Sécurité : "une montée en température plus forte qu’après le 11 septembre", relate le président de Securitas

Myrtille Delamarche ,

Publié le

Les attentats survenus à Paris et Saint-Denis le 13 novembre ont fait exploser la demande de sécurisation des entreprises. Pour Michel Mathieu, président de Securitas France, l’essentiel est de prendre conscience que cette situation est durable et que l’on a besoin de renforcer notre vigilance, individuelle comme collective.


Michel Mathieu, président de Securitas France. © Securitas

L’Usine Nouvelle : La demande de renforts en agents de sécurité explose. Est-il possible pour une entreprise d’espérer se voir attribuer des agents dans les jours qui viennent ?

Michel Mathieu: Nous sommes tous en capacité maximale de production depuis lundi, et nous n’avons plus un seul personnel de libre. En outre, nous avons gelé tous les recrutements pour nous prémunir du risque d’infiltration de nos sociétés.

Quels sont les secteurs les plus demandeurs de renfort de leurs dispositifs ?

La distribution est très consommatrice de ressources. Ensuite viennent les sites industriels, de process, où des solutions de surveillance sont déjà en place, mais souvent dédiées à lutter contre la petite malveillance. Il faut donc les adapter.  Puis le tertiaire (bureaux, sièges sociaux) où les besoins sont plus classiques. La demande est forte pour renforcer la surveillance (contrôle des sacs et des manteaux), surtout à Paris qui représente 80% de la demande.

 Quel recours a alors un chef d’entreprise qui souhaiterait sécuriser ses sites ?

Le premier réflexe à avoir, c’est de vérifier que ce qui est déjà en place est opérationnel, assurer la maintenance, etc. Je connais des sites, que bien sûr je ne citerai pas, où les équipements de surveillance sont en panne, les lampes grillées et les grillages troués. Les mesures de bon sens ne sont pas toujours prises : fermer les portes, limiter l’accès au parking aux personnels autorisés par exemple.

La deuxième chose à faire, c’est de renforcer les solutions déjà en place, par toutes sortes de moyens. Certes, ces moyens sont la plupart du temps humains. Les agents sont utiles pour filtrer les personnels. En période de crise - plan vigipirate, attentats - on ferme le sas et l’agent effectue un contrôle visuel du badge et des sacs.

Dans un second temps, il y a des réponses techniques, mais elles ne se conçoivent pas dans l’urgence. Ce peut être l’installation d’un contrôle d’accès plus robuste, des systèmes de télésurveillance... Tout cela prend un peu de temps.

Et pour les sites particulièrement sensibles ?

Il y a trois familles de sites industriels : ceux classés Seveso, ceux classés OIV (opérateurs d’importance vitale) et les autres. Concernant les sites Seveso, un énorme travail a été effectué après les accidents de Saint-Quentin-Fallavier et LyondellBasell, et les procédures ont été revues sous le contrôle  de l’Etat et des préfets. Nous sommes partout au niveau maximum de ce que pouvons faire pour eux. D’ailleurs ils nous ont demandé très peu renforts. Aller plus loin, ce serait déployer des moyens de guerre mais nous n’en sommes pas là.

Les OIV (grands bâtiments de presse, sociétés de gestion de l’eau, transports, établissements de santé) ont eux aussi des process rôdés de montée en puissance des solutions. Ils sont actuellement très demandeurs, mais dans le cadre d’un processus établi.

Vous attendez-vous à une pérennisation des besoins, ou à ce que la demande retombe rapidement ?

La montée en température est très importante. La plus importante que j’aie jamais connue, au-delà de celle du 11 septembre 2001, des attentats de Madrid et de Londres ou de Charlie. En janvier, les demandes émanaient surtout de la distribution et de la presse. Là, elles arrivent de partout.

Par expérience, je peux affirmer que cela va retomber, mais un peu plus tard et un peu moins rapidement. Sans doute verrons-nous à partir de janvier une baisse sur 2 à 3 mois, mais nous ne reviendrons pas à la situation précédente. Nous avons passé un niveau.

Vous considérez qu’il y a une prise de conscience chez les dirigeants d’entreprise ?

Oui, enfin ! J’ai beaucoup expliqué et répété – avant – qu’il y avait de la naïveté dans l’appréhension du risque chez nos clients. C’est une vraie prise de conscience, et beaucoup d’entreprises vont renforcer la sécurité de leurs sites. La France est tout de même l’un des seuls pays où on entre dans les entreprises librement. Nous avions pris du retard et beaucoup de contrôles seront renforcés à long terme. Et ça, c’est si rien d’autre n’arrive ! Evidement s’il se passe autre chose…

Et chez les citoyens, les salariés ?

Nous avons là aussi un rôle de sensibilisation. L’agent de surveillance est là pour minimiser le risque, rassurer les gens et prendre les mesures principales. Quel que soit son courage, il n’est pas là pour se battre contre des terroristes. Par contre, tous nos collaborateurs diffusent sur leurs sites des consignes de base. Celles du FBI, enseignées dans les écoles et les universités, tiennent en trois mots : "Run, hide and fight", soit "courir, (à défaut) se cacher, et (en dernier recours) se battre". Pour sensibiliser tout un chacun aux consignes de base, 1 à 2 heures suffisent.

Avec quel type de consignes ?

Des choses simples. Lorsque vous organisez une grande réunion, n’en communiquez pas le lieu ni la date sur les réseaux sociaux. Limitez la taille des groupes en déplacement. Au restaurant, choisissez l’intérieur plutôt que l’extérieur…

Propos recueillis par Myrtille Delamarche

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