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Sequans, la start-up qui séduit Wall-Street

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Enquête Depuis le 15 avril, le concepteur français de puces pour la 4G mobile est coté au New York Stock Exchange. Un succès programmé.

Sequans, la start-up qui séduit Wall-Street
Sequans est la première française introduite au NYSE depuis 2002. Georges Karam, son fondateur, est allé à New York pour faire sonner la cloche.
© D.R.

Georges Karam peut être fier. Sequans est la première entreprise française à faire sonner la cloche du New York Stock Exchange (NYSE) depuis 2002. La société, dont il est le PDG fondateur et qu'il a introduite à la Bourse américaine le 15 avril, n'a que sept ans. Elle a pourtant tout d'une grande. Elle tient la dragée haute aux Qualcomm, STMicroelectronics et autres Intel (division Infineon) avec ses puces à très haut débit (Wimax et LTE) pour mobiles. Elle vient de vendre son dix millionième composant et a signé des partenariats avec le chinois ZTE et le suédois Ericsson. Surtout, elle vient de lever 77 millions de dollars au NYSE.

Un joli début de parcours pour une pépite de silicium que la France découvre à peine... La force de Sequans est d'abord et avant tout technologique. L'entreprise s'est bâtie autour d'une équipe d'une vingtaine d'ingénieurs, dont les sept cofondateurs. Tous ont travaillé avec Georges Karam chez Alcatel dans les années 1990, puis l'ont suivi dans la start-up franco-américaine Pacific Broadband Communications, où Georges Karam assurait la direction de l'ingénierie. À la création de Sequans, c'est ensemble qu'ils ont pris, très vite, des décisions structurantes. Ils ont d'abord choisi de se concentrer sur les puces de télécommunications mobiles destinées à l'accès au réseau, plutôt que de fabriquer des systèmes complets, voire des téléphones. Puis, ils ont opté dès 2004 pour la 4G mobile, tout juste naissante (lire page 42).

 

La moitié de l'effectif en R & D

 

Le choix était risqué, mais justifié. « La différenciation technologique est votre chemin vers la victoire quand vous êtes petit », affirme Georges Karam, dont le débit de parole n'a rien à envier à celui de ses puces. Et à la parole, justement, il a joint les actes. Dès la première année, il se dote d'une R et D imposante, façon grand groupe : 160 personnes sur un effectif de 250, des installations dans six pays sur trois continents et un budget de 4 millions de dollars par trimestre, principalement pour payer les équipes. Les équipements techniques et les brevets, s'ils coûtent chers, sont vite amortis. Ainsi, 70 ingénieurs travaillent sur le développement et le test des puces et des plates-formes ; 70 autres sur le logiciel. « Depuis fin 2010, nous avons aussi une petite équipe de 20 personnes sur les solutions intégrées pour cibler le produit fini, directement prêtes à l'emploi embarquées dans une clé 4G pour un fabricant par exemple », ajoute Bertrand Debray, vice-président de l'ingénierie.

La force de la R&D de Sequans réside aussi dans sa cellule de veille technologique, digne d'un industriel aguerri. Un service indispensable dans un secteur des télécoms en mouvement perpétuel. Six experts de haut niveau prennent en permanence la température auprès des organismes de standardisation ou des opérateurs et des équipementiers. Bertrand Debray, qui dirige ce « CTO's office » - le bureau du directeur de la R et D - précise : « Ils ont une vision transversale de la technologie, de l'infrastructure, du réseau, du système global... Même si nos produits entrent dans un cycle de vie classique, le CTO's office affine la direction que nous voulons prendre. »

La majorité de cette équipe de R et D, soit une centaine de personnes, est installée au siège, à La Défense (Hauts-de-Seine). Sur les écrans, dans leurs bureaux, s'affichent des courbes de tests et des designs de puces. Dans certaines salles, des équipements réseaux empilés clignotent. Ils simulent les échanges entre réseau et puces. Mais une cinquantaine de salariés sont installés en Ukraine et en Angleterre. De plus petites équipes travaillent en Israël, en Chine, aux États-Unis et à Singapour.

S'assurer une forte présence à l'international a d'ailleurs été un autre des choix stratégiques de Georges Karam. Il a ouvert des bureaux en Asie et aux États-Unis dès 2004. Par la force des choses. Parmi ses clients, partenaires, fournisseurs... aucun n'est Français, à l'exception de Sagemcom. Aujourd'hui, la quasi-totalité de son chiffre d'affaires est réalisée à l'international avec les taïwanais Asus et HTC, les chinois Huawei et ZTE ou l'américain Cisco... Ce sont ses clients qui ont justement permis à Sequans des déploiements locaux rapides. Comme le raconte le PDG, il a été difficile de faire comprendre en Asie et aux États-Unis, pays du high-tech par excellence, que les Français aussi sauraient faire du silicium et qu'ils n'excellaient pas uniquement dans les parfums et les produits de luxe. « Nous sommes présents dans onze pays avec des employés de 37 nationalités, précise-t-il. C'est la nature des sociétés d'aujourd'hui. Vous êtes obligés d'être global même avec un effectif de 50 personnes. »

Aux États-Unis, Sequans s'attache surtout au support et au marketing local. Mais en Asie, l'entreprise a tenu à disposer d'une équipe pour superviser la fabrication de ses produits. Comme tous les designers de puces, elle se consacre en effet uniquement à la conception des systèmes et en soustraite la fabrication. En l'occurrence, ses puces sortent des usines du taïwanais TSMC, où elles sont habillées pour une intégration dans des systèmes complets et testées. « Nous allons nous étendre prochainement au nord de Singapour et en Chine, pour répartir les risques », précise Eddy Tang, vice-président des opérations industrielles. Le singapourien gère une équipe de six personnes qui s'occupe localement de la fabrication et de la logistique.

 

La vitrine de l'Expo de Shanghai

 

C'est sans doute cette combinaison de présence à l'international et d'expertise technologique qui a permis à Sequans de frapper son premier grand coup commercial en 2010. Il a équipé en puces LTE les clés USB de l'opérateur China Mobile lors de sa démonstration de 4G mobile à l'Exposition universelle de Shanghai. Un an plus tôt, alors que la technologie était encore balbutiante, le français avait répondu au cahier des charges du premier opérateur chinois. Un seul concurrent en face de lui : Innofidei, un chinois. Après un an de travail acharné, et sans aide financière de l'opérateur, c'est pourtant Sequans qui l'emporte. À l'accueil des bureaux de La Défense, dans une vitrine où sont exposés tous les modèles de puces du français, une lettre signée du patron de China Mobile trône désormais en bonne place. « Une lettre de remerciements », insiste fièrement Georges Karam. Le patron est bel et bien en passe de réaliser son rêve. Celui d'un ingénieur. « Je veux pouvoir me dire "j'avais une idée et je l'ai réalisée". Maintenant, quand je rentre dans un café, je peux dire à ma fille : "tu vois le téléphone qui est là-bas, il y a une puce Sequans dedans". »

LES CLÉS DU SUCCÈS

Une R & D de grand Parce que la technologie fait la différence, Sequans a une R et D de 160 personnes, répartie sur trois continents, avec un conseil de six experts. L'international tout de suite La start-up a ouvert dès sa création, en 2004, des bureaux en Asie et aux États-Unis. Un grand coup en Chine Pour démontrer son savoir-faire, la PME a décroché l'équipement en clés 4 G de l'Exposition universelle Shanghai 2010 pour l'opérateur China Mobile. Autant dire une vitrine mondiale. Des partenaires actionnaires Pour asseoir sa crédibilité, Sequans a fait entrer à son capital ses partenaires Alcatel-Lucent, Motorola et les opérateurs Reliance (Inde) et Swisscom (Suisse).

DES PUCES HYBRIDES POUR LA 4G

Sequans développe des puces pour la téléphonie mobile à très haut débit, dite de quatrième génération : la 4 G. La start-up maîtrise aussi bien le Wimax, seule technologie disponible pour la 4 G à sa création en 2004, que le Long term evolution (LTE), qui tient la corde auprès des opérateurs avec son débit d'échange de données 1 Gbps et sa compatibilité directe avec Internet protocol (IP). Cela lui permet de proposer des puces hybrides compatibles avec les deux technologies. Elle fait de même avec les deux versions actuelles du LTE (TD-LTE et FDD-LTE), et le LTE Advanced, à venir. Et, alors que la plupart de ses concurrents travaillent surtout le logiciel, Sequans peaufine aussi l'architecture pour donner à la puce les meilleures performances, tout en réduisant coût, taille et consommation énergétique.

« À New York, les investisseurs comprennent notre activité »

GEORGES KARAM, PDG et fondateur de Sequans.

Pourquoi entrer en Bourse maintenant ? Il nous faut du cash pour attaquer le marché de volume du mobile et gérer notre croissance. Nous devons acheter des technologies. Or, on ne peut plus lever d'argent auprès du capital-risque, car il ne reste pas assez longtemps. Et ceux présents au capital voulaient sortir. Le marché public est donc le seul moyen. De plus, une société cotée a plus facilement accès à l'argent. Ce qui est indispensable pour se développer, surtout pour une entreprise technologique. L'argent est le nerf de la guerre. On n'arrête pas d'investir. Pourquoi le New York Stock Exchange plutôt que la Bourse française ? La France aurait été la solution de facilité. Mais, il y a très peu de sociétés cotées en haute technologie, et encore moins dans le silicium. Du coup, les investisseurs comprennent moins bien. Aux États-Unis, quand j'ai fait mon road show de présentation de Sequans à quelque 200 interlocuteurs, 80 % d'entre eux comprenaient notre activité dans le détail. Ils pouvaient me mettre à l'épreuve sur chaque point. Et je pouvais leur démontrer ma valeur ajoutée par rapport aux sociétés qui sont sur le même créneau et leur dire "vous avez pris des actions chez eux, il vaut mieux en prendre chez nous" ! Mais j'ai aussi été très appuyé par les équipes françaises de NYSE Euronext. Par ailleurs, le NYSE avait plus envie de nous avoir que le Nasdaq. Étiez-vous ému de sonner la cloche ? Pas vraiment. Mais il y a sept ans, pour ma première réunion avec les fondateurs dans un café parisien du XIIe arrondissement, on buvait du café tout en inventant le monde. Et vous vous retrouvez sept ans après avec la même équipe à sonner la cloche... Avec le nom que vous avez inventé, Sequans, écrit en grand sur le balcon de New York. C'est quand même sympa... Ça veut dire que vous avez fait quelque chose. Ça a de la valeur pour l'équipe.

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