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L'Usine Agro

Sécuriser ses sources d'ingrédients bio

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Publié le

La production agricole biologique française est à la traîne, malgré un marché en plein essor. Pour assurer leurs approvisionnements, les entreprises ont recours à plusieurs méthodes.

Agroalimentaire, cosmétiques, textile... Il est impossible de passer à côté de produits biologiques de ces trois secteurs clés de la grande consommation ! Le marché du bio, en France, a connu ces dernières années une croissance record : 2,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires pour l'agroalimentaire en 2008, contre 1,6 milliard trois ans plus tôt, selon l'Agence Bio, l'association interprofessionnelle de promotion de l'agriculture biologique. Le nombre d'entreprises de transformation et de distribution certifiées bio a suivi la même progression. Elles étaient 7 398 en 2008, contre 6 402 en 2007.

La tendance devrait se poursuivre. Un sondage réalisé pour l'Agence Bio prévoit que 82 % des Français vont maintenir ou augmenter leur consommation en 2009. Paradoxalement, la production agricole biologique est encore à la traîne dans l'Hexagone. Avec environ 560 000 hectares, les aires certifiées ne représentent que 2 % de la surface agricole utile ! Beaucoup d'industriels et de distributeurs sont ainsi contraints de se fournir à l'étranger. Mieux vaut anticiper et diversifier ses approvisionnements pour ne pas être pris au dépourvu. Trois méthodes sont plébiscitées par les industriels pour « sourcer » leurs précieux ingrédients.

1-LA CONTRACTUALISATION DES AGRICULTEURS

 

Dans le bio, les industriels fuient le négoce mondial des céréales. « Il est trop décalé par rapport à nos besoins spécifiques de matières premières, souvent rares et en faible quantité », estiment des opérateurs. Beaucoup préfèrent s'approvisionner auprès de petits producteurs en établissant des contrats, suivant des critères de tonnage, de surface ou de prix.

« Le bio souffre d'une insuffisance de production par rapport à la demande. Nous établissons des contrats pour être certain d'être fourni au maximum de ce que peut faire l'agriculteur », explique Olivier Markarian, le directeur général du transformateur céréalier, Markal. Cette PME familiale de 50 salariés, installée à Saint-Marcel-lès-Valence dans la Drôme, réalise 90 % de ses approvisionnements sous cette forme. « Les contrats sont établis au cas par cas, en tenant compte des réalités du terrain et de la rotation des cultures. Nous nous engageons sur des surfaces à 3-5 ans et non sur un rendement. Le prix est défini à la collecte, les risques et les bénéfices étant partagés des deux côtés », se félicite le PDG de Markal, société qui a réalisé 28 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2008.

Même stratégie chez le fabricant et distributeur de produits agroalimentaires et cosmétiques biologiques, Léa Nature, où 100 % des approvisionnements sont contractualisés. Le groupe de La Rochelle, qui a réalisé 115 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2008 et emploie 560 salariés, dispose d'une équipe dédiée au sourcing bio, en plus de sa division achats. Six personnes sont chargées de choisir les matières premières. « Nous démarchons beaucoup lors des salons professionnels », explique Aurore Issouf, la responsable du sourcing matières premières de Léa Nature. «Max Havelaar propose par ailleurs une liste de producteurs dans le monde entier. Nous nous assurons qu'ils font bien du bio sur la matière qui nous intéresse. Nous préconisons ensuite certains ingrédients à notre service R et D, qui réalise une série de tests. Si les résultats sont concluants, le service achats prend le relais et établit des contrats selon des prix et des volumes révisés chaque année », poursuit-elle.

2-LA SOUS-TRAITANCE DES APPROVISIONNEMENTS

 

Autre possibilité pour un industriel : trouver des partenaires pour sous-traiter ses approvisionnements. Une quasi nécessité quand on cherche des matières premières produites uniquement à l'étranger. « Nous avons joint l'association suisse Helvetas, qui met en contact différents opérateurs autour de projets de développement dans les pays du Sud », raconte Christophe Lambert, le PDG de la société de textile TDV Industries implantée à Laval (Mayenne).

Après s'être lancé sur les tissus en coton équitable en 2002, avec des agriculteurs du Bénin et du Mali sous l'égide de Max Havelaar, le fabricant, de 170 salariés, propose aujourd'hui un coton bio équitable, selon le cahier des charges international Global Organic Textile Standard (Gots). « Nous achetons la matière au négociant suisse Reinhart, qui l'acquiert auprès de producteurs africains », souligne le PDG de la PME, qui a réalisé 30 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2008, pour 10 millions de mètres de tissu fabriqués.

Parallèlement à la filière helvetico-africaine, le conseil régional de Bretagne a mis en place, en septembre 2008, un programme similaire de codéveloppement sur trois ans, conclu avec l'Union économique monétaire ouest-africaine (UEMOA). Un excellent moyen de faciliter les achats des cinq entreprises textiles de l'Ouest associées au projet : Armor Lux, Ekyog, Dolmen, Fileuse d'Arvor et TDV. « Après 11 000 mètres de tissu en 2008, nous devrions faire au total 150 000 mètres en bio seul et bio équitable cette année », précise Christophe Lambert. Malgré un surcoût à l'achat de 25 % par rapport au coton conventionnel, le loueur de vêtements Elis et le ministère de l'Intérieur, sont parmi les premiers clients du coton bio équitable de TDV.

3-L'EXPLOITATION DE SES PROPRES CHAMPS

 

Dernière option : exploiter ses propres champs, pour des besoins spécifiques ou des plantes rares et fragiles. Une stratégie adoptée le plus souvent par les fabricants de cosmétiques. Véritables pionniers du genre, les laboratoires suisses Weleda ont commencé à exploiter, dès 1924, des terres en biodynamie pour leurs propres besoins (lire ci-contre). Aujourd'hui, une trentaine d'hectares appartiennent au groupe suisse (240 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2008), dont vingt en Allemagne et un et demi en France, tout près de l'usine de production de Huningue (Bas-Rhin).

Même approche chez Yves Rocher, qui possède 44 hectares certifiés bio autour de son fief de La Gacilly (Morbihan). Le groupe, qui a réalisé 2 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2008, cultive dans son « jardin botanique » de la camomille, de l'arnica, de la capucine, du calendula et du bleuet, soit un tiers de ses besoins totaux.

Une stratégie qui séduit des acteurs plus petits. Le lotois Jérodia va planter à Caillac (Lot), d'ici un an, 7 000 m2 de culture d'orangers amers sous serre pour récolter des feuilles fraîches. Le groupe, qui a réalisé 24 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2008, avec ses marques Phyt's et Gamarde notamment, prévoit de se lancer dans l'agroforesterie bio, avec 70 hectares de terres qu'il vient d'acheter. Objectif : alterner des cultures de noix ou de noisettes, avec du colza ou du tournesol. « Nous n'allons pas réaliser d'économies, mais cela va nous permettre de sécuriser la qualité de nos ingrédients et de stabiliser nos coûts d'approvisionnement », explique Thierry Logre, le PDG, qui se fait fort d'oeuvrer pour le « maintien de la biodiversité dans sa région ». Une stratégie à privilégier sur le long terme qui s'avère être un excellent outil marketing pour les entreprises.

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