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Selon le PDG du sucrier marocain Cosumar : "l’arrivée de Wilmar va soutenir notre développement en Afrique "

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Exclusif : Mohammed Fikrat, PDG de Cosumar, l’unique sucrier marocain jusque là détenu par la famille royale du Maroc via la SNI présente pour "L’Usine Nouvelle" les détails et perspectives du rapprochement de ce groupe avec le géant singapourien de l’agrobusiness Wilmar.

Selon le PDG du sucrier marocain Cosumar : l’arrivée de Wilmar va soutenir notre développement en Afrique
Mohammed Fikrat, PDG de Cosumar
© cosumar.co.ma

Pour Cosumar rien ne sera plus comme avant. Son actionnaire majoritaire, la SNI, holding de la famille royale du Maroc, a annoncé, le 15 avril, la cession de 27,5% du sucrier au groupe Wilmar, une opération dont la banque d’affaires coté marocain était Attijariwafa bank, autre groupe lié à la SNI.

Présent dans la production ou le trading d’huile de palme ou de sucre, Wilmar un poids lourd mondial de l’agro-business est détenu par la puissante famille sino-malaisienne Kuok. Il s’enracine ainsi en Afrique du Nord. Quels changements en attendre pour Cosumar et le monde agricole marocain ? Réponse avec l’interview accordée par Mohammed Fikrat, PDG Cosumar à L’Usine Nouvelle.

L'Usine nouvelle : La SNI votre principal actionnaire vient d'annoncer la cession de plus d'un quart du capital de Cosumar que vous dirigez, au groupe de Singapour Wilmar qui va devenir votre partenaire industriel. Dans quelle logique s'inscrit cette opération ?

Mohammed Fikrat : Le cadre fixé depuis depuis mars 2010 est celui de la réorientation stratégique de notre actionnaire SNI visant le changement de sa vocation qui devient celle d’un fonds d’investissement. Sa décision de céder ses filiales ayant atteint un bon degré de maturité comme Cosumar, Centrale laitière (vendue à Danone NDLR) ou Lesieur Cristal (cédé à Sofiproteol NDLR) en découle.

Concernant Cosumar, de quand datent les discussions avec Wilmar ?

MF : Le processus de vente à Wilmar a débuté il y a plusieurs mois. Cela a pris du temps. Au-delà des sujets financiers, les experts de Wilmar ont audité nos outils industriels et notre mode de fonctionnement. Le sucre est un secteur complexe et très régulé au Maroc, comme dans tous les pays du monde, pour des questions de souveraineté alimentaire et d’impact sur le secteur agricole. Au Maroc, Cosumar travaille avec 80 000 agriculteurs exploitants souvent des surfaces de petite taille. C'est un enjeu considérable.

Et en matière de stratégie ?

MF : L’idée est  de construire une alliance qui soit convergente avec la stratégie de nos deux entités. Par exemple, Wilmar se développe en Afrique et Cosumar se déploie aussi dans la région. Notre groupe possède également une très importante capacité de raffinage, 1,6 million de tonnes, la troisième au monde utilisée seulement à moitié. On peut imaginer que Wilmar s'appuie sur cet outil industriel à l'avenir. 

Comment va évoluer le capital de Cosumar ?

MF : Comme indiqué par la SNI, celle-ci va céder 27,5% du capital à Wilmar et ensuite 26,5% à des institutionnels marocains. Les deux parties réunies vont constituer un bloc qui pèsera 54%, leur permettant d’exercer un contrôle conjoint. Avec le solde de la participation de SNI qui sera ensuite remis en bourse, plus de 70% du capital restera détenu par des actionnaires marocains. Wilmar pour sa part aura le tiers des sièges au conseil d’administration. Notre groupe continuera de fonctionner comme toute S.A.

L'opération se fait par cession de titres, est-il envisagé une augmentation de capital pour que Wilmar se renforce encore ou pour financer vos projets de développement ?

MF : Rien de ce genre n'est prévu dans l’immédiat. Il se peut qu’une augmentation de capital soit envisagée un jour. Ce sera le choix des futurs actionnaires. Concernant notre structure de bilan nous avons aujourd'hui des marges financières pour soutenir nos projets. Et avons aussi la possibilité de nous endetter. Je rappelle que nous venons de mener un très lourd programme de modernisation de nos outils industriels, soit près de 5,5 milliards de dirhams d'investissement (500 millions d’euros) en sept ans.

Mohammed Fikrat, un patron ingénieur

PDG de Cosumar, Mohammed Fikrat est diplômé de l'Ecole Centrale de Paris et titulaire d'un DEA en sciences des matériaux. Il a débuté sa carrière dans le groupe de phosphate OCP en 1981 occupant plusieurs fonctions de direction. Après avoir été directeur de la stratégie de Cosumar, il devient patron du sucrier depuis 2004. Il est par ailleurs membre du Conseil économique et social du Maroc et préside la Commission "investissements, compétitivité et émergence industrielle" de la CGEM, le patronat marocain. Il a en outre assuré la présidence de l’Organisation internationale du sucre en 2010.

 

Restez-vous à la tête de l’entreprise ?

MF : Cela dépend du conseil d’administration bien sûr, mais oui je reste. Je n’ai pas d’inquiétude à ce sujet.

Cette arrivée d'un nouvel actionnaire va-t-elle changer quelque chose pour le secteur agricole marocain ?

MF : Dans le principe, il n'y a aucun changement. Notre cadre réglementaire sucrier prévoit des prix élevés pour les producteurs et modérés pour les consommateurs, la différence étant prise en charge par le système étatique de la Caisse de compensation. Ce système est absolument neutre pour notre groupe qui se fournit, par ailleurs, pour la moitié de ses besoins sur le marché mondial où les prix sont assez bas.

Wilmar possède une forte expertise à la fois en trading, aux plans industriel et agricole notamment sur la canne à sucre. Cela ne peut donc être que profitable pour Cosumar et toute la filière marocaine. Mais notre groupe continuera à travailler comme auparavant avec tous ses partenaires notamment les agriculteurs. Car nous avons une forte responsabilité socio-économique. Nous faisons, en quelque sorte, du "commerce équitable" au plan intérieur avec le monde agricole marocain. Notre objectif est de poursuivre dans cette voie en appuyant le plan étatique "Maroc Vert" pour son volet sucrier.

Vous étiez déjà en relation avec le groupe Wilmar ?

MF : Oui, nous le connaissons assez bien. C’est un gros opérateur mondial de l’agro-business avec 45 milliards de dollars de chiffre d’affaires notamment dans l’huile de palme mais aussi un fort développement dans le négoce et l’industrie sucrière. En Australie, Wilmar a acquis un groupe qui produit 2 millions de tonnes de sucre. Il possède aussi des raffineries en Asie, Indonésie notamment à quoi s’ajoutent ses activités de trading et de frêt sucrier. C’est donc un opérateur très intégré qui a de nombreux partenaires au plan international.

Wilmar va-t-il soutenir votre développement en Afrique ?

MF : Oui nous allons continuer nos projets car cela coïncide avec ses propres ambitions sur le continent. Wilmar est déjà présent dans l’huile de palme au Ghana ou Nigeria ou détient des parts dans la holding agro-alimentaire Sifca en Côte d’Ivoire.

Quid notamment de votre important projet sucrier intégré de plusieurs milliers d'hectares au Soudan ?

MF : Wilmar a analysé ce projet qui, je pense, lui semble prometteur. Il sera discuté à l’intérieur des nouvelles instances de gouvernance de Cosumar après la recomposition du conseil d'administration.

En résumé, cette opération, c’est une bonne affaire pour le Maroc ?

MF : Oui car cela confirme notamment à travers un opérateur comme Cosumar la validité du concept de hub ou de plate-forme pour se développer à partir du Maroc sur d’autres marchés en Afrique et sur toute la zone MENA.

C’est aussi de la part d'un puissant groupe asiatique, une marque de confiance dans notre économie dans une période pas forcément facile. Un investissement aussi important venant de Singapour, c’est une première pour notre pays ! Cela diversifie le champs de nos investisseurs, c’est très bien. Tout le monde profitera de ce deal, et d’abord le Maroc et notre monde agricole.

Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud


 

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