SCIERIELE DÉGAZAGE ACCÉLÈRE LE SÉCHAGE DU BOISTesté sur une installation pilote à l'université de Karlsruhe, le procédé abaisse en quelques heures de 90 à 55% le taux d'humidité des bois. Complété par un séchage thermique, il permet d'obtenir un bois prêt à scier en vingt jours.

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SCIERIE

LE DÉGAZAGE ACCÉLÈRE LE SÉCHAGE DU BOIS

Testé sur une installation pilote à l'université de Karlsruhe, le procédé abaisse en quelques heures de 90 à 55% le taux d'humidité des bois. Complété par un séchage thermique, il permet d'obtenir un bois prêt à scier en vingt jours.



Dans des pays comme l'Allemagne ou la France, plusieurs dizaines de millions de mètres cubes de bois sont abattus chaque année pour les besoins des scieries. "La masse de ces bois frais est constituée pour 30 à 90% d'eau, contenue dans leurs capillaires et leurs cellules. Or, avant de pouvoir travailler les bois, les scieries doivent abaisser ce taux d'humidité à moins de 10 %", explique Mario Stahl, chercheur à l'Institut pour les procédés mécaniques (IPM), à Karlsruhe. Ce séchage s'opère en partie en plein air et en partie dans des chambres à 50°C pour gagner du temps. Malgré ce séchage thermique, gros consommateur d'énergie, les temps de séchage cumulés sont fort longs. "Entre des mois et des années en fonction du type de bois et de son épaisseur", confirme Mario Stahl. Un fait qui oblige depuis toujours les scieries à une énorme mobilisation de capital, d'autant plus risquée que les bois sont exposés aux aléas atmosphériques.

Une alternance de compressions et de décompressions

L'installation pilote construite par Mario Stahl se présente sous la forme d'un cylindre de 80centimètres de diamètre et de 3,40mètres de long. Un système de tubes et de bouteilles permet sa mise sous pression instantanée. Des pièces de bois divers (chêne, hêtre, érable ou résineux) provenant de scieries proches y ont été soumises à une série de compressions (d'une durée de soixante secondes) et de décompressions (cinq à six minutes). Si on les sort du cylindre pendant la décompression, elles apparaissent recouvertes d'une couche cotonneuse de bulles froides et un bruissement de dégazage est nettement perceptible. "L'air comprimé pénètre le bois et il se dissout dans la sève contenue dans les cavités intercellulaires et dans les cellules. Lors de la décompression, il retrouve son état gazeux et forme des millions de bulles qui, dans leur ruée vers la sortie, poussent devant elles la sève dans les capillaires", explique Mario Stahl.

Abaisser le taux d'humidité de plus de 50%

Le taux d'humidité d'un parallélépipède de bois de 95x7x7centimètres a ainsi été descendu en une quinzaine de cycles de 90 à 50%. Une augmentation progressive de la pression, de cycle en cycle, jusqu'à un maximum de 40bars, accélère le processus. Par ailleurs, les dizaines d'essais réalisés avec des pièces de quelques centimètres à 3mètres montrent que la longueur est sans influence. Si elle ne dure que quelques heures, cette "déshydratation mécanique" bute cependant toujours sur le palier des 50% de taux d'humidité. "A partir d'un certain taux, il n'y a plus assez d'eau dans les capillaires. Plutôt que de faire obstacle à la circulation du gaz, cette eau se plaque sur les parois cellulaires", commente Mario Stahl. Un séchage thermique doit prendre le relais. Une alternance de séchage thermique avec des compressions a été testée par l'IPM: plusieurs milliers de mises sous pression (jusqu'à 10bars) de trente secondes suivies de décompressions de cinq minutes à une température de 50°C. Des taux d'humidité de moins de 10%, suffisants pour le sciage, ont pu être atteints en dix à vingt jours. En outre, les bois préséchés mécaniquement perdent manifestement leur eau plus vite que les autres bois. "Les capillaires sont en fait constitués de longues cellules creuses mises bout à bout. Les hautes pressions du préséchage mécanique font vraisemblablement éclater les fines membranes par lesquelles passe la sève ou l'air d'une cellule à l'autre. La circulation des gaz (vapeur d'eau) est donc facilitée", analyse Mario Stahl.

Une rentabilité industrielle à prouver

Mais la rentabilité industrielle de ces deux procédés doit encore être prouvée en pratique. L'IPM vient de s'associer avec des industriels du bois de la région de Karlsruhe pour construire une installation. "Une capacité de 40mètres cubes est réaliste", estime Mario Stahl. Un autre industriel, venu assister à une démonstration du procédé à l'IPM, s'est montré à la fois prudent et enthousiaste: "Si ce procédé de séchage mécanique permet effectivement de passer en quelques heures de 90 à 50% d'humidité, ce serait un tiers du temps de séchage que nous économiserions." Une révolution!

François SAVATIER

USINE NOUVELLE N°2508

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