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Santé : les ondes de la discorde

Publié le

Les résultats d'Interphone, la plus vaste étude épidémiologique portant sur le lien éventuel entre l'utilisation du téléphone portable et l'apparition de tumeurs au cerveau, devraient être connus dans les prochains mois. Commandée par l'OMS en 1999 et menée dans 13 pays, cette étude très attendue par les pouvoirs publics, les industriels et les associations ne devrait cependant pas trancher sur la dangerosité de l'utilisation des téléphones portables. Une absence de conclusion qui ne peut qu'alimenter les craintes sur la nocivité des ondes radiofréquences (téléphones mobiles, antennes relais et Wi-Fi).

Des incertitudes scientifiques demeurent

Chaque année, plus d'un milliard de téléphones portables sont vendus dans le monde. Une explosion du nombre de terminaux et d'antennes relais qui accroît l'exposition des personnes aux radiofréquences. Et qui ne fait qu'amplifier la question qui hante les esprits depuis le début des années 90 : ces ondes ont-elles des effets sur la santé (troubles du sommeil, dépression, accélération de cancers...) ? Des interrogations liées à la proximité des téléphones portables avec la tête, et à celle des antennes relais avec les lieux d'habitation.

Jamais sujet n'a été l'objet de tant de recherches en un temps si court. Selon l'Organisation mondiale de la santé, 1 300 études ont été menées à ce jour sur les effets des ondes radio, essentiellement sur la téléphonie mobile. Tests sur des animaux et sur des cellules en culture, études épidémiologiques... tout y passe. La Commission européenne et les Etats soutiennent ces travaux, tout comme des fondations financées par les industriels.

Les risques à long terme ne peuvent être écartés

Le cas des antennes relais a été vite réglé. « Compte tenu des très faibles niveaux d'exposition, il n'existe aucun élément scientifique confirmant d'éventuels effets nocifs des stations de base », résume Bernard Veyret, chercheur au CNRS et directeur du laboratoire Interaction ondes-matière à l'université de Bordeaux. Quant au téléphone portable, les scientifiques concluent à l'absence de preuve de sa nocivité... sans pour autant exclure un risque pour la santé à long terme. La raison ? Le manque de recul, dû à l'apparition récente des mobiles. « Peut-être n'avons-nous pas trouvé les bons mécanismes. Ou mené les bonnes études », avance Martine Hours, médecin épidémiologiste et responsable du volet français d'Interphone. Des conclusions auxquelles l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset) aboutit aussi dans ses avis rendus en 2003 et 2005. Son prochain rapport devrait être publié dans les mois qui viennent. « Il faut continuer, pour en savoir plus sur les effets à long terme », insiste Olivier Merckel, le chef de l'unité Agents physiques de l'Afsset.

Mais d'autres scientifiques sont plus alarmistes. Publiée en juin 2008, une étude de l'Université catholique de Louvain affirme que le taux de mortalité des rats double quand ils sont exposés aux ondes de téléphones et de réseaux Wi-Fi. « L'effet des ondes au niveau du système immunitaire n'est plus à démontrer, même si leur impact n'est pas entièrement connu ! », s'étrangle Catherine Gouhier, cofondatrice du Centre de recherche et d'information indépendante sur les rayonnements électromagnétiques (Criirem), une association de lutte contre les antennes créée en 2005. .

Industriels et opérateurs abonnés au service minimum

Les opérateurs de téléphonie mobile ont choisi d'opter pour la prudence en se retranchant systématiquement derrière les avis publiés par le ministère de la Santé et l'OMS. Sur ce sujet, ils sont plutôt sur le mode de la réaction que de la prévention. Ainsi, c'est seulement depuis 2008 et après avoir engrangé 56 millions d'abonnés que les opérateurs mobiles glissent dans leurs packs de téléphonie mobile un dépliant « Mon mobile et ma santé », définissant les bons usages du téléphone mobile... De même, l'intégration systématique du kit oreillettes dans les packs a suivi le développement des inquiétudes au sein de la population et les demandes des associations d'utilisateurs.

forfaits illimités contre principe de modération

L'obsession des opérateurs, jusqu'ici, a plutôt été le développement de leur marché. Cela passe aujourd'hui par l'augmentation de la facture des clients grâce au lancement de forfaits illimités incitant à une consommation 24 h/24, 7 j/7... A l'encontre du principe de modération prôné par les autorités sanitaires pour limiter la durée d'exposition aux ondes radio. Avec la puissance marketing qu'on leur connaît : ils figurent parmi les premiers investisseurs publicitaires du pays ! « Ils n'ont pas un marketing responsable », regrette Jérôme Clauzure, le délégué général de l'Afutt, Association française des utilisateurs de télécommunications.

Opérateurs et constructeurs ont plutôt tendance à appliquer le principe de précaution a minima. Par exemple, si les constructeurs respectent la limite de 2 W/kg imposée par la loi pour le DAS (débit d'absorption spécifique), aucun ne fait de surenchère technologique pour tenter de le réduire ou d'en faire un argument commercial ! La priorité est de séduire le consommateur grâce à l'introduction des dernières technologies (écran tactile, GPS, Wi-Fi...). Ils ont cependant pris soin de s'interdire de cibler les enfants, plus sensibles aux risques d'exposition.

les opérateurs marchent sur des oeufs

En France, industriels et opérateurs financent la Fondation santé et radiofréquences pour la moitié de son budget de 4,8 millions d'euros sur cinq ans. L'autre moitié incombant à l'Etat. Pour faire le point sur le risque sanitaire lié au portable, la Fondation s'appuie sur un conseil scientifique composé de 14 spécialistes nommés par son conseil d'administration... à l'exclusion des représentants des industriels fondateurs. Les opérateurs marchent en effet sur des oeufs. « Si nous finançons directement les études, on nous accuse d'influencer les résultats. Si on ne le fait pas, on nous reproche de fuir nos responsabilités », résume l'Afom, l'Association française des opérateurs de téléphonie mobile. .

Les associations d'opposants montent au créneau

L'incertitude nourrit la confusion. D'abord, les scientifiques sont divisés. A l'image de la polémique de juin dernier, qui a opposé l'Académie nationale de médecine et 19 cancérologues emmenés par le médecin spécialiste du cancer, David Servan-Schreiber. Ces derniers ont lancé un appel à la prudence concernant l'utilisation des téléphones portables, mais la réplique de l'institution a été sanglante : « Inquiéter l'opinion relève de la démagogie mais en aucun cas d'une démarche scientifique. » Par ailleurs, quelle que soit leur bonne foi, l'indépendance des scientifiques est mise en question en raison des liens de certains avec les industriels. Et ce n'est pas le silence radio des pouvoirs publics qui va rassurer les citoyens. « L'Etat ne veut pas se mouiller sur le sujet », affirme Catherine Gouhier, du Criirem. Enfin, le message délivré consistant à dire qu'il n'y a pas de risque avéré sur la santé mais que la prudence s'impose induit le doute.

Face à ce flot de messages contradictoires, bon nombre d'associations constituées de simples citoyens ont vu le jour. Plutôt que d'incriminer le téléphone portable, qui relève de choix individuels, elles cristallisent leurs inquiétudes sur les antennes relais. Refusant d'être mis devant le fait accompli, elles décident d'agir pour faire appliquer le principe de précaution au niveau local.

des antennes démontées

Ainsi, à Villeneuve-lès-Avignon (Gard), après cinq ans de persévérance, des associations de parents d'élèves ont obtenu en juin dernier le démontage de sept antennes situées sur le toit d'une école. Un exemple parmi des dizaines. En parallèle, quatre associations - Criirem, Priartem, Robin des toits et Agir pour l'environnement - s'activent au niveau national pour faire modifier les normes. « Nous voulons une diminution de l'émission des antennes relais à 0,6 V/m. Une étude du TNO, organisme gouvernemental hollandais, a montré en 2003 qu'à partir de cette valeur des effets sont observés sur la santé », indique Stéphen Kerckhove, le délégué général d'Agir pour l'environnement. .

Une réglementation peu contraignante

Quelques textes de lois définissent les obligations à respecter en matière de santé par les opérateurs mobiles et leurs fournisseurs. Les fabricants de téléphones portables ont l'obligation de mettre sur le marché des terminaux avec une puissance de rayonnement limitée. Le débit d'absorption spécifique (DAS) doit être inférieur à 2 W/kg, valeur qui doit apparaître lisiblement sur la notice de l'appareil.

Concernant les antennes relais, la réglementation française (décret n° 2002/775 de mai 2002), suivant les recommandations de l'OMS et du Conseil de l'Union européenne, définit un seuil maximal d'émission de 41 V/m. Une proposition de loi française de décembre 2007 visait à un encadrement bien plus strict de l'implantation des antennes : seuil d'émission réduit à 0,6 V/m et obligation d'une distance minimale de 300 mètres entre l'antenne relais et un bâtiment d'habitation. Elle est tombée à l'eau au grand dam des associations. Toutefois, si l'antenne est installée à moins de 100 mètres d'un établissement dit sensible (hôpital, crèche, école...), des mesures doivent être réalisées attestant de l'innocuité de l'installation.

la belgique et l'italie plus prudentes

Pour répondre à ces insuffisances, les opérateurs et les élus locaux, via l'Association des maires de France (AMF), ont signé une charte de bonnes pratiques en 2004. Mais en fait, en cas de différend entre les parties, les élus n'ont d'autre ressource que d'entamer une procédure administrative pour faire déloger une antenne. Les opérateurs s'engagent aussi à financer des mesures de niveau d'exposition aux ondes radio à la demande des citoyens, mesures réalisées par des laboratoires indépendants accrédités par le Comité français d'accréditation.

Au niveau européen, les recommandations émises par le Conseil de l'UE concernant les antennes relais en 1999 sont suivies de diverses manières selon les pays. Alors que la France, le Royaume-Uni ou encore le Danemark se contentent de respecter le seuil d'émission de 41 V/m, d'autres pays vont plus loin en instaurant des valeurs plus basses. A l'image de la Belgique (20,6 V/m) ou de l'Italie (20 V/m). Le principe de précaution s'applique, mais à géométrie variable. .

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