Sanofi-Aventis : Le prix de la victoire

Le coup de poker du patron de Sanofi a été payant. Reste un endettement conséquent, supportable à condition de réussir maintenant la fusion.

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Jean-François Dehecq a gagné son pari. Sanofi-Synthélabo va avaler son concurrent franco-allemand Aventis, au terme d'un mariage quelque peu forcé sous l'oeil vigilant du gouvernement français. Seule la victoire est belle, dit le patron de Sanofi, qui ne " regrette rien " malgré trois mois d'une lutte acharnée qui a rappelé les joutes franco-françaises des fusions Total-Fina-Elf et BNP-Paribas. Le gouvernement Raffarin peut pousser un ouf de soulagement, lui qui craignait que la résistance acharnée d'Aventis ne finisse par précipiter les deux champions français de la pharmacie dans les bras de prédateurs suisse ou américain. Reste à transformer cette victoire en succès, afin qu'aucun acteur ne regrette finalement cette aventure.
Les actionnaires d'Aventis sont les grands gagnants, puisqu'ils empochent au passage une prime de 31 % sur la moyenne du cours de Bourse avant l'annonce de l'offensive de Sanofi. Ils se retrouvent cependant " invités " à rester actionnaires du nouveau groupe à hauteur de près de 70%, aux côtés des anciens propriétaires de Sanofi, alors que la nouvelle entité va devoir supporter une dette alourdie de près de 15 milliards d'euros ! Soit dix fois le montant des synergies annoncées par Sanofi... ou l'équivalent de quatre années du budget de R & D du nouveau groupe. Il n'y a pas de marge pour l'erreur...
Ce sont comme d'habitude les 100 000 salariés du nouveau numéro 3 mondial de la pharmacie qui vont ainsi être mis à contribution. Déjà, le chiffre de plus de 10 000 suppressions a été avancé, soit 10 % des effectifs. Il appartiendra aux autres de faire les efforts nécessaires - dans les laboratoires, les réseaux commerciaux, les usines... - pour transformer l'essai. Il faudra tout le charisme de Jean-François Dehecq pour y arriver.
Igor Landau, le patron d'Aventis, a lui perdu son job dans la bataille. Son " golden parachute " assorti de stock-options qui rappellent celles qu'avait touché le président d'Elf, Philippe Jaffré, et le sentiment d'avoir bien défendu l'intérêt de ses actionnaires, lui mettront du baume au coeur. On peut, en revanche, penser que l'équilibre des équipes de direction du nouvel ensemble qu'il a négocié avant de partir ne durera qu'un temps. Jean-François Dehecq a besoin de toutes les bonnes volontés mais privilégiera la cohésion managériale à un équilibre artificiel.
Au Gouvernement, c'est encore Nicolas Sarkozy qui a précipité l'épilogue en forçant une rencontre entre les deux protagonistes à un moment crucial de la bataille. L'activisme étatique a irrité et suscité d'autant plus de critiques qu'il n'a pas été discret depuis trois mois. Ni les Allemands, dont les Länder, aussi actionnaires, savent, au besoin, protéger leurs champions industriels (tels VW ou Beiersdorf-Nivea), ni les Américains (voir les protections dont la sidérurgie américaine a bénéficié sous le président George W. Bush) n'ont de leçons à donner. Mais, cet interventionnisme très colbertiste risque de coûter cher lors des privatisations partielles dont le Gouvernement aura besoin au cours des prochains mois. Il faudra peut-être consentir des efforts sur les prix pour séduire certains gros investisseurs institutionnels étrangers passablement échaudés...
Par Jean-Léon Vandoorne, directeur de la rédaction

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