de Servier

Avec ses 295 millions d'euros de chiffre d'affaires pour l'activité Médicaments Princeps, la Russie se maintient à la 1re place parmi les marchés de Servier. Le pays devance la France (285 M€) et la Chine (224 M€). Avec les revenus générés par la filiale génériques Egis, la Russie représente un chiffre d'affaires de 400 M€.

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