"Santé : ne nous trompons pas de combat !", l'avertissement du Président du Leem

L’"Appel pour une opération mains propres sur la santé", publié dans Libération le 5 janvier par un groupe de parlementaires et de responsables médicaux, dénonce des conflits d’intérêt entre politiques et laboratoires pharmaceutiques. Il ne pouvait pas laisser ce secteur indifférent. Patrick Errard, le Président du Leem, le syndicat de l’industrie pharmaceutique, répond à cet appel dans une tribune que nous publions ici.

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Une impression de déjà vu, de déjà lu, m’a saisi à la lecture de l’appel lancé par des élus écologistes et des militants associatifs ou médicaux dans Libération le 5 janvier. Manifestement oublieuses de toutes les réformes engagées ces dernières années, ces personnalités lancent un violent réquisitoire contre l’industrie du médicament. A les lire, la France est une sorte de pays de non-droit, où les autorités publiques et les instances scientifiques sont entièrement sous le joug d’une industrie du médicament dont le portrait - je l’avoue - me ferait frémir d’horreur s’il n’était aussi éloigné de la réalité. Qu’on ne se trompe pas sur mes sentiments : je ne dénie à personne le droit de porter un avis sur l’industrie pour laquelle je travaille, et que je représente en ma qualité de Président du Leem.

La vigilance de l’Etat, des scientifiques et de la société civile à l’égard de nos activités est parfaitement légitime. Plus que tout autre industrie, parce que nous touchons à la vie et à la mort, et parce qu’une importante partie de nos produits fait l’objet d’une prise en charge socialisée, nous avons des comptes à rendre.Mais le procès d’intention qui est ici fait aux entreprises du médicament, sans considération aucune de la réalité de leurs pratiques, de l’espoir qu’elles représentent pour les patients, des formidables gains d’efficience que le médicament permet au système de santé de réaliser, pêche par sa partialité et, pour tout dire, par son anachronisme.

Comment peut-on, en 2015, appeler avec de tels arguments à "une opération mains propres sur la santé", alors même que le secteur fait l’objet d’un encadrement parmi les plus stricts au monde, et qu’il a fait l’objet, il y a trois ans, d’une vaste réforme visant à renforcer, davantage encore, les conditions d’exercice de cette industrie ? Comment peut-on nous reprocher notre incapacité à innover, alors que nous vivons dans une ère d’innovations majeures, qui commencent déjà à révolutionner la prise en charge de maladies comme l’hépatite C, les cancers ou un nombre croissant de maladies rares ?

Si la pratique médicale a fait de tels progrès ces dernières décennies, elle le doit pour une grande part aux progrès réalisés grâce aux médicaments. Nos 100 000 salariés français, dont le quart travaille dans des centres de R&D, peuvent être fiers de leur engagement. Avec leur concours, et avec les nombreuses collaborations que nos entreprises tissent avec la recherche publique, de plus en plus de vies sont aujourd’hui sauvées, de plus en plus de patients peuvent maintenir une activité professionnelle, de plus en plus d’hospitalisations sont évitées. Ce bénéfice pour chacun est aussi un bénéfice pour la collectivité, et une opportunité pour notre système de santé.

Contrairement aux autres pays européens, la France n’a pas encore tiré les conséquences des nouvelles révolutions technologiques – je pense bien sûr aux biotechnologies, à la télémédecine, aux progrès sidérants de l’imagerie ou du diagnostic – sur l’organisation du système de soins. Et il est vrai que la soutenabilité de notre protection sociale soulève des questions. Je note d’ailleurs que les auteurs de l’appel dénoncent la mainmise de notre industrie sur l’appareil d’Etat, mais pour quel résultat ? Le médicament représente aujourd’hui 15 % des dépenses, mais il lui est demandé chaque année, de participer à plus de 50 % aux économies d’assurance maladie.

La santé est un vrai sujet : parlons-en ! Mais parlons-en honnêtement. Notre pays n’a pas besoin de faux débats idéologiques. La France est un pays responsable, doté de solides institutions, de règles strictes, d’un tissu qualifié de scientifiques et de médecins. Ne cédons pas à cette tentation mortifère de l’autodénigrement, et osons enfin engager des réformes de fond pour améliorer l’organisation des soins et pérenniser le financement de notre système de santé !

Patrick Errard, Président du Leem (le syndicat de l’industrie pharmaceutique) et directeur général de la filiale française du laboratoire japonais Astellas Pharma

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