"Se dire le ministre des producteurs, c’est faire le jeu des industries du passé"

Alain Madelin, ancien ministre de l’Industrie, puis de l’Economie et actuel associé gérant du fond d’investissement Latour Capital nous livre ses réflexions sur les premiers pas du ministre du redressement productif et sa propre vision pour renouer avec la croissance.

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L'Usine Nouvelle - Vous étiez ministre du développement économique aujourd’hui nous avons un ministre du redressement productif, que pensez-vous de son approche ?
Alain Madelin - Il va falloir trouver autre chose que de partir à la rescousse des salariés d’une société de camping de Saône et Loire ou de vouloir relocaliser les centres d’appels de France Telecom. La crise c’est la mutation entre le vieux et le neuf et la montée d’une mondialisation qui fait entrer dans le jeu de nouveaux intervenants. Pour faire de la croissance, il faut accepter Ricardo et Schumpeter. C’est-à-dire d’un côté la théorie des avantages comparatifs pour prendre sa place dans une chaîne de valeur complexe à l’échelle de la planète. Et de l’autre celle de la destruction créatrice, qui est le principe même de l’innovation. De nouvelles activités se créent d’autre meurt. Bref, il faut accepter l’ouverture et la création-destruction. Disons que le nouveau ministre n’arrive pas avec ces idées. Mais il ne faut pas désespérer. Peut-être que chez Montebourg, la fonction va créer l’organe.

Au-delà des sauvetages, il se dit très mobilisé sur le renforcement du tissu productif ?
Oui mais, il dit par exemple "je suis le ministre des producteurs", c’est une erreur. Il devrait être le ministre de la production. Car les producteurs, ce sont ceux qui sont organisés, c’est-à-dire les industries du passé. Ils vont dire « aidez-nous, subventionnez nous ». Par nature, les industries du futur ne sont pas organisées et c’est pourtant celles-là qu’il faudrait pousser

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Si on suit votre raisonnement, vous êtes donc opposé à l’idée d’une nouvelle prime à la casse dans l’auto…
Je ne suis pas un Ayatollah. Je ne dis pas qu’il ne faut pas des mesures ponctuelles pour passer un cap, voire même certaines mesures de protectionnismes passagères. Mais cela ne règle pas les problèmes structurels. Sur l’auto, nous avons un problème de surcapacités en Europe. Du coup, soit on a la faillite d’un grand constructeur, soit tout le monde serre un peu la vis. Faisons le de manière concerté, dans une logique de restructuration qui coûtera moins cher au final, plutôt que de laisser chaque pays lancer des mesurettes dans son coin. Ce n’est pas cela la politique industrielle.

Attention, je ne suis pas contre les usines, je suis même président d’un groupe aéronautique qui en a plusieurs en Europe, mais pour l’industrie, il faut réfléchir à la création de richesse au global. Il faut résoudre les vraies questions, comme celle du taux de marge des entreprises qui est le pire d’Europe avec la Grèce, à cause de la pression fiscale et sociale.

Il y a pourtant de nombreuses mesures pour alléger la facture des entreprises ?
Mais justement, l’erreur du Medef c’est de s’accrocher à ces exonérations diverses. Il ferait mieux de négocier un grand deal en abandonnant ces mesures ciblées. Cela éviterait de sponsoriser des bas salaires, des emplois peu qualifiés. Avec le futur "Contrat génération", c’est encore mieux, on a ré-inventé le Tchin-Tchin d’Afflelou : deux exonérations en une. Finalement ce que l’on taxe le plus c’est la matière grise alors que c’est justement ce qui peut nous aider à innover. Aujourd’hui avec le crédit impôt recherche , on a le meilleur dispositif du monde. Parfait. Mais pourtant les entreprises françaises investissement deux fois moins que les allemandes dans la recherche. Là encore le problème , c’est le taux de marge.

Et la banque publique d’investissement qu’en pensez-vous, les entreprises remontent de vraies difficultés de financement ?
La réponse est typique, le marché du financement des entreprises fonctionne mal. Alors au lieu de chercher à le réparer, à le réguler différemment, on invente une béquille, une prothèse. Oui, il faut des banques qui fonctionnent et qui financent l’économie. C’est cela la bonne réponse. Des organismes publics peuvent jouer un rôle d’accompagnement provisoire ; ils ne sauraient se substituer au bon fonctionnement d’un marché financier assaini.

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