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L'Usine Santé

Santé au travail : Infiniment petits, mais pas sans risques

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Enquête Les nanomatériaux sont porteurs d’immenses promesses technologiques. Mais on sait bien peu de chose aujourd’hui sur leur éventuel impact sur la santé.

Santé au travail : Infiniment petits, mais pas sans risques © Les valeurs limites d’exposition des salariés aux nanomatériaux ne sont pas encore fixées.

"Quand on s’appelle NanoE, il est difficile de cacher qu’on travaille dans les nanomatériaux". Guillaume de Calan, le PDG de cette start-up qui produit des nanopoudres pour l’industrie de la céramique, n’hésite pas à parler des dangers de ces substances sur la santé de ceux qui les manipulent. Une exception dans la profession. Puisque pour vivre heureux il vaut mieux vivre caché, les fabricants et les utilisateurs de nanomatériaux se font discrets. Plusieurs, dont Arkema, le leader des nanotubes de carbone, n’ont ainsi pas donné suite à nos demandes d’entretien. Ceci ne veut toutefois pas dire qu’ils sont inactifs en matière de protection de leurs salariés – "un souci partagé par tout le monde", rappelle Guillaume de Calan – mais plutôt qu’ils s’inquiètent pour leur image. En pleine conquête de ce marché, ils ne veulent pas prendre le risque d’entretenir une polémique alors que certains voient poindre le risque d’un scandale comparable à celui de l’amiante.

Presque Tous concernés

  • Nouvelles technologies
  • Industries de santé et cosmétique
  • Équipements de la maison
  • Éco-industries
  • BTP et construction
  • Transport, énergie…

Neuf grandes familles

Bienvenu dans l’infiniment petit. D’après l’Union européenne, les nanomatériaux sont des matériaux dont la moitié des particules sont d’une taille comprise entre 1 et 100 nanomètres. Il en existe neuf principaux groupes, présents dans plus de 2 000 produits :

  • Les nanoparticules de céramique (composites, catalyseurs, revêtements),
  • les nanoparticules de métal (désinfectants, microélectronique),
  • les matériels nanoporeux (dispositifs médicaux, isolation),
  • les nanotubes de carbone (puces électroniques, capteurs…),
  • les matériaux nanostructurés (revêtements pour l’automobile…),
  • les dendrimères (encres, adhésifs…),
  • les quantum dots (marquage, diagnostic in vitro…),
  • les fullerènes (additifs antioxydants dans les cosmétiques, cellules photovoltaïques)
  • et les nanofibres (couches conductrices, capteurs…).

L’utilisation des nanomatériaux est pleine de promesses. Résistants, souples, conducteurs, adhérents, on les retrouve dans tous les secteurs de l’industrie. Selon une communication de la Commission de Bruxelles au Parlement européen et au Comité économique et social européen d’octobre 2012, la quantité annuelle de nanomatériaux sur le marché mondial est estimée à près de 11 millions de tonnes, soit une valeur de marché de près de 20 milliards d’euros. Les nanotechnologies représenteraient ainsi 300 000 à 400 000 emplois directs.

Derrière cette vision très positive pourrait cependant se cacher un danger pour la santé. "Il y a suspicion, même s’il n’y a pas de preuves", résume Gérald Hayotte, chargé de mission au pôle santé et vie au travail de la CFDT. Les connaissances sont encore parcellaires. D’abord parce que chaque nanoparticule a ses caractéristiques. Ensuite parce que les études conduites sur des animaux ou sur des cellules humaines sont difficilement extrapolables à l’homme. Les études publiées incitent à la prudence. "Les nanomatériaux présenteraient une toxicité plus grande que les matériaux de taille supérieure et de même nature chimique", avance Myriam Ricaud, ingénieur chimiste à l’Institut national de recherche et sécurité (INRS). Des études sur l’animal montrent qu’ils peuvent franchir, après inhalation, les barrières biologiques et migrer vers certains organes.

La prudence est de mise

La principale difficulté pour les industriels est d’évaluer l’exposition des travailleurs. "Il n’y a pas de consensus sur l’indicateur pertinent pour mesurer l’exposition des travailleurs. La concentration en surface pourrait être le meilleur indicateur. Mais on ne sait pas le mesurer facilement au quotidien", explique Daniel Bloch, conseiller médical pour les nanomatériaux au centre du CEA de Grenoble. Les valeurs limites d’exposition professionnelle aux nanomatériaux n’ont donc pas encore été définies en France et en Europe.

À défaut de réglementation sur la manipulation des nanomatériaux (le ministère du Travail les considère comme des agents chimiques dangereux), la prudence est de mise. "Tant qu’on ne sait pas, le principe de précaution doit s’appliquer", résume un ingénieur-conseil d’une caisse d’assurance retraite et de santé au travail (Carsat) en région. Les entreprises s’en tiennent donc aux recommandations des pouvoirs publics. Manipuler les nanomatériaux sous forme de pâtes ou en solution liquide plutôt qu’en poudres, filtrer l’air ambiant, confiner et automatiser au maximum les procédés de production, équiper les salariés de masques… sont autant de conseils dispensés par l’INRS. "Tous ne le font pas mais certains de nos clients, surtout les gros, sont prudents et demandent des suspensions dans l’eau. Nous attirons toujours l’attention là-dessus", précise Guillaume de Calan.

Déclaration obligatoire

Si les grands groupes sont souvent mieux armés pour protéger leurs salariés, un nombre important d’entreprises se retrouvent démunies. Notamment, parce que les PME et les TPE ne savent pas toujours qu’elles utilisent des nanomatériaux. "Un petit fabricant de vernis qui s’approvisionne en dioxyde de titane, par exemple, ne sait pas forcément si les particules qu’il achète sont de taille micrométrique ou nanométrique. Il n’y a pas d’obligation pour les producteurs d’inscrire cette information dans les fiches de sécurité des produits", avance Myriam Ricaud. Il demeure donc très difficile d’évaluer le nombre de salariés exposés aux nanomatériaux. Selon un rapport de la Direction générale de la compétitivité de l’industrie et des services de juin 2012, 260 entreprises en France aurait potentiellement une activité dans les nanomatériaux. Entre 130 et 180 l’ont confirmé, soit quelque 5 600 salariés. Autant dire que les données sont encore floues.

La déclaration des nanomatériaux, obligatoire depuis le 1er janvier en France pour les fabricants, les distributeurs et les importateurs de produits contenant au moins 100 grammes de nanoparticules, devrait permettre d’affiner ces données (substances, tonnages…). Des discussions sont par ailleurs en cours pour inclure les nanomatériaux dans Reach. Certains passent en effet au travers des mailles du filet du règlement européen sur les produits chimiques. Celui-ci oblige à déclarer les substances produites à hauteur de plus d’une tonne par an, un seuil pas toujours atteint. En outre, il ne distingue pas la taille des particules. "Le point essentiel serait de renforcer la recherche sur les effets sur la santé et l’environnement", insiste Gérald Hayotte. Seuls 3% du budget de la recherche sur les nanomatériaux porte sur ce volet. 

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