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L'Usine Santé

Santé : Prêts pour la médecine régénérative

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C’est une véritable révolution dans la médecine. L’émergence d’une grande filière permettra d’ici peu d’industrialiser les premiers traitements de thérapie cellulaire et de thérapie génique en France.

Santé : Prêts pour la médecine régénérative
Cellectis testera sur l’homme, dès 2015, une nouvelle thérapie contre la leucémie.

Sur son lit d’hôpital, un patient atteint d’une maladie musculaire attend son traitement expérimental. Il y a trois semaines, on lui a fait une prise de sang. Le prélèvement a été envoyé aux Ulis (Essonne), vers une plate-forme de production unique en Europe. Ici, sept petites unités produisent en parallèle des thérapies différentes. Dans l’une des salles blanches à l’équipement high-tech, une opératrice isole les cellules utiles de la poche de sang. Durant plusieurs jours, elles sont multipliées dans un milieu de culture, puis « dopées » à l’aide de facteurs de croissance. Avant d’être, en quelques heures, transportées au chevet du patient pour lui être injectées. Grâce à CellForCure, une filiale dédiée à la thérapie cellulaire du laboratoire public LFB, elles sont devenues des « médicaments-cellules ».

Ruée sur les thérapies innovantes

  • Plus de 5 000 essais sur des patients de produits de thérapies innovantes sont en cours dans le monde.
  • 40% de ces traitements potentiels sont allogéniques, c’est-à-dire issus de cellules d’autres donneurs.
  • Une quarantaine de produits, dont seulement trois en thérapie génique, sont autorisés dans le monde, et quatre en tout en Europe.
  • Le marché de la thérapie cellulaire (1,3 milliard de dollars en 2013) devrait croître de 12% par an d’ici à 2020.


Ce n’est pas de la science-fiction, mais la première concrétisation de la médecine régénérative en France. La plate-forme de CellForCure, soutenue par les investissements d’avenir, est opérationnelle depuis quelques semaines. Son but est l’accompagnement jusqu’à la production des projets innovants de thérapie cellulaire. À la clé, « un vrai saut quantique : pouvoir corriger d’emblée la cellule du patient plutôt que de lui donner un traitement palliatif », estime Patrick Biecheler, associé chargé de la santé au sein du cabinet Roland Berger. « C’est l’une des rares thérapies où l’on peut, en oncologie, parler de guérison ! » s’anime Thierry Wurch, l’un des responsables de l’innovation en oncologie du laboratoire Servier.

Un marché prometteur

Depuis l’autorisation en Europe de la première thérapie cellulaire en 2009, seuls trois autres produits ont été homologués sur le Vieux Continent. Mais le marché devrait exploser. « En 2013, il s’élevait à 1,3 milliard de dollars [1 milliard d’euros], avec une quarantaine de produits commercialisés dans le monde. Il devrait croître de 12 % par an, explique Arnaud Laferté, chef de projet chez Roland Berger. La France a quelques petits champions qui émergent, mais il faut faire vite : tout va se jouer dans les cinq ans ! »

Ces champions pourront compter sur la plate-forme de CellForCure, qui permet de produire aussi bien des traitements autologues, obtenus à partir des cellules du malade, que des traitements allogéniques, produits à partir de cellules de donneurs sains. C’est le cas de la thérapie innovante de la leucémie que la biotech Cellectis testera dès 2015 sur l’homme, avant de la céder potentiellement au laboratoire Servier. Avantage des produits allogéniques : « Plus facilement industrialisables, ils peuvent être envoyés partout dans le monde, avec la possibilité de traiter jusqu’à plusieurs centaines de patients à partir d’un seul donneur, précise David Sourdive, le vice-président exécutif du développement corporate de Cellectis. De quoi diviser la facture des thérapies cellulaires, dont le prix dépasse encore souvent les 100 000 euros ! »

Les biotehnologies médicales figurent parmi les 34 plans de réindustrialisation de la France. Intitulé du projet : « L’humain réparé ». Début juillet, l’ancien ministre de l’Économie, Arnaud Montebourg, avait annoncé une ambitieuse feuille de route. « Avec l’équipe de France de la thérapie cellulaire, nous visons de grandes premières mondiales : six nouveaux vaccins, dix nouveaux médicaments contre le cancer, deux traitements d’affections immunitaires, la régénération du myocarde et de la rétine… »

La France dispose d’un terreau fertile ! À quelques kilomètres des Ulis s’étend, à Évry (Essonne), une installation unique au monde. Bienvenue sur la plus grande plate-forme de production de thérapie génique du Généthon, financée en grande partie par les dons du Téléthon pour combattre les maladies rares. Résultat, les start-up ont essaimé autour. « Quatre-vingts pour-cent des forces françaises en médecine régénérative sont concentrés autour du Génopole d’Évry, estime Philippe Grand, associé du consultant EY. Les financements obtenus depuis quinze ans l’ont notamment amené à investir dans des outils de séquençage. » Ce sont aussi des équipes scientifiques pionnières qui ont permis à la France d’innover dans la médecine régénérative. Comme celles d’Alain Fischer avec la thérapie génique pour les bébés-bulle en 1999 ou celle de Philippe Menasché qui ouvrit le champ de la thérapie cellulaire cardiaque un an plus tard.

Le défi est d’atteindre enfin le stade de la commercialisation. Dans un pays échaudé par l’affaire du sang contaminé, les barrières réglementaires sont encore nombreuses. Au sein de l’hôpital de Mulhouse (Haut-Rhin), le professeur Philippe Hénon, 75 ans, teste depuis douze ans les propriétés régénératrices des cellules souches sanguines sur des patients. Pour accélérer le développement de son kit de réparation de l’infarctus du myocarde – alternative à la transplantation cardiaque –, il a fondé sa start-up, CellProthera. Son trésor de guerre n’est pas plus gros qu’un petit réfrigérateur : un automate de préparation des greffons qu’il a mis au point avec des industriels alsaciens. Il espère qu’il sera homologué en 2017.

Les financements que le Génopole d’Évry a obtenus depuis quinze ans lui ont permis d’investir dans des outils de séquençage.

Philippe Grand, associé du consultant EY

Cardio-vasculaire, oncologie, diabète… Dans ces indications prisées par l’industrie pharmaceutique, car jugées plus rentables que le créneau des maladies rares, les projets de médecine régénérative de nos biotechs et laboratoires académiques sont suivis de près par les big pharma, comme Novartis et Pfizer… « Si on ne met pas en place une stratégie scientifique et industrielle coordonnée, on risque de voir certaines de nos entreprises ou compétences partir dans des laboratoires étrangers », s’inquiète Patrick Biecheler du cabinet Roland Berger. En avril, Sanofi, acteur phare du plan L’humain réparé, a cédé à une entreprise américaine des activités de thérapie cellulaire et de médecine régénérative, qui comprenaient trois produits commercialisés ! Il en avait hérité en rachetant la biotech américaine Genzyme en 2011. Les français doivent aussi se préparer à l’arrivée d’acteurs d’un nouveau genre. Comme la start-up américaine de thérapie cellulaire Juno Therapeutics, cofinancée par le patron d’Amazon, ou Google, qui a créé une entreprise dédiée à la lutte contre la maladie et le vieillissement.

Les dix leaders français de cette révolution thérapeutique

  • L’Hôpital Georges Pompidou : Les essais pionniers
- Philippe Menasché, directeur du laboratoire de thérapie cellulaire de l’Inserm
- Maladies cardio-vasculaires
- Premiers essais sur l’homme en 2000

Philippe Menasché a fait de l’Hôpital européen Georges Pompidou à Paris une institution de la thérapie cellulaire. Le chirurgien cardiaque y multiplie les essais pionniers sur les cellules souches, comme le transfert de cellules musculaires dans le coeur de malades. Des essais cliniques menés avec la biotech Genzyme. Prochain projet : implanter des cellules cardiaques dérivées de cellules souches embryonnaires sur six insuffisants cardiaques.
  • CellForCure : L’usine à thérapies cellulaires

- Pierre-Noël Lirsac, PDG
- Industrialisation et production de thérapies
- Fondé en 2010

Filiale du groupe pharmaceutique public LFB, CellForCure veut industrialiser et distribuer les médicaments de thérapie cellulaire de ses partenaires académiques, et produire pour tous les types de clients. Grâce aux investissements d’avenir, elle dispose dans l’Essonne d’une plate-forme capable de produire en parallèle jusqu’à 5 000 lots de huit produits en cours d’industrialisation ou déjà lancés. Son premier contrat : fabriquer les anticancéreux de Cellectis pour ses essais cliniques, qui débuteront en 2015.  

  • Cellectis: L’ingénierie des génomes

- André Choulika, PDG et fondateur
- Traitements du cancer
- Fondé en 1999

Dirigé par le chef de file du plan biotechnologies médicales, Cellectis innove en développant des produits cellulaires industrialisables. Son expertise, issue de l’Institut Pasteur : la modification ciblée de l’ADN . Cellectis cible les antigènes à la surface des cellules cancéreuses, en introduisant des lymphocytes T issus du système immunitaire d’un donneur sain qu’il a génétiquement modifiés. L’américain Pfizer a pris 10 % de son capital et lui versera potentiellement jusqu’à 195 millions d’euros dans le cadre d’une collaboration.

  • Servier : L’immunothérapie allogénique

- Olivier Laureau, président du groupe
- Traitement des leucémies
- Fondé en 1954

Le deuxième laboratoire pharmaceutique français mise beaucoup sur l’oncologie. Depuis 2013, il collabore avec Cellectis pour traiter des leucémies par la thérapie cellulaire allogénique, utilisant les cellules modifiées de donneurs sains. Si les premiers essais sur l’homme conduits par Cellectis à partir de 2015 sont satisfaisants, Servier pourrait prendre le relais, dans l’espoir de commercialiser un traitement d’ici à 2022. Tout en poursuivant cinq autres programmes de recherche.

  • Cellprothera : La régénération du coeur

- Philippe Hénon, fondateur et président
- Traitement de l’infarctus du myocarde
- Fondé en 2008

À Mulhouse, le professeur Hénon a créé CellProthera pour offrir une alternative à la transplantation cardiaque. Sa thérapie de régénération du muscle cardiaque est en cours d’essai (phase 2) chez des patients ayant subi un infarctus sévère. Le principe : reconstituer le tissu cardiaque grâce aux propriétés des cellules souches sanguines du patient, sélectionnées et multipliées grâce à un automate et un kit d’expansion cellulaire que l’entreprise espère commercialiser dès 2017.

 

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