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L'Usine Santé

Sanofi au chevet des poissons intersexués

Gaëlle Fleitour

Publié le

Dans le Puy de Dôme, des chercheurs ont mis en évidence l'impact des rejets dans la rivière d'un site de Sanofi sur la malformation de goujons. Après avoir nié le problème, l'industriel travaille désormais à une solution pour endiguer le problème.

Sanofi au chevet des poissons intersexués © D.R.

Après avoir refusé d'admettre sa responsabilité, Sanofi a finalement compris que le rejet des hormones et stéroïdes produits sur son site de Vertolaye, dans le Puy de Dôme, était bien à l'origine d'une pollution dans la rivière voisine Doré. Une rivière où des goujons à l'abdomen déformé ont été découverts il y a quelques années.

A tel point que la préfecture a décidé d'y interdire la pêche et la consommation en 2008. Mais pour ne pas inscrire cette décision dans la durée, elle a ensuite alerté le ministère de l'Environnement, qui a demandé aux chercheurs de l'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris), spécialistes notamment de la perturbation endocrinienne, d'analyser l'origine de cette contamination.

Après deux ans de travail, l'Ineris s'apprête à publier les fruits de son travail dans  la revue Environment International [en]. Une étude qui "démontre l'impact des résidus médicamenteux sur l'écosystème", estime Eric Thybaud, responsable du pôle "Dangers et impact sur le vivant" à la direction des risques chroniques de l'Ineris.

Des poissons avec des glandes sexuelles mâles et femelles

Après avoir prélevé, sur financement public et avec l'accord de Sanofi, des poissons en amont et en aval du site pharmaceutique, les chercheurs ont fait une étrange découverte. "Nous avons observé des goujons présentant à la fois des gonades (les glandes sexuelles) mâles et femelles, raconte Eric Thybaud. Morphologiquement, les gonades donnent l'impression qu'on a affaire à un organisme femelle, mais en disséquant le goujon, on s'aperçoit qu'il s'agit d'un mâle. Nous avons relevé une proportion importante de goujons intersexués, alors qu'ils sont en faible pourcentage dans la population naturelle!"

Pour en comprendre les causes, ils ont alors utilisé des capteurs passifs, un système qui permet de piéger les composés qui sont dans l'eau sur une membrane, afin de mettre en évidence des molécules à très faible concentration. Le résultat est sans appel : certains composés retrouvés dans l'eau sont des substances produites sur le site industriel, qui peuvent induire ce type d'effet sur les poissons. Des conclusions présentées au cours de réunions organisées à la préfecture avec des responsables de Sanofi, des ONG de protection de l'environnement et des associations de pêcheurs.

Des bonnes résolutions… surveillées par l'Ineris

La réaction du laboratoire s'est faite en deux temps, selon les chercheurs de l'Ineris. "Il a d'abord eu un réflexe classique de négation du problème, car un industriel n'a pas vraiment envie de mettre sur la place publique ce qu'il produit, raconte l'un d'entre eux. Il disait gérer ses effluents, que les plus chargés étaient collectés. Puis il a refait des études complémentaires avec d'autres équipes de chercheurs et admis qu'il y avait un problème."

Contacté, Sanofi France dit être en attente de nouveaux éléments pour répondre à nos questions. Mais Hervé Maillard, responsable de l'usine de Vertolaye depuis mars 2011, a expliqué aux journalistes du site Owni les difficultés rencontrées pour endiguer le phénomène. "On est en train de chercher l'équivalent d'un sucre dans une piscine olympique. De plus, seuls les goujons sont pour l'instant victimes de malformations (…) Peut-être que notre activité a un impact, c'est pour ça que nous mesurons nos rejets et investissons plusieurs millions d'euros par an pour les réduire.
A la demande de la préfecture, Sanofi a enfin pris des mesures pour endiguer le problème. Depuis 2010, il travaille avec des équipes universitaires au développement d'un procédé de traitement plus efficace pour limiter les rejets, voire les supprimer de la rivière.

Quant aux chercheurs de l'Ineris, ils continueront, à la demande des pouvoirs publics, à assurer une surveillance des poissons, et ce même après la mise en place de la nouvelle station d'épuration de Sanofi. "Nous sommes dans une démarche d'amélioration de la qualité, explique Eric Thybaud. Car si cela avait continué, il n'y aurait plus eu de poissons dans la rivière. L'industrie fait très attention à ne pas rejeter de résidus médicamenteux car cela coûte cher, mais en même temps il suffit d'un peu pour avoir un impact sur des populations. Car aucun système de protection n'est complètement étanche à ces molécules qui sont très actives biologiquement. Mais c'est un sujet important."

Des conclusions que va donc publier l'Ineris pour faire avancer la prise de conscience, mais également pour montrer que ses chercheurs sont capables d'aider à trouver des solutions sur des cas pratiques.

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