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Santé : "La politique de la chaise vide avec le gouvernement serait délétère", estime Marc de Garidel

Gaëlle Fleitour , , , ,

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Les huit dirigeants des principaux laboratoires pharmaceutiques français reçoivent, mardi 18 novembre, Geneviève Fioraso, secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et à la Recherche, à l’occasion de l’ouverture des troisièmes rencontres du G5 Santé. L’Usine Nouvelle a rencontré Marc de Garidel, le président du G5 Santé, PDG d’Ipsen et vice-président du comité stratégique de la filière santé.

Santé : La politique de la chaise vide avec le gouvernement serait délétère, estime Marc de Garidel

L'Usine Nouvelle - Pourquoi consacrez-vous vos troisièmes rencontres du G5 Santé au thème de la recherche ?

Marc de Garidel - Pendant longtemps, on nous a reproché de ne pas être assez productifs, de ne pas trouver de nouveaux médicaments. Aujourd'hui, la révolution médicale s’accélère. Dans un contexte compliqué (le budget de la Sécurité sociale, qui impose 1,5 milliard d’euros d’économies au secteur en 2015, vient d’être adopté par le Sénat, ndlr), nous voulons montrer que notre industrie est tournée vers l’avenir, qu’elle a une haute valeur ajoutée et mérite d’être soutenue pour son caractère innovant.

Il y a un an, vous interpelliez Arnaud Montebourg sur la production. Qui appelez-vous aujourd'hui à la rescousse ?

Si la France veut garder son rang dans les industries de santé, il faut que la ministre de la Recherche - avec laquelle nous sommes alignés - et le ministre de l’Économie et de l’Industrie nous aident à contrebalancer les efforts budgétaires extrêmement importants qui nous sont demandés par la ministre de la Santé. Les mesures pour la R&D soutenues par Geneviève Fioraso sont un atout indéniable pour l'innovation en santé, et heureusement Emmanuel Macron poursuit la politique de filière qui permet des avancées notables.

Alors que notre industrie est déjà morose, une régulation excessive fragilise le développement de nos innovations. Ce n’est pas normal ni supportable qu’on demande à chaque fois au contributeur qui n’intervient que pour 15% des dépenses de santé de réaliser 50% des efforts ! Si cela se renouvelle à l’avenir, notre industrie va continuer à se rétrécir, il y aura des pertes d’emplois. Cette année, c’est la première fois que, des cinq principaux marchés pharmaceutiques européens, seule la France est en récession !

Pour s’opposer aux nouvelles économies demandées, le syndicat de l’industrie pharmaceutique (Leem) avait stoppé sa participation au comité stratégique de filière. Quelle est votre position ?

Tous les présidents membres du G5 Santé, incluant Sanofi, pensent qu’il faut continuer les travaux, que la politique de la chaise vide serait d’autant plus délétère que l’enjeu est désormais d’innover dans la politique de prise en charge pour l’adapter au progrès médical. Nous prônons donc le dialogue tout en nous montrant fermes, en prévenant les gouvernants que si on ne fait pas les adaptations nécessaires, les choses vont continuer à se dégrader.

N’avez-vous pas perdu un soutien de poids avec le départ d’Arnaud Montebourg ?

Nous avons rencontré l’excellent cabinet d’Emmanuel Macron : c’est un très bon soutien à notre industrie. Le ministre l’a rappelé dans son interview au Monde : pour innover, de grandes entreprises comme Sanofi portent aussi le développement d’un tissu de petites entreprises très créatives et de sous-traitants. C’est un écosystème, un maillage. Tout comme la coopération entre les acteurs publics et privés au sein d’un pôle de compétitivité comme celui de Lyon. Avec cette journée, nous souhaitons montrer une dose d’optimisme, que des solutions sont possibles.

Que préconisez-vous ?

L’innovation modifie de manière générale la prise en charge des patients dans le futur, mais toute une adaptation va être nécessaire pour qu’elle soit implémentée et fasse réaliser des économies au système de santé. Cela demande notamment des changements dans la pratique médicale. Si on utilisait notamment plus de chimiothérapies orales, on économiserait 275 millions d’euros par an à l’hôpital. Il faut aussi réfléchir à comment on rémunère des actes chirurgicaux avec, par exemple, l’utilisation d’un pacemaker très innovant, nécessaire au patient et qui représente des économies méconnues.

Selon vous, la compétitivité de la recherche passe aussi par une collaboration avec les acteurs du numérique…

Le big data conduit à une explosion des connaissances, mais il faut ensuite gérer ces données pour les transformer en information exploitable. Au sein de nos entreprises, nous nous demandons comment les publications qui paraissent chaque jour peuvent avoir un impact sur nos recherches et aider à apporter un traitement plus individualisé au patient. Le numérique va être un outil fondamental. Or nous disposons d’une coopération française à la pointe de la technologie, grâce aux travaux réalisés entre nos entreprises du G5 Santé, Dassault Systèmes et l’Inserm.

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

Le G5 Santé


est l’association regroupant huit grandes entreprises françaises de la santé et des sciences du vivant : bioMérieux, Guerbet, Ipsen, LFB, Pierre Fabre, Sanofi, Stallergenes et Théa.

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