Samsung rafle la mise dans les mémoires électroniques

Devenu numéro 1 mondial des mémoires, le coréen a bâti son succès sur des investissements massifs et des technologies avancées. Son avenir passe aussi par des alliances.

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Samsung bouscule l'establishment des producteurs de puces électroniques. Profitant du décollage de la demande en mémoires Dram 16 Mbits (la toute dernière génération), le groupe coréen devient le premier fournisseur mondial de mémoires CMOS. Essentiellement les Dram, qui représentent 63% du marché, mais aussi les Sram, Eprom, Eeprom et autres mémoires . Avec plus de 2,5milliards de dollars de ventes en 1993, en progression de 66%, il s'arroge désormais 11% du marché mondial... et laisse loin derrière lui - au quatrième rang - Toshiba, numéro1 il y a un an.

La percée est impressionnante pour un groupe pratiquement absent des semi-conducteurs il y a dix ans. Il est loin le temps où Samsung achetait les technologies japonaises pour se mettre le pied à l'étrier des circuits intégrés! Depuis, le groupe, qui a réalisé un chiffre d'affaires de 3milliards de dollars dans les puces électroniques (tous types de circuits confondus) en 1993, s'est propulsé au septième rang mondial des producteurs de puces. Un bond de cinq places en un an!

Samsung ne s'est pas compliqué la vie: il a choisi d'investir massivement sur un créneau bien précis (les mémoires) et n'a pas hésité à faire l'impasse sur certaines générations de puces. Ces six dernières années, le groupe a consacré 1,5milliard de dollars à de nouvelles usines. Autant que des concurrents deux fois plus gros que lui.

Des puces très denses

En 1993, l'investissement a même atteint 980millions de dollars pour faire passer ses lignes de fabrication de Dram 16Mbits à la production de masse. Cinq lignes de production, dont la capacité mensuelle a été portée de 10000 à 20000tranches de silicium. Et une sixième, en cours de construction, qui aura une capacité de 30000tranches de 200millimètres de diamètre par mois à partir de 1995.

Soutenu par la politique industrielle coréenne qui privilégie des prêts à faible taux d'intérêt et des stratégies exportatrices pour financer l'innovation, Samsung a joué d'emblée la carte des technologies les plus avancées.

Dès la fin des années 80, ses efforts ont porté sur la mise au point de puces très denses. Les process les plus modernes ont été retenus. La fabrication des mémoires Dram 16Mbits s'effectue sur des tranches de silicium de 200millimètres de diamètre. Un effort que le coréen poursuit, décidé à injecter 700millions de dollars dans le développement de la mémoire Dram 256Mbits, la puce du XXIe siècle.

Cette stratégie, qui s'est intensifiée ces dernières années, est aujourd'hui payante. D'autant plus que les nippons ont été contraints de couper dans leurs investissements industriels sous la pression de la crise et d'actionnaires inquiets du niveau de leurs dividendes.

Pour avoir mis l'accent sur la qualité et les délais de livraison, Samsung a réussi à commercialiser ses mémoires 16Mbits en même temps que les grands japonais. Grâce à des prix serrés, il bat ceux-ci sur leur propre terrain. En quelques mois, ses ventes ont progressé de 20% sur le marché nippon.

Le choix de Samsung n'est pas sans risques. Les trois quarts de ses ventes portent sur des puces de grande diffusion, à faible marge bénéficiaire. La position peut encore devenir plus inconfortable lors des traditionnels retournements de marché. La situation pousse le Mitie (Ministry of trade, industry and energy) à demander aux producteurs coréens de puces (Hyundai et Goldstar sont dans le même cas) de diversifier leurs catalogues vers les microprocesseurs, les Asic et autres circuits à la demande.

Ce contexte et des coûts de développement devenus exorbitants incitent Samsung à penser à des alliances. Il vient de s'associer à NEC dans le développement de la Dram 256Mbits. D'autres accords sont probables, en particulier dans les microprocesseurs.

Après avoir été snobé par l'establishment de l'électronique, Samsung est maintenant installé à la première place des producteurs de mémoires.





dix ans pour devenir tenor dans les semi-conducteurs



1983 Développement d'une Dram 64 kbits: 26e rang mondial.

1988 Production des Dram 1 Mbit et échantillonnage de Dram 4 Mbits: 18e rang mondial.

1990 Production des Dram 4Mbits et développement des Dram 16 Mbits et des Sram 4 Mbits: 13e rang mondial.

1992 Production des Dram 16 Mbits et développement de Dram 64 Mbits: 11e rang mondial.

1994 Echantillonnage de la Dram 64 Mbits et développement des Dram 256 Mbits: 7e rang mondial.

1995 Production des Dram 64 Mbits

Au septième rang dans les semi-conducteurs (tous circuits confondus), Samsung se trouve à la première place dans les mémoires.

SAMSUNG, PILIER DE L'INDUSTRIE CORÉENNE



Parmi les trente conglomérats - les chaebols -, Samsung Electronics Co fait figure de fer de lance. Avec ses 15milliards de dollars de ventes en 1993, cette filiale de Samsung occupe le devant de la scène dans les puces électroniques, les magnétoscopes, les téléviseurs, les moniteurs informatiques et les fours à micro-ondes. Des positions qui n'ont pu être acquises qu'en s'appuyant sur la puissance d'un groupe pesant 54milliards de dollars (c'est la quatorzième entreprise industrielle mondiale) et employant 180000personnes. Un groupe dont les activités vont de la construction électrique aux services financiers et aux assurances, en passant par la chimie, le textile, l'agro-alimentaire, l'aéronautique, et même la construction navale. Né en 1938, Samsung entreprend aujourd'hui sa révolution culturelle sous l'impulsion de Lee Kun hee, 51ans.





USINE NOUVELLE - N°2448 -

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