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Qui est Sepro, champion méconnu des robots, à l'inspiration internationale ?

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Numéro deux mondial des robots pour presses d’injection plastique, le vendéen Sepro doit son succès à sa culture collaborative, à sa maîtrise du logiciel et à son approche internationale.

Qui est Sepro, champion méconnu des robots ?
L’usine vendéenne de Sepro livre 70 à 75 robots par semaine équipant quatre ou cinq usines de plasturgie dans le monde. ©Jean Claude MOSCHETTI/REA

Un ballet de robots anime le vaste hall de contrôle de Sepro. Sous l’œil aiguisé des techniciens, des dizaines de machines exécutent des mouvements axiaux, vifs et précis. « Ici, nous testons chaque semaine 70 à 75 robots. Cela veut dire que nous équipons chaque semaine quatre à cinq usines dans le monde », résume Jean-Michel Renaudeau, le directeur général de cette entreprise de 620 salariés située à La Roche-sur-Yon (Vendée). Sepro, qui exporte 90 % de sa production, évolue sur une niche, celle des robots cartésiens automatisant les presses d’injection plastique. On retrouve ces machines en grand nombre dans l’industrie automobile, mais aussi chez tous les plasturgistes de l’électronique (tablettes, téléphones…), du mobilier urbain, de l’électroménager et d’autres biens de consommation. Quelque 30 000 robots Sepro les épaulent à travers le monde. Parmi ceux à l’essai en ce début du mois de février, le plus imposant est un colosse doté d’un pont roulant, capable de manipuler des presses de 3 000 à 4 000 tonnes pour fabriquer des pare-chocs, des planches de bord de voiture, des cuves de récupération de pluie…

Entreprise étendue

Le robot cartésien, comme son nom l’indique, bouge le long de trois axes correspondant aux trois dimensions spatiales, des mouvements adaptés à la forme parallélépipédique des presses. Il s’agit de robots 3 axes. Mais l’offre de Sepro intègre aussi des robots 5 et 6 axes permettant d’équiper ses propres modèles de poignées ou de bras polyarticulés assurant une certaine flexibilité sur les presses de grande taille, notamment pour le démoulage et le déchargement des pièces. Pour y parvenir, Sepro a misé sur un modèle collaboratif en choisissant de s’associer techniquement et en co-branding avec des maîtres du domaine : l’allemand Stäubli et le japonais Yaskawa pour les presses de grosse capacité. C’est là un point majeur de sa stratégie. « Ce côté collaboratif est la voie de la raison. Il permet d’être efficace sur son cœur de métier et d’aller plus vite, explique Jean-Michel Renaudeau. Si l’on veut une forte croissance, on ne peut pas réinventer ce que les autres font excellemment. » Dans le même esprit, Sepro n’hésite pas à vendre ses machines sous la marque des fabricants de presses tels Sumitomo Demag, qui fut l’un de ses premiers partenaires, Woojin et le français Billion. « C’est la méthode du cheval de Troie », s’amuse le dirigeant. En Allemagne, 40 % des robots Sepro sont commercialisés par ce canal. « Le fait de varier les vecteurs de vente nous a permis d’atteindre le premier rang dans ce pays. Ce que nous n’aurions pas forcément pu réaliser sous notre propre marque », assure Jean-Michel Renaudeau.

Chez Sepro, l’entreprise étendue est devenue une réalité. Sponsor d’une chaire managériale à l’école de management Audencia à Nantes (Loire-Atlantique) et membre du pôle de compétitivité EMC2 et de l’Institut de recherche technologique Jules Verne, Sepro est aussi très lié à l’université américaine Carnegie Mellon, où David Bourne, l’une des figures de proue de la recherche robotique mondiale, est partie prenante des projets de l’entreprise vendéenne, notamment dans l’interface homme-machine et l’ergonomie. « Il faut développer cette culture d’entreprise apprenante et garder à l’esprit l’ampleur de ce que l’on ne sait pas encore », estime Jean-Michel Renaudeau, linguiste et interprète de formation et par ailleurs président de Proxinnov, la plate-forme régionale d’innovation de la filière robotique des Pays de la Loire. La formation est à l’honneur dans l’entreprise, qui accueille déjà 1 000 stagiaires par an : ses propres salariés, des clients, mais aussi des partenaires venant s’entraîner aux produits de la gamme. L’été prochain, à La Roche-sur-Yon, un bâtiment de 850 mètres carrés représentant un investissement de 1,6 million d’euros porté par les collectivités locales hébergera un « centre de formation mondial ».

Sa culture partenariale n’empêche pas Sepro de conserver la mainmise sur l’interface homme-machine avec l’obsession de proposer un contrôle commande unifié et simplifié pour ses robots hybrides, mais aussi une interopérabilité entre les commandes des robots et celles des presses. « Nous sommes un gros intégrateur avec, en plus, la caractéristique d’intégrer le soft », résume le dirigeant, soulignant la nécessité d’une interface « affichant les codes du grand public, ceux d’une tablette du marché, et non le caractère ésotérique du monde des robots ». À la clé, une interface tendant vers l’universalité, donc plus facilement adoptée à l’international. « Le propre des usines, c’est de produire du résultat. Plus leurs fournisseurs peuvent leur simplifier la vie, mieux c’est ! »

Le vaste plateau de la partie étude, à l’entrée de l’usine, voit évoluer des spécialistes de la mécanique, de la mécatronique et du logiciel, qui planchent sur Visual 4.0, la nouvelle version du contrôle commande, un investissement de 5 millions d’euros à lui seul. C’est là aussi que se conçoivent les nouvelles applications sur lesquelles mise Sepro pour développer des services. Opticycle, élaboré avec Faurecia, optimise les cycles sur la presse d’injection, Life Support permettra de dépanner « plus vite et plus loin » les robots en opération, via notamment un QR code et une interface Facetime.

Montée en puissance continue depuis 2010

Cette combinaison d’une culture collaborative, de la maîtrise du logiciel et du développement des services dope la croissance de Sepro, dont les volumes de ventes ont quintuplé depuis 2009. En 2017, l’entreprise a commercialisé près de 3 000 robots, portant son chiffre d’affaires à 126 millions d’euros (+ 21 %). Et l’année 2018 suit la même trajectoire. Jean-Michel Renaudeau garde cependant en mémoire l’effondrement de l’investissement industriel qui avait brutalement, en 2009, réduit de moitié l’activité de l’entreprise et entraîné la suppression de 130 emplois. « Nous conservons l’esprit de frugalité pour limiter les coûts fixes au cas où la conjoncture se retournerait », précise le dirigeant. Depuis la crise, l’entreprise a largement revu ses process, réduisant le temps de traversée de l’usine, reconcevant ses robots pour en réduire les heures de montage et divisant par deux le nombre de pièces, facteur essentiel d’accroissement des marges.

Sepro veut poursuivre son essor. Avec l’ambition de rattraper d’ici trois à cinq ans le leader du marché, le japonais Yushin. En 2017, 97 recrutements ont renforcé l’effectif du groupe, où se côtoient 24 nationalités réparties dans 11 filiales. L’entreprise vient d’engager un programme d’investissement de 11 millions d’euros, l’essentiel étant consacré à l’extension de l’usine de La Roche-sur-Yon, qui passera de 13 000 mètres carrés à plus de 20 000 à l’été prochain. Jean-Michel Renaudeau promet une usine « plus proche de l’usine Tesla que du côté mécanique traditionnel ». Dans les ateliers actuels, les sols ont été traités à la résine blanche pour afficher cet « esprit white plant » et ce côté « software ».

Outre un accroissement de la capacité de production de 3 000 à 5 000 robots par an, l’extension du site permettra surtout de faire monter en puissance la fabrication de cellules robotiques complètes. Un hall dédié soulagera l’atelier actuel, saturé, où sont produits ces ensembles clés en main intégrant d’autres fonctions que le seul robot isolé (carrossage, tapis roulant, mise en palette…) afin de s’adapter au plus près au métier du client. « Nos clients achèteront d’autant plus de robots si nous offrons des solutions autour », résume ­Jean-Michel Renaudeau. Pour l’heure, cette activité à plus haute valeur ajoutée, aussi présente aux États-Unis, en Allemagne et en Chine, représente 15 % du chiffre d’affaires total.

À la conquête des États-Unis et de l’Asie

L’international sera un autre moteur de l’expansion de Sepro. L’enveloppe d’investissement inclut la création d’un site d’assemblage de gros robots près de Pittsburgh, aux États-Unis. Cette nouvelle unité permettra l’assemblage des robots dédiés aux presses d’injection de plus de 800 tonnes des États-Unis, du Canada et du Mexique, zone représentant un tiers de son activité. L’enjeu est de mieux servir ce marché tout en affichant le « made in USA » tant poussé par Donald Trump, même si les éléments constituant les robots proviendront de La Roche-sur-Yon. Jean-Michel Renaudeau ne s’en contentera pas : « Demain, il faudra aussi aller en Iran, en Inde, en Corée du Sud. » Le ballet des robots Sepro n’a pas fini d’en mettre plein la vue !

Un équipementier en croissance

+ 21 % de ventes en 2017

126 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2017

620 salariés

3 000 robots produits par an

30 000 robots installés

11 millions d’euros d’investissements programmés

source : sepro

3 QUESTIONS A : Jean-Michel Renaudeau, directeur général de Sepro

« L’industrie 4.0, c’est la mutualisation »

Quelle est votre conception de l’industrie 4.0 ?

L’industrie 4.0 a pour but de connecter l’industrie traditionnelle et des technologies comme la digitalisation pour faire un meilleur produit à un meilleur coût. Elle ne s’éloigne pas fondamentalement de l’industrie existante. Le moyen d’y arriver n’est pas de multiplier les robots, mais surtout de les mettre en relation. Là, le soft est essentiel.

Quelle en est la traduction au sein de Sepro ?

Nous partageons sur plusieurs technologies robotiques un seul contrôle commande avec une seule interface homme-machine ou un seul logiciel. Cela permet des gains d’efficacité pour le personnel, de formation, et la certitude d’être internationalisable, avec un seul service après-vente mondial. Tout cela relève de la mutualisation. C’est cela, l’industrie 4.0.

Quelle est la chance de la France de développer une industrie 4.0 ?

La performance n’a pas de frontières ni de nationalité. Il n’y a aucune fatalité, ni en France ni ailleurs. Pour durer, par rapport à la Chine ou à l’Inde, attirer des talents et continuer de jouer son rôle en Occident, l’industrie doit renouveler sa pensée et ses pratiques. L’industrie 4.0 est une chance de rebattre les cartes et de redémarrer quelque chose.

 

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