[Secrets de fabrication] La boule Obut, toujours à carreau

L'Usine Nouvelle vous révèle les secrets de fabrication de produits emblématiques du made in France. Spécialités régionales, symboles d'un territoire, savoir-faire typiques, sagas familiales... nous vous livrons tous les détails qui ont mené à leur succès. A dévorer au travail ou entre deux baignades ! Aujourd'hui, la boule Obut. Comme une boule de pétanque, tout tourne rond à Saint-Bonnet-le-Château (Loire). Ce village d’un peu plus de 1 500 habitants du Haut-Forez, à quarante kilomètres de Saint-Etienne, est devenu la capitale mondiale de la pétanque.

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[Secrets de fabrication] La boule Obut, toujours à carreau
Trois millions de boules sont produites chaque année dans l'usine Obut de Saint-Bonnet-le-Château.

Dans le bourg rural de Saint-Bonnet-le-Château (Loire), de tradition mécanicienne, on aime le travail bien fait. L’invention de la boule moderne remonte dans les années 20. On la doit à Jean Blanc, fondateur de la marque JB, concurrente d’Obut. Celle-ci nait en 1955. A l’origine, un fabricant de serrures, Frédéric Bayet, qui s’associe à un ingénieur mécanicien, Antoine Dupuy. Trois ans plus tard, ils se rapprochent de la famille Souvignet, fabricant de chaises pliantes puis de mobilier pour collectivités.

L’attelage de cet entrepreneur et de ce technicien va faire merveille. Avec eux, la boule de pétanque va acquérir ses quartiers de noblesse. Du cisaillage des lopins d’acier en forme de disque puis de coquille, au polissage des boules, sept opérations sont nécessaires pour fabriquer une boule marquée, poinçonnée. Les premières boules étaient juste zinguées, sans grâce, ni brillant. Obut les a chromées avant de les jeter plus tard dans un bain d’inox. La boule acquiert son caractère forgé à 1 100 degrés et bien trempé, dans un bain d’eau, puis d’huile.

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Trois millions de boules par an

Tout est question ensuite d’équilibre et de calibre, d’usage : tu tires ou tu pointes ? Le carbone trempé donne à la boule sa tendreté, le carbone chromé sa dureté. Toute lisse, elle a les faveurs du tireur. Sculptée, striée, elle convient davantage au pointeur. En compétition, en inox ou en carbone, elle doit peser entre 650 et 800 g, pour un diamètre compris entre 70,5 et 80 mm. En buis laqué, le cochonnet est plus mince. Sa rondeur est circonscrite à 30 mm.

Obut produit quelque 3 millions de boules par an. Au fil des années, le fabricant, toujours dirigé par la famille Souvignet, a fait place nette. Il a racheté ses principaux concurrents locaux, JB et la Boule Noire. En 1985, l’arrivée du fils d’Antoine Dupuy, André, spécialiste des aciers spéciaux, permet d’améliorer les process de production et d’accroitre la qualité des produits.

Obut n’a cessé d’élargir son cercle d’aficionados. Pour s’imposer en Thaïlande, Obut a bénéficié, il y a une trentaine d’années, de la complicité de la reine mère qui après avoir découvert la pétanque en France l’a imposée à l’armée. Des ambassadeurs de la marque française ont été envoyés en mission dans les villages pour évangéliser les Thaïlandais à ce jeu d’adresse et de précision.

Le Carré Pétanque pointe les entreprises

Mais la marque reste encore très majoritairement française. Seulement 15 % de ses ventes sont réalisées à l’export. Pour conquérir un nouveau public, plus jeune, Obut ne ménage pas ses efforts. L’entreprise a ouvert un Carré Pétanque dans son fief. Un lieu combinant bar, restaurant, piste de pétanque, à côté d’un musée. Un lieu ouvert à des séminaires d’entreprises pour cultiver le team building à longueur de carreaux. Obut joue aussi sur la personnalisation des paires et des triplettes, avec le gravage d’un nom ou l’évocation d’un événement. Des boules sur mesure adaptées à la taille de la main, à la force de son propriétaire ou au type de terrain.

Plus bling-bling ou plus classe, le fabricant a édité des boules de pétanque et un cochonnet sertis d’or et de diamant (12 carats) avec le joaillier montbrisonnais Tournaire. 10 000 euros la triplette ! De quoi séduire le prince Albert de Monaco, "un très bon joueur de pétanque", ou quelques happy few. Des bijoux qui n’ont pas amadoué pour autant l’Autorité de la concurrence qui a infligé une amende de 32 000 euros à Obut pour "abus de position dominante". L’entreprise a été pointée pour avoir imposé à des milliers de distributeurs d’appliquer ses prix catalogue entre mai 2009 et mi-2016. Obut menaçait les récalcitrants de "représailles commerciales" : retard de livraison, blocage de commande, déférencements. De quoi annihiler toute concurrence. Autre compétiteur en conflit avec ce champion sans partage, Decathlon a vu la commercialisation de ses propres boules de compétition retardée par un litige de propriété intellectuelle avec… Obut, avant la conclusion d'un accord.

Vincent Charbonnier

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