Sanofi est-il sûr de sa nouvelle stratégie R&D ?

Malgré les ambitions mondiales de Sanofi, le groupe semble peiner à assumer ses projets de réorganisation de sa recherche en France. Maladresse, ou prudence dans un contexte social dégradé ?

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Sanofi est-il sûr de sa nouvelle stratégie R&D ?

Une nouvelle fois, jeudi 17 janvier, plusieurs centaines de salariés de Sanofi ont manifesté contre le plan de restructuration annoncé par le groupe pharmaceutique en juillet dernier. Un plan qui devrait conduire à la suppression de 914 emplois d’ici 2015 et à la réorganisation de la recherche et développement hexagonale. Mais Sanofi sait-il vraiment où il va ?

Depuis l’arrivée aux commandes de Chris Viehbacher fin 2008 et le recrutement d’Elias Zerhouni comme responsable mondial de la R&D deux ans plus tard, les ambitions affichées par le groupe semblaient pourtant claires. Rattraper le retard dans les biotechnologies et transformer sa R&D pour qu’elle devienne "la meilleure du monde d’ici 2015". Pour cela, tout en ouvrant la recherche sur le "réseau d'innovation qui est mondial", il veut faire de l’activité hexagonale "le pilier central de sa recherche", estimant qu'il y a "un grand potentiel" qui "n'a pas été exploité ici", expliquait en novembre dernier Elias Zerhouni devant la French American Foundation France.

Une stratégie scientifique bien timorée, selon Syndex

Harmonisation et synergies au sein de la R&D globale, coopération accrue avec la recherche publique, approche translationnelle, optimisation des temps de développement… la réorganisation voulue par Sanofi comporte potentiellement "des points d’ancrage constructifs", reconnaît le cabinet d’expertise Syndex missionné par les syndicats du groupe, dans le rapport confidentiel qu’il leur a remis début janvier. Mais "la stratégie scientifique mise en avant dans le projet apparaît bien timorée au regard de l’ambition de la direction de la R&D", estiment les experts, citant notamment "une aversion au risque qui s’accroit et une R&D qui s’oriente de plus en plus vers les phases de développement et l’achat d’innovation à l’extérieur".

Sunrise, un projet gardé sous silence

Principal exemple de cette frilosité apparente : le projet Sunrise, dévoilé par Syndex et à propos duquel les syndicats disent avoir eu beaucoup de difficultés à recueillir des informations. Pourquoi tant de secret ? Sanofi a-t-il voulu l’expérimenter avant de communiquer dessus ? Ou perçoit-il ce projet comme étant totalement extérieur à la R&D France ?

Le groupe pharmaceutique n’a pourtant pas à rougir d’étudier de nouvelles pistes pour sa R&D. Le concept de Sunrise - fonder des start-up focalisées sur un projet de recherche avec des partenaires scientifiques et des fonds d’investissement - s’explique lorsqu’on connaît la difficulté, le coût et le risque que comporte le développement d’un nouveau médicament. Mais les cachoteries du groupe à son sujet n’ont pas été de nature à rassurer des chercheurs, inquiets que cela se fasse au détriment des ressources allouées à la R&D interne…

Le site de Toulouse, cas symptomatique

Le cas du site R&D de Toulouse est aussi symptomatique. Que va donc devenir ce site historique de recherche du groupe et ses 408 chercheurs, dont les compétences sont reconnues par Sanofi ? La direction disait explorer plusieurs pistes, et une mission interministérielle avait même été annoncée à son sujet en octobre. Depuis, rien ne semble avoir avancé. Pire, les déclarations semblent parfois contradictoires.

Vue de l’extérieur, la réorganisation de la R&D paraît donc tâtonnante. "L’impact sur les effectifs, qui devrait pourtant être clairement affiché dans le projet, est particulièrement difficile à appréhender", regrette Syndex dans son rapport. S’agit-il de maladresse ou de prudence de la part de Sanofi ? Car dans un contexte social dégradé, le groupe pharmaceutique sait qu’il doit avancer à pas mesurés.

Une tendance commune à toute cette industrie

Pourtant, Sanofi n’a pas vraiment le choix. La rationalisation de la R&D est un mouvement propre à l'ensemble des laboratoires pharmaceutiques. En juin dernier, le groupe suisse Roche avait également annoncé la restructuration de cette activité, avec la suppression de 1 000 emplois et la fermeture de son site américain de R&D. "Aujourd'hui, il y a une vraie logique d'amélioration de l'efficience des activités de R&D et de prise en compte de leur retour sur investissement", expliquait en octobre Vincent Genet, directeur de l'unité santé du cabinet Alcimed, à l’AFP.

Mais l’Hexagone a sans doute plus de mal à s’y faire. "C'est une logique de mise en concurrence des équipes internes avec le monde extérieur, résumait Vincent Genet. Or, dans la culture française, c'est difficile à accepter. Nous sommes culturellement plus éloignés de ce mode de fonctionnement". Sanofi ne peut pourtant pas se cacher uniquement derrière des freins culturels.

Gaëlle Fleitour

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