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SAP, migration digitale forcée

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Face à la concurrence des géants du numérique, notamment dans la course aux talents, l’éditeur allemand tente de retrouver l’esprit garage de ses débuts. Mais il lui faut aller vite.

SAP, migration digitale forcée

Officiellement, SAP est déjà une "cloud company". Ses progiciels se sont mis à l’heure de l’informatique en nuage grâce à une série d’acquisitions de sociétés et de technologies cloud, alors que, depuis sa création en 1972, l’entreprise ne se développait que de manière organique. Lancée en 2001 par le rachat de l’éditeur israélien d’ERP pour PME, Top Tier Software, la croissance externe s’est accélérée en 2008 avec l’acquisition de Business Objects, suivie par celle de Sybase en 2010. Puis, ce fut le tour de Success Factors en 2011, d’Ariba en 2012, d’Hybris, de Kxen et d’Ideal en 2013. Le tout pour plus de 20 milliards de dollars !

Mais l’habit ne fait pas le moine. Et le plus grand éditeur européen de logiciels, leader mondial des progiciels de gestion (ERP), avec 26% de parts de marché, devant ses concurrents de toujours Oracle (17%) et Microsoft (11%), tente de se transformer à marche forcée. Son ambition : acquérir l’esprit start-up et l’agilité des grands du net qui mènent la danse de l’innovation. Comme les autres géants industriels, dont les rentes et les positions sont menacées par les start-up du numérique, SAP doit changer. Il a amorcé sa mue il y a quatre ans sous l’impulsion de Jim Hagemann Snabe et de Bill McDermott, le tandem qui pilote l’entreprise depuis la démission forcée de Leo Apotheker. Ce dernier prenait trop ses aises au goût d’Hasso Plattner, le fondateur et président de l’entreprise, encore très présent.

C’est d’ailleurs lui qui fixe le cap et qui impose ses vues. "Je vous donne un an, peut-être plus, pour revoir le design de l’interface. Il faut faire des produits pour des clients habitués à utiliser Facebook, Google ou eBay", a-t-il annoncé aux cadres de SAP lors de l’inauguration du centre d’innovation, à Potsdam, le 12 février. Car il y a urgence. "Le cloud nous oblige à aller vite."

Le culte de l’interface utilisateur – la "UI" (user interface) – a désormais touché le monde du B to B. Mais il n’est pas si facile de rendre sexy un logiciel de gestion des commandes ou de production. Et encore moins de modifier l’image de la marque. SAP est toujours vu comme un éditeur d’ERP, même si le progiciel de gestion ne représente plus que 30% de son chiffre d’affaires. "70% de nos nouveaux business sont des domaines que l’on n’explorait pas avant", rappelle Bill McDermott. Mais qui le sait Renouveler l’image est donc l’un des grands défis de l’éditeur. Pour y arriver, il recourt aux méthodes classiques de marketing.

Repenser l’innovation avec le design thinking

SAP investit dans le sponsoring sportif : football (en Allemagne), football américain, Formule 1. Une manière de toucher le grand public qui ne le connaît pas, en mettant en avant ses technologies de traitement de données en temps réel, un peu comme IBM à Roland-Garros. Pas suffisant. Pour transformer SAP en "digital company" et attirer les talents, il faut utiliser les armes des start-up. À commencer par la vitesse. "Les start-up développent un produit en six mois", explique Jim Hagemann Snabe. Il a donc imposé aux équipes de réduire de quinze à sept mois les délais de développement d’un produit. Des équipes qui sont plus petites et qui conçoivent des maquettes en deux ou trois semaines.

Premier éditeur européen

  • 16,81 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2013
  • 66 000 employés dans 130 pays
  • 251 000 clients dans 188 pays
  • 13 labs (centres de R & D) dans 11 pays
SAP s’efforce de changer d’état d’esprit en arrêtant de penser que ses équipes savent mieux que les clients ce dont ils ont besoin. Cela passe par le codéveloppement d’applications avec les clients, en utilisant les techniques du design thinking. Il s’agit de "repenser la façon dont les gens peuvent innover. Et d’amener les clients à se poser les bonnes questions", résume Jim Hagemann Snabe. "Un membre de l’équipe Innovation de SAP, formé au design thinking, accompagne systématiquement les commerciaux dans leurs rendez-vous pour travailler sur le besoin des clients", raconte Didier Mamma, le directeur Data et innovation chez SAP France. Une méthode également à l’origine du nouveau centre d’innovation à Potsdam.

Mais c’est encore l’octogénaire Hasso Plattner, inoxydable, qui a peut-être trouvé la carte maîtresse dont SAP a besoin pour retrouver un esprit garage : une nouvelle base de données ultrarapide. Baptisée Hana (pour Hasso new architecture), elle permet de développer les applications en ligne en temps réel, dont le numérique est si friand. Une technologie développée par l’Institut Hasso Plattner, qui séduirait les geeks ! SAP indique que 1 250 start-up développeraient déjà sous Hana.

Pour les repérer et les accompagner, Vishal Sikka, le directeur produits et innovation, a lancé, en 2012 à Palo Alto, au cœur de la Silicon Valley, un programme destiné aux start-up, à l’image de celui de Microsoft. Il a également négocié un fonds de 100 millions d’euros pour investir dans ces entreprises. Et, avec Hasso Plattner, il a annoncé l’ouverture prochaine d’une chaîne de cafés Hana, ouverts 24 heures sur 24, pour attirer les développeurs. Le premier ouvrira ce printemps à Palo Alto. SAP a déjà lancé neuf AppHaus – dont un à Los Altos, en Californie –, des espaces publics de coworking, ouverts aux développeurs du groupe et offrant un cadre plus détendu et moins formel que celui de l’entreprise.

70 % de nos nouveaux business sont dans des domaines que l’on n’explorait pas avant.

Bill McDermott, codirecteur général de SAP

"Reste que si l’on veut changer l’image de SAP, il va falloir se faire mal", reconnaît Didier Mamma. Et revoir les habitudes internes. En premier lieu, celles des commerciaux qui, sur le terrain, préfèrent toujours proposer une base de données Oracle aux clients plutôt que de promouvoir Hana. Et pas sûr que Bill McDermott, bientôt seul à tenir les rênes exécutives de l’entreprise, réussisse là où a échoué Jim Hagemann Snabe. Si les employés ne sont pas persuadés qu’Hana est l’avenir de SAP, il sera difficile de persuader les jeunes générations que l’allemand "peut apporter de nouvelles idées qui peuvent changer le monde". Un discours typique des entrepreneurs de la Silicon Valley. Mais qu’il faudra encore marteler.

Jim Hagemann Snabe Codirecteur général

"En quatre ans, nous avons réinventé l’entreprise"

Il a orchestré les acquisitions
"Il va nous manquer !" Les salariés sont unanimes à propos de Jim Hagemann Snabe. Nommé codirecteur général avec Bill McDermott, en 2010, Jim a séduit tout le monde. Visionnaire et grand maître de la transformation de la société, il a orchestré la série d’acquisitions pour 15 milliards d’euros en trois ans. Mais le 1er juin, ce Danois de 48 ans, qui a gravi tous les échelons chez SAP depuis 1990, laissera Bill seul aux commandes exécutives. Officiellement, pour se rapprocher de sa famille… Il entrera néanmoins au comité stratégique et de surveillance de SAP, mais aussi d’un autre grand groupe allemand, Siemens. Il succédera à Josef Ackermann pour accompagner, là aussi, la mutation digitale du groupe industriel.

Visha l Sikka Directeur produits et innovation

"Nous allons ouvrir des cafés Hana"

Il veut séduire les geeks
"Hana". Vishal Sikka n’a que ce mot à la bouche. Cette nouvelle technologie de base de données ultrarapide est au coeur de la stratégie d’innovation de SAP. C’est elle qui permet de codévelopper, avec les clients ou des chercheurs, des applications de big data innovantes. Et c’est avec elle que SAP veut séduire les geeks du monde entier. Fondateur de deux start-up, rachetées par de grands éditeurs, cet ingénieur informatique indien, diplômé de Stanford, a rejoint l’éditeur allemand en 2002 pour prendre la tête d’un groupe chargé de mener des projets stratégiques innovants. Premier directeur technique de SAP (le poste n’existait pas auparavant) en 2007, il entre au conseil d’administration en 2010 et devient le directeur produits et innovation.

Hasso Plattner Président et cofondateur

"Le cloud nous oblige à aller vite"

Il fixe toujours le cap

Dernier des cinq fondateurs de SAP encore présent dans l’entreprise (créée en 1972), Hasso Plattner n’est officiellement que le président du conseil de surveillance. Mais c’est lui qui choisit les dirigeants de "son" entreprise et trace la voix technologique. C’est lui qui, dans son institut de sciences informatiques de Potsdam, a imaginé et fait développer la base de données à grande vitesse Hana (pour Hasso new architecture) à l’origine des nouveaux business de l’entreprise. C’est lui qui a imposé le design thinking comme process d’innovation de rupture et de codéveloppement avec les clients de SAP. Un modèle au coeur du centre d’innovation que le groupe a inauguré à Potsdam, où sont conçues des solutions de big data au service du diagnostic santé.

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